Plus de 500 candidatures pour seulement 18 soirées, un spectacle de Majida Roumi devenu le plus onéreux de l’édition, et un système de QR code déployé sur chaque billet : Yosra Hazgui, directrice du bureau de la communication et de l’information du Festival international de Carthage, a détaillé vendredi 21 août 2026, sur le plateau de « Corniche », les coulisses de cette édition.
Le taux de satisfaction du public à l’égard des festivals de l’été a franchi la barre des 90 %, a annoncé Yosra Hazgui. Selon elle, cette réussite s’inscrit dans une logique assumée par le ministère des Affaires culturelles : classer et organiser ces manifestations non pas dans une optique commerciale, mais pour que la musique et la culture atteignent chaque citoyen tunisien, tout en surveillant de près un budget qui reste de l’argent public, afin d’écarter tout dérapage financier majeur.
Sur le plan artistique, c’est le concert de Majida Roumi qui a pesé le plus lourd dans les comptes de cette édition. D’autres représentations ont elles aussi généré des dépenses importantes, en raison du nombre élevé de musiciens mobilisés et de la flambée des tarifs aériens.
Une direction collégiale, deuxième année consécutive
Le festival fonctionne désormais depuis deux ans sans directeur attitré. Une équipe collective a pris en charge les choix artistiques, un fonctionnement que Mme Hazgui a justifié en rappelant que la figure du directeur n’est pas l’élément décisif : le succès de l’édition précédente a incité à reconduire la même équipe et la même organisation. Concrètement, cette équipe sélectionne les spectacles avant de les soumettre à la ministre des Affaires culturelles. Cette dernière, bien qu’habilitée à proposer ou à refuser, n’est intervenue pour imposer aucun choix ; son avis, en tant qu’artiste dotée d’une vision d’ensemble, a simplement été sollicité à titre consultatif.
Sélection des artistes : la polémique Jebali et le cas Ftiti
Interrogée sur les critiques entourant les modalités de participation des artistes, Yosra Hazgui a rappelé que le dépôt des dossiers passe par les tourneurs agréés, via une plateforme électronique commune aux artistes tunisiens et étrangers. Les équipes organisant les concerts de Mayada l Hennawy et de Majida Roumi ont ainsi transmis leurs dossiers par ce biais et confirmé leur disponibilité.
L’absence de l’artiste libanais Adam dans la programmation, alors que son concert de l’édition précédente avait rencontré un vif succès avec des billets écoulés très rapidement, s’explique par une règle interne : un même artiste ne peut être programmé deux années de suite. Son tourneur avait pourtant déposé une demande officielle.
Concernant Mohamed Jebali, qui affirme avoir soumis un dossier de cinq pages resté sans suite, Mme Hazgui a indiqué que la vérification du document effectivement déposé par son tourneur a révélé un contenu très éloigné de ses déclarations publiques. Elle a réaffirmé l’ouverture du festival à l’ensemble des artistes, citant comme preuve le nombre record de Tunisiens montés sur la scène de Carthage cette année.
La directrice a par ailleurs fait part de l’agacement de l’organisation face à des annonces de boycott motivées, selon elle, par un simple refus de sélection. Elle a cité le cas de Mortadha Ftiti, programmé avec succès en 2025 et soutenu par le festival cette année-là, ce qui rend sa non-reconduction en 2026 logique à ses yeux son boycott annoncé lui paraissant dès lors incompréhensible. Elle a rappelé que plus de 500 demandes sont reçues chaque année pour seulement 18 soirées, mêlant productions tunisiennes, orientales et arabes.
La billetterie numérique contre le marché noir
Pour endiguer la revente illégale de billets, le festival a mis en place cette année un dispositif numérique reposant sur une plateforme électronique : chaque billet et chaque invitation est désormais doté d’un code QR, et les achats sont plafonnés à quatre billets maximum par personne. Yosra Hazgui a néanmoins reconnu qu’il s’agit d’une pratique répandue à l’échelle mondiale, difficile à faire disparaître totalement.
Enfin, interrogée sur les rumeurs évoquant une interdiction future de chanter à Carthage visant la chanteuse Elissa, en lien avec l’épisode du keffieh, Yosra Hazgui a opposé un démenti catégorique, qualifiant ces informations de dépourvues de tout fondement.
S.M



