Tunisie : la politique éducative reprend sa boussole stratégique
Six ministères réunis autour d’une même table : c’est la promesse du Conseil supérieur de l’éducation, dont l’installation est saluée par Slim Kacem, président de l’Association tunisienne pour la qualité de l’éducation (ATUQUE), comme une étape déterminante pour redonner à la Tunisie une politique éducative pensée sur le long terme.
Pour Slim Kacem, l’installation du Conseil supérieur de l’éducation marque un tournant stratégique pour la Tunisie. Le président de l’ATUQUE y voit le moyen, pour le système éducatif national, de retrouver une capacité de réflexion à long terme après plusieurs décennies dominées par une logique avant tout administrative.
L’instance nouvellement créée rassemble les ministères de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, de la Culture, de la Jeunesse, de la Famille et des Affaires religieuses. Cette composition élargie répond, selon Slim Kacem, à un objectif précis : unifier les politiques publiques consacrées à la jeunesse. En réunissant ces différentes compétences autour d’une même table, le conseil doit permettre de fixer des orientations nationales cohérentes, appuyées sur des données probantes et des études scientifiques plutôt que sur des décisions isolées.
Lors de son passage sur les ondes radiophoniques de la radio nationale, le responsable associatif rappelle à ce propos la disparition du centre national de recherche pédagogique, qu’il considère comme une perte pour le secteur. À ses yeux, le nouveau conseil vient précisément combler ce vide, en remettant l’expertise et la prospective au centre de l’action publique.
Si le texte fondateur lui confère un statut consultatif, l’instance est appelée, selon Slim Kacem, à jouer un rôle de régulateur indispensable entre les différents acteurs de l’éducation, médias et environnement technologique compris. Il file la métaphore du métronome : le conseil doit donner le tempo à l’ensemble du système afin d’éviter les dissonances et d’assurer la stabilité de la politique éducative dans la durée. Cette fonction de régulation implique aussi, insiste-t-il, une évaluation externe et objective des performances du ministère de l’Éducation, condition d’une autocritique constructive à l’abri de toute autosatisfaction.
Au-delà de son rôle de coordination, l’instance est également chargée d’une mission de long terme : dessiner le profil du citoyen tunisien pour les trente prochaines années, en tenant compte de l’intelligence artificielle, des enjeux climatiques et des mutations géostratégiques en cours. Slim Kacem plaide pour que ce travail s’appuie exclusivement sur des compétences et des expertises nationales, afin de préserver une vision souveraine du projet éducatif, à l’écart des agendas fixés par les organisations internationales.
Pour le président de l’ATUQUE, la réussite de cette réforme dépendra en définitive de deux conditions : une gouvernance solide et une répartition claire des rôles entre les différents intervenants, seules garanties, selon lui, d’une reconstruction durable de l’édifice éducatif tunisien.



