Actualités

Hôpital universitaire de Jendouba : Une reconnaissance historique qui relance le débat sur la faculté de Médecine

Avatar photo
  • 3 août 2026
  • 7 min de lecture
Hôpital universitaire de Jendouba : Une reconnaissance historique qui relance le débat sur la faculté de Médecine

Le 28 juillet 2026 restera sans doute une date marquante dans l’histoire du gouvernorat de Jendouba. Par arrêté conjoint des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Santé publié au Journal officiel de la République tunisienne, l’hôpital régional de Jendouba a officiellement obtenu le statut d’hôpital universitaire, consacrant ainsi une revendication portée depuis de nombreuses années par les habitants de la région, les professionnels de la santé, les universitaires et les acteurs de la société civile.

La Presse — En juillet 2018, un premier arrêté conjoint avait déjà accordé le statut universitaire à plusieurs services de l’établissement. L’arrêté de vendredi a franchi une étape décisive.

Au-delà de sa portée administrative, cette décision revêt une dimension stratégique. Elle traduit une volonté de rééquilibrer progressivement la carte sanitaire nationale en renforçant les infrastructures hospitalières des régions de l’intérieur, longtemps confrontées à un déficit en matière de spécialités médicales, d’encadrement universitaire et d’investissement.

Pour les habitants du Nord-Ouest, cette reconnaissance constitue un signal fort. Elle ouvre la perspective d’une amélioration durable de la qualité des soins, d’une meilleure prise en charge des patients et d’un renforcement de l’attractivité de la région auprès des médecins spécialistes, des enseignants hospitalo-universitaires et des chercheurs.

Un statut qui engage davantage qu’il ne récompense

L’accession au rang d’hôpital universitaire ne saurait toutefois être considérée comme une finalité. Elle représente avant tout le point de départ d’un chantier de grande ampleur.

Un établissement universitaire ne se distingue pas uniquement par son appellation. Il est appelé à remplir simultanément trois missions complémentaires : assurer des soins de haut niveau, former les futurs professionnels de santé et prendre part à la recherche scientifique.

Cette évolution implique une restructuration progressive de l’ensemble des services hospitaliers. Les urgences, les consultations externes, les laboratoires, les services d’imagerie médicale, les blocs opératoires, les unités de réanimation ainsi que les différentes spécialités devront répondre aux exigences d’un hôpital universitaire moderne.

Le défi est également humain. Le nouveau statut devra s’accompagner du recrutement d’enseignants hospitalo-universitaires, de médecins spécialistes, de personnels paramédicaux qualifiés ainsi que du renouvellement des équipements biomédicaux afin que l’établissement puisse remplir pleinement ses nouvelles missions.

Sans ces investissements, le risque serait de voir le changement de statut demeurer essentiellement symbolique.

Une vocation universitaire ancienne

L’histoire de l’hôpital de Jendouba montre pourtant que cette vocation universitaire ne constitue pas une nouveauté.

Lors de sa création à la fin des années 1970, l’établissement avait été conçu selon une vision ambitieuse de développement régional. Inauguré par le défunt président Habib Bourguiba, il incarnait la volonté de rapprocher les services spécialisés des populations du Nord-Ouest.

Les consultations externes ont ouvert leurs portes en octobre 1981, avant la mise en service progressive des différents départements à partir de mars 1982.

Pour l’époque, l’établissement figurait parmi les infrastructures sanitaires les plus modernes du pays. Il regroupait les principales disciplines médicales et chirurgicales : médecine générale, chirurgie, gynécologie-obstétrique, pédiatrie, cardiologie, ophtalmologie, ORL, radiologie, laboratoires spécialisés, unités de réanimation et blocs opératoires équipés selon les standards disponibles au début des années quatre-vingt.

L’hôpital accueillait également un important département de formation destiné aux étudiants en médecine effectuant leurs stages pratiques.

Le projet oublié d’une faculté de Médecine

Peu de Tunisiens savent qu’à cette époque, le développement de l’hôpital s’inscrivait dans une stratégie beaucoup plus vaste.

Le projet initial prévoyait déjà la création d’une faculté de médecine à Jendouba afin de constituer un véritable pôle hospitalo-universitaire au service de tout le Nord-Ouest.

Cette vision répondait à une logique d’aménagement équilibré du territoire. La présence simultanée d’un hôpital universitaire et d’une faculté de médecine devait permettre de former localement les futurs médecins, développer la recherche biomédicale et favoriser l’installation durable des compétences médicales dans une région souffrant déjà d’un déficit chronique de spécialistes.

Ce projet n’a cependant jamais vu le jour, laissant l’hôpital poursuivre son développement sans son prolongement universitaire naturel.

Un rayonnement qui dépassait largement Jendouba

Durant les années 1980, l’hôpital de Jendouba constituait un établissement de référence pour l’ensemble du Nord-Ouest.

Des centaines, voire des milliers de patients originaires des gouvernorats de Béja, du Kef et de Siliana y étaient régulièrement pris en charge, évitant ainsi des déplacements coûteux vers les grands hôpitaux de Tunis.

Cette proximité améliorait considérablement l’accès aux soins spécialisés tout en contribuant à désengorger les établissements hospitaliers de la capitale.

L’hôpital s’était également distingué par la présence d’équipes médicales étrangères, notamment chinoises, intervenant dans plusieurs disciplines. Certains praticiens avaient acquis une réputation particulière grâce à l’utilisation de techniques chirurgicales associées à l’acupuncture chez des patients présentant des contre-indications à l’anesthésie générale, une approche encore peu répandue à cette époque.

Une opportunité pour le développement régional

Le nouveau statut universitaire dépasse aujourd’hui le seul cadre sanitaire.

Dans de nombreux pays, les centres hospitalo-universitaires constituent de véritables moteurs de développement économique et territorial. Ils favorisent l’implantation d’activités médicales spécialisées, stimulent la recherche, attirent les investissements et créent un environnement favorable à l’innovation.

Pour une région comme le Nord-Ouest, confrontée depuis plusieurs décennies à des disparités de développement, un hôpital universitaire pleinement opérationnel pourrait devenir un levier majeur de transformation.

Encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions. Le renforcement des ressources humaines, la modernisation des plateaux techniques, la création de nouveaux services spécialisés et l’amélioration des conditions d’exercice des professionnels de santé demeurent des conditions indispensables pour concrétiser cette dynamique.

La faculté de médecine, le prolongement logique

L’étape suivante paraît aujourd’hui évidente.

Un hôpital universitaire ne peut atteindre sa véritable vocation sans une faculté de médecine appelée à former les futurs praticiens et à alimenter durablement la recherche scientifique.

La création d’une telle institution à Jendouba, au Kef ou à Béja permettra de répondre simultanément à plusieurs objectifs : renforcer l’offre de formation supérieure dans le Nord-Ouest, attirer des enseignants-chercheurs, fidéliser les jeunes médecins dans la région, développer la recherche clinique et améliorer progressivement la couverture médicale des gouvernorats du Nord-ouest.

Elle constituera également un instrument de lutte contre les inégalités territoriales en matière d’accès aux soins spécialisés, conformément aux principes d’équité qui fondent les politiques publiques de santé.

Le classement de l’hôpital régional de Jendouba parmi les hôpitaux universitaires représente donc bien davantage qu’un simple changement d’appellation. Il ouvre une nouvelle séquence dans l’histoire sanitaire du Nord-Ouest. Pour les habitants de la région, cette reconnaissance ne constitue pas l’aboutissement d’un long combat, mais le début d’un projet plus ambitieux: celui de voir émerger à Jendouba un véritable pôle hospitalo-universitaire capable de rayonner sur l’ensemble du Nord-Ouest et redonner à cette région la place qu’elle mérite dans la carte sanitaire et universitaire de la Tunisie.

Avatar photo
Auteur

Brahim OUESLATI

You cannot copy content of this page