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Tunisie : le soleil au cœur de la transition énergétique

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  • 21 août 2026
  • 4 min de lecture
Tunisie : le soleil au cœur de la transition énergétique

La Tunisie a franchi en 2026 le seuil symbolique des mille mégawatts d’énergies renouvelables installées, mais reste encore largement tributaire du gaz naturel. Avec une part des énergies propres plafonnant à 9 % du mix électrique, l’ambition est de porter ce chiffre à 35 % d’ici 2030 et à 50 % en 2035.

Entre parcs éoliens en gestation et projets solaires d’envergure, la transition énergétique s’accélère, soutenue par des financements européens et des interconnexions stratégiques.

La Tunisie dépasse désormais les 1 000 MW de capacité renouvelable installée. Mais cette avancée reste modeste face à une dépendance énergétique qui repose encore à 97 % sur le gaz naturel, dont une large part est importée.

Le défi est donc double : réduire la facture énergétique nationale et renforcer une souveraineté fragilisée par les aléas du marché international.

Une mosaïque énergétique régionale : du désert aux zones industrielles

Au-delà des ambitions chiffrées, c’est bien le solaire qui concentre les espoirs. Bazma à Kébili, avec ses 350 MW et ses batteries de stockage, incarne la vitrine technologique de cette transition. Tataouine et Gabès accueillent chacun une centrale de 100 MW, tandis que Gafsa et Sidi Bouzid voient émerger un portefeuille de 400 MW soutenu par l’Union européenne et des opérateurs privés. Mezzouna et Tozeur complètent cette mosaïque avec plus de 100 MW en partenariat public-privé.

Chaque gouvernorat devient ainsi un laboratoire solaire, du désert aride aux zones industrielles, dessinant une nouvelle carte énergétique nationale.

Les objectifs fixés par Tunis sont clairs : atteindre 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, puis 50 % en 2035. Une trajectoire ambitieuse qui suppose de multiplier par cinq la capacité solaire installée en moins d’une décennie. Ces chiffres traduisent une volonté politique affirmée, mais nécessitent une mobilisation financière et technique sans précédent.

Fournisseur de l’Europe

Produire un kilowattheure solaire coûte encore près de 210 millimes, contre un objectif de 150 millimes pour rester compétitif face au gaz. Le réseau électrique, vieillissant, doit être modernisé pour absorber la montée en puissance des nouvelles centrales.

Enfin, convaincre les industriels et les ménages d’adopter l’autoconsommation solaire reste un défi majeur, dans un contexte où la facture énergétique pèse lourdement sur l’économie nationale.

Le projet ELMED, câble sous-marin de 600 MW reliant la Tunisie à l’Italie, incarne la dimension géopolitique de cette transition. En s’intégrant au réseau européen, le pays espère devenir un fournisseur stratégique d’électricité verte.

Le soleil tunisien pourrait ainsi dépasser le cadre national pour s’imposer comme un levier régional de souveraineté énergétique.

Le miroir marocain

À titre de comparaison, le Maroc, bénéficiant d’un ensoleillement similaire à celui de la Tunisie, a déjà franchi une étape décisive dans sa transition solaire. Le complexe Noor à Ouarzazate, l’un des plus grands au monde, aligne plusieurs centrales photovoltaïques et thermiques pour une capacité dépassant les 500 MW.

Grâce à une stratégie nationale lancée dès 2009, le royaume a porté la part des renouvelables à près de 40 % de son mix électrique et vise 52 % d’ici 2030.

Ce succès illustre qu’un pays du Maghreb peut transformer son potentiel solaire en puissance réelle, offrant à la Tunisie un modèle régional dont elle pourrait s’inspirer pour accélérer la concrétisation de ses propres projets.

Transformer les promesses en production

Au-delà des chiffres et des chantiers, l’avenir énergétique de la Tunisie se joue désormais à une échelle plus vaste. Dans un contexte de dépendance au gaz et de pressions économiques, l’énergie solaire apparaît comme une carte maîtresse : abondante, locale et exportable.

Mais pour que le soleil tunisien devienne un véritable levier géopolitique, il faudra transformer les promesses en production, et les projets en puissance réelle.

La transition énergétique tunisienne n’est plus seulement une affaire nationale : elle s’inscrit dans un jeu régional où l’indépendance et l’interconnexion dessinent les contours d’une nouvelle souveraineté.

M.B

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Auteur

La Presse

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