Culture

Festival International de Hammamet – Salif Keïta : La voix d’or et la force d’un collectif musical

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  • 4 août 2026
  • 5 min de lecture
Festival International de Hammamet – Salif Keïta : La voix d’or et la force  d’un collectif musical

Quelques minutes de retard pour le démarrage du concert de l’unique et exceptionnel Salif Keïta, le 31 juillet, sans conteste l’une des dates les plus remarquables de cette édition anniversaire du Festival international de Hammamet. Un léger décalage dû à l’inauguration officielle d’une exposition commémorative célébrant les 60 ans de l’événement et du théâtre de plein air.

La Presse — Le concert a accueilli plusieurs personnalités officielles et diplomatiques, parmi lesquelles la ministre des Affaires culturelles Amina Srarfi, la gouverneure de Nabeul Hana Chouchani, l’ambassadeur de la République du Mali Moussa Soro Sy, l’ambassadeur de la République du Sénégal Moustapha Sow et l’ambassadeur du Burkina Faso Apollinaire Sawadogo.

Précédé par sa détonante formation musicale, composée de rythmiques, de guitares électriques, de djembés et de tambours, d’un instrument aux sonorités proches de la kora, d’un clavier, ainsi que de deux chanteuses choristes aux voix remarquables et à la présence scénique magnétique, le célèbre chanteur malien, âgé aujourd’hui de 77 ans, a fait une entrée tout en discrétion et en sérénité. Vêtu d’un habit traditionnel d’un éclatant vermillon et coiffé d’une casquette blanche, il a rejoint le centre de la scène avant de prendre place sur une chaise, d’où il a entamé, accompagné de ses musiciens, le premier morceau de la soirée : « Mama ». Un titre inaugural marqué par un dynamique solo de guitare électrique qui a immédiatement donné le ton de cette soirée. « Je voudrais vous révéler quelque chose : je suis Tunisien. Il y a sept ans, j’ai été décoré du grade de commandeur de l’Ordre national tunisien. Je vous adore. Merci beaucoup ! », a-t-il confié au public avec une profonde reconnaissance. Puis, il a ajouté avec l’humour : « Je m’assois parce que je suis puni par le médecin, donc je ne peux pas chanter debout », faisant référence à son état de santé.

À  sa «voix d’or», devenue au fil des décennies l’une des signatures les plus reconnaissables du continent africain, de rappeler toute la singularité de Salif Keïta. Une voix qui semble avoir traversé le temps sans perdre ni sa profondeur ni son éclat, se déployant dans l’air du théâtre de Hammamet avec cette douceur particulière, à la fois fragile et puissante, qui enveloppe instantanément le public. Au-delà de la performance musicale, Salif Keïta a toujours inscrit son art dans une démarche humaine. À travers ses chansons, il porte un message profondément ancré dans son parcours, celui du respect de la différence, de l’ouverture à l’autre et de la défense de la dignité humaine. Son engagement dépasse ainsi la scène pour rejoindre une conviction essentielle, que la musique peut être un espace de rencontre, de tolérance et de réconciliation. Tout au long de la soirée, les sonorités traditionnelles mandingues ont dialogué avec des arrangements plus contemporains dans une alchimie fidèle à l’esprit d’une musique que Salif Keïta a portée aux quatre coins du monde tout en restant profondément attaché à son héritage. Une douzaine de titres ont jalonné cette traversée musicale, parmi lesquels « Dery», « Yamoré», « TonTon », « Papa » ou encore « Tekeré ». Des chansons qui, bien au-delà de leur mélodie, portent une histoire et une émotion particulière. Chaque morceau semblait réveiller une mémoire, une sensation, une part intime de cet immense patrimoine mandingue. La virtuosité des musiciens a également marqué ce concert. Les solos de guitares, de djembé, de clavier et de basse ont offert de véritables moments de grâce, révélant la richesse d’une formation parfaitement soudée. Assis sur sa chaise, Salif Keïta continuait à diriger ses musiciens avec précision, suivant chaque intervention, appréciant les envolées instrumentales les yeux fermés, comme s’il retrouvait, dans ces sonorités, l’écho lointain de ses ancêtres. Les deux choristes ont, elles aussi, largement contribué à l’énergie du spectacle. Par leur engagement, leur puissance vocale et leur présence scénique, elles ont apporté une dynamique supplémentaire à la représentation, alternant accompagnement du chanteur et moments où leurs propres voix prenaient pleinement possession de la scène. Après une heure de concert, la troupe a quitté la scène, laissant derrière elle un public qui appelait son retour. Quelques instants plus tard, les musiciens sont revenus, accompagnant délicatement Salif Keïta, dont les problèmes de vue rendent certains déplacements plus difficiles. Deux derniers morceaux ont été offerts aux spectateurs avant que l’artiste ne quitte discrètement la scène. La fête ne s’est pourtant pas arrêtée là. La formation musicale a poursuivi le voyage, avant d’inviter chaleureusement le public à rejoindre la scène pour une ultime communion autour de « Madan ». En quelques instants, la séparation entre artistes et spectateurs s’est effacée et le théâtre s’est transformé en un espace de partage, de danse et de célébration collective. Dans cette dernière image, faite de rythmes africains, de tambours et de sourires, le Festival international de Hammamet a offert l’un de ces moments rares où la musique dépasse le simple spectacle pour devenir une expérience humaine.

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Auteur

Meysem MARROUKI

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