Société

Devenant rare et cher : Le «Zgougou», intérêt en berne

  • 16 août 2026
  • 4 min de lecture
Devenant rare et cher : Le «Zgougou», intérêt en berne

Le «zgougou» à cinquante ou cinquante-cinq dinars ? Qui s’en soucie ? Il n’y a pas besoin de poser des questions aux responsables du rayon dans les grandes surfaces. Il n’y a pas beaucoup de monde. Le rayon est désert. Les cheftaines de familles passent sans même y jeter un coup d’œil. Elles ne peuvent pas  être toutes de celles qui ont déjà fait leurs achats en intrants, pour préparer la fameuse crème ou bouillie confectionnée à base de pin d’Alep.

Mais en posant la question à une dame accompagnée de sa fille, elle a été quelque peu cassante dans sa réponse : «quelle assida», je suis venue pour acheter de l’eau. Heureusement que j’en ai trouvé, mais pas plus de six à la fois».Nous avons insisté : «non je n’ai encore rien décidé. Je ne pense pas. Nous avons la rentrée scolaire qui pointe et je ne veux pas faire de folie. L’«assida» de nos jours est devenue un luxe. Allez voir les prix des fruits secs. C’est énorme. Les amandes et la pistache que nous produisons en grande quantité dans le pays, sont à des prix exorbitants».

Ainsi donc, il y a eu un changement de priorité. Un début de sagesse, il est vrai imposé par les difficultés que traversent les ménages qui subissent le déferlement de bien des événements dont ils ne peuvent plus supporter la  pression. C’est donc un changement dans le bon sens, à propos de cette sacrée «assida» qui vient chambouler les dépenses des foyers et qui, en fin de compte, n’est qu’une tradition que la pratique a transformée en véritable sacerdoce.

Si cela  change dans le bon sens, on observera moins de pressions sur le pin d’Alep, dont une partie de sa forêt productrice a été brûlée par les derniers incendies. Moins de pression en principe rime avec baisse obligatoire des prix, car ce produit est très difficile à stocker. Dans la majorité des cas, il y a des problèmes de moisissures qui viennent déranger les plans des spéculateurs. On en saisit de grandes quantités quelques mois après le Mouled.

Il faudrait quand même reconnaître que les producteurs de pâte de pin d’Alep moulu, en boîtes «prêt à l’emploi» ont énormément changé les caractéristiques du marché. Les producteurs de grain, préfèrent céder leurs récoltes en gros et se débarrasser des charges que constituent la vente aux revendeurs, grandes surfaces et autres épiceries. C’est ce qui explique en partie la hausse du prix du pin d’Alep en grains.

Cela ne signifie nullement que la tradition sera oubliée. Difficile d’effacer des siècles de coutumes qui frôlent la sacralité, mais  en raison de l’ambiance générale qui règne,  la tête est ailleurs. Avec la canicule qui vide les corps, l’eau qui joue à cache-cache, l’électricité qui se fait désirer, il devient déplacé de se plaindre de ce genre de manque qui, en définitive, ont été régulièrement montés en épingle, pour donner aux spéculateurs plus de raison de jongler avec les prix. Comme quoi, moins on en parle et plus c’est positif, pour la bonne raison qu’elle dessert les intérêts de ceux qui n’attendent que ces occasions pour avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière.

Auteur

Kamel GHATTAS

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