Société

Après la terre, l’eau : D’une pénurie à l’autre

  • 14 août 2026
  • 5 min de lecture
Après la terre, l’eau : D’une pénurie à l’autre

Comment se fait-il que ces distributeurs qui ne se laissent pas facilement déborder, ont-ils fait pour ne plus avoir une goutte d’eau en pleine canicule ?

La Presse — Le 12 mai 1964 a été promulguée la loi n°64-5 relative à la propriété agricole, qui interdisait aux étrangers de posséder des terres agricoles dans le pays.  

Après tout ce qui s’est passé ces dernières semaines, aurions-nous une loi interdisant le monopole des eaux douces et leur retour à l’Etat qui pourra les redistribuer à des prix logiques, abordables et justes ?

En effet, rien qu’à voir les rayons vides des grandes surfaces, le commun des mortels se pose une question aussi naïve que simple : quelle coïncidence ! Comment se fait-il que ces distributeurs qui ne se laissent pas facilement déborder, ont-ils fait pour ne plus avoir une goutte d’eau en pleine canicule ?

Et comment se fait-il que ceux qui fabriquent bouteilles et capsules à vis fonctionnent sans stocks de réserves, alors qu’ils détiennent un véritable monopole qui bloque toute initiative pour une concurrence loyale dans le domaine. Une concurrence qui pourrait agir favorablement sur le prix de revient et de vente de l’eau en bouteille ?

En fin de compte, il y a des vérités qu’il faudrait dire pour que les choses soient claires. Si l’eau de la Sonede était buvable, cette question d’eau embouteillée ne se serait jamais posée. Cette eau «potable» est devenue si mauvaise que la Tunisie atteint des consommations records d’eau embouteillée.

Le réseau semble en ruine. Il est dans un éternel rafistolage et au lieu d’améliorer l’état des canalisations, on se contente de le bidouiller en attendant la prochaine panne. Nous sommes pourtant au 21e siècle et aussi bien les matières premières servant à fabriquer les conduites que l’outillage sont devenus de qualité supérieure. Pourquoi de ce fait subir ces coupures que l’on enregistre rarement ailleurs, même dans les pays qui ne possèdent pas le quart de ce que nous avions investi pour que l’eau potable soit dans tous les foyers?

Cela ne peut pas être l’effet du hasard. Un blocage est quelque part. A  commencer par l’absence de concurrence loyale pour agir sur les coûts de ces bouteilles d’eau. Pourquoi y a-t-il un seul producteur de contenant ? Pourquoi avons-nous oublié que la Tunisie possède un des meilleurs verres du monde et que de l’eau dans un contenant en  verre est plus saine, plus présentable, plus élégante pour les millions de touristes que nous recevons. Imaginons ce que cela représenterait comme économie en devises, si tous nos hôtels travaillaient exclusivement avec des contenants en verre.

Le plus beau, c’est que l’on a amorcé une augmentation des prix. En sous-main, mais cette augmentation sera effective dans un très proche avenir.

De toutes les manières, cela s’est déjà déclenché en France.

«Les prix de l’eau en supermarché ont augmenté ces derniers temps. Le spécialiste conso Olivier Dauvers, qui s’appuie sur une étude du cabinet NielsenIQ, a comparé, dans un article paru dimanche 9 août 2026, le prix de l’eau en bouteille et le constat est sans appel.

Les packs d’eau embouteillée ont connu une forte inflation, et plus particulièrement avec une hausse du prix de 4,3 % en rayon du 5 mai au 5 août 2026. En seulement un mois, le prix moyen est passé d’1,16 € à 1,20 €.

Carburants et plastique, même combat

La raison est la même que pour les carburants : la guerre en Iran. D’autres matières premières sont impactées comme le plastique. En effet, l’une des matières premières pour en fabriquer, le naphta, est issue du pétrole. Son cours est passé de 500 dollars la tonne en janvier 2026 à 800 dollars au mois de mars, rappelle le site spécialisé dans la consommation».

Ne soyons donc pas surpris, les prix en dépit des bénéfices énormes que se font les fabricants augmenteront. Le plastic, nous l’importons.

Deuxième constatation, cette eau douce que l’on a tout simplement bradée ( par des responsables complètement inconscients des dommages qu’ils causent à la société tunisienne propriétaire de cette eau) au profit de personnes ou d’entreprises  de production (plus exactement d’emballage) que rapporte-t-elle à l’Etat ? Trois fois rien. C’est pratiquement du gratuit, alors que le prix de l’eau est complètement en déphasage avec les prix de revient et de vente. Qui a effectué les calculs et consenti ces larges bénéfices sur un produit que l’on a pratiquement  offert? Comment se fait-il que depuis des décennies que cela dure, on n’a  pas osé saisir à bras-le-corps ce problème de l’eau douce et tout remettre à plat au bénéfice de l’Etat et du citoyen ?

Rien qu’en répondant à ces questions, nous pourrions résoudre bien des problèmes.

Après la terre que nous avions récupérée, l’eau douce doit suivre.

Merci à la canicule qui a remis à l’ordre du jour un problème de souveraineté, auquel il aurait fallu penser depuis un bon bout de temps déjà.

Auteur

Kamel GHATTAS

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