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Grands chantiers : Des annonces au suivi, l’épreuve des résultats

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  • 14 août 2026
  • 6 min de lecture
Grands chantiers : Des annonces au suivi, l’épreuve des résultats

À Gabès comme à Kasserine, ou encore dans le dossier de la réconciliation pénale, le Président de la République semble vouloir inscrire son action dans la durée, en revenant régulièrement sur les dossiers, en demandant des comptes et en vérifiant, sur le terrain comme au fil des réunions, les mesures effectivement mises en œuvre. Une démarche qui tranche avec le temps des annonces, où la promesse peut parfois finir par tenir lieu de résultat.

La Presse — Le diagnostic est clair et  le temps est d’ores et déjà à l’action . À Gabès, Kaïs Saïed n’a pas seulement dressé un nouveau constat de la situation environnementale. Sa visite non annoncée du 10 août 2026 intervient sept mois après la remise d’un rapport consacré à la pollution dans la région. Elle donne ainsi une autre dimension au dossier, celle d’un président qui revient vérifier, sur le terrain, ce qui a été fait et ce qui reste à faire. 

En janvier dernier, le Chef de l’État avait, en effet, reçu le rapport final de l’équipe chargée de proposer des solutions urgentes à la crise environnementale de Gabès. Il avait alors annoncé la nécessité d’agir sur les plans technique, financier et structurel afin de s’attaquer aux sources de pollution et de poser les bases d’une stratégie nationale. 

Sept mois plus tard, il revient sur place pour constater l’état des lieux, notamment à Chott Sidi Abdesselam, à proximité du point de rejet du phosphogypse.

Ce retour traduit surtout un modus operandi qui consiste à ne pas considérer un rapport ou une réunion comme la fin d’un dossier. Une fois le diagnostic posé, il faut encore passer aux actes, suivre de très près  ce qui a été décidé et vérifier sur le terrain les résultats obtenus.

De Gabès à Kasserine: revenir voir ce qui a changé

Le même raisonnement peut être appliqué au cas de la Société nationale de cellulose et de papier alfa (Sncpa). Lorsque Kaïs Saïed s’était rendu à Kasserine, le 31 janvier 2024, l’entreprise était confrontée à une situation particulièrement difficile. La visite présidentielle avait mis en lumière les dysfonctionnements de l’entreprise et débouché sur un changement de gouvernance.

Deux ans plus tard, le dossier peut être regardé à partir d’un indicateur beaucoup plus concret que les déclarations: la production.

Pour l’année scolaire 2026-2027, la Sncpa a ainsi achevé la production des 5 446 tonnes de papier commandées pour les manuels scolaires. Selon les données communiquées par sa PDG Samia Briki à la TAP, 4 876 tonnes avaient déjà été livrées, soit près de 88 % de la commande, tandis que les 660 tonnes restantes étaient disponibles dans les entrepôts.

Le contraste avec la période précédente est significatif. Entre 2019 et 2022, la société avait connu plus de trois années d’arrêt, avant de redémarrer en octobre 2022. Les difficultés financières, techniques et managériales avaient toutefois continué à peser sur son fonctionnement. Le changement de direction intervenu en mars 2024 s’est donc inscrit dans une volonté de redressement qui peut aujourd’hui être évaluée à l’aune des résultats industriels.

L’exemple de la Sncpa rappelle surtout qu’une visite présidentielle n’a de portée que si elle est suivie d’actes. Le passage du président sur un site industriel ne constitue pas, en soi, un résultat. Ce sont la remise en marche des équipements, la régularité de la production, les emplois préservés et la capacité à répondre aux besoins du pays qui permettent de mesurer l’efficacité du suivi.

Réconciliation pénale, l’exigence de résultats se précise 

Le dossier de la réconciliation pénale constitue l’autre illustration de cette volonté de suivi. Depuis la désignation du juge Ali Abbès à la tête de la Commission nationale de réconciliation pénale, en juin dernier, le Président de la République multiplie les contacts avec l’instance.

Le 11 juin, il recevait le nouveau président de la commission et appelait à accélérer la préparation des accords, après l’échec des précédentes tentatives. Il avait insisté, lors de cette rencontre, sur la nécessité de récupérer les fonds publics détournés et de mettre fin aux procédures dilatoires.

Quelques jours plus tard, plus précisément le 27 juin, il présidait la cérémonie de prestation de serment des membres de la nouvelle commission. Il avait présenté cette recomposition comme une nouvelle occasion de relancer un processus dont les travaux antérieurs avaient, selon lui, été entravés.

Puis, le 5 août, un nouveau point de situation était consacré au dossier. Le Chef de l’État y revenait encore sur la lenteur administrative et les manœuvres dilatoires, appelant à accélérer le traitement des dossiers et à parvenir à des résultats effectifs.

Cette succession de réunions traduit une volonté de garder le dossier sous surveillance directe. Mais, là encore, le véritable test ne se trouve pas dans le nombre de réunions tenues à Carthage. Il se situe dans les accords effectivement conclus et, surtout, dans les montants réellement récupérés au profit de l’État.

Du discours à la vérification

À travers les dossiers de Gabès, de la Sncpa et de la réconciliation pénale, une même logique semble se dégager, celle de ne pas s’arrêter aux annonces, mais de suivre les dossiers dans la durée et d’en mesurer les résultats concrets. 

Cette approche permet aussi de déplacer le débat. Il n’est plus question seulement de comptabiliser les discours présidentiels, les visites ou les réunions, mais de regarder ce qui se passe après. Un rapport sur Gabès doit déboucher sur des mesures concrètes. Une intervention à Kasserine doit se traduire par une entreprise qui produit et qui fonctionne. Une commission de réconciliation pénale doit être jugée sur les fonds effectivement récupérés.

À Gabès, le retour sur le terrain montre que le dossier n’a pas été abandonné après la remise du rapport. À Kasserine, les chiffres de production montrent qu’une entreprise donnée pour agonisante a retrouvé une capacité opérationnelle. Dans la réconciliation pénale, en revanche, l’attente reste entière. Après les nominations, les serments et les réunions, ce sont désormais les premiers accords et les montants récupérés qui permettront de mesurer la relance annoncée.

L’enjeu, finalement, est moins de savoir ce qui a été promis que ce qui est tombé dans l’escarcelle. Et c’est dans cet écart entre l’annonce et le résultat que se mesure réellement l’action de l’État.

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Auteur

Samir DRIDI

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