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Hydrogène vert : ce que l’Allemagne vient chercher en Tunisie pour le corridor SoutH2

  • 24 août 2026
  • 7 min de lecture
Hydrogène vert : ce que l’Allemagne vient chercher en Tunisie pour le corridor SoutH2

Une mission allemande de prospection consacrée à l’hydrogène vert, au Power-to-X et aux solutions de stockage d’énergie est programmée du 21 au 25 septembre 2026 en Algérie et en Tunisie. Une étape à Tunis est prévue le 23 septembre, avec pour objectif d’identifier des opportunités de projets, nouer des partenariats et explorer la constitution de consortiums, notamment autour du corridor SoutH2.

Des entreprises allemandes se rendront en Tunisie en septembre prochain dans le cadre d’une mission consacrée au Power-to-X, à l’hydrogène vert et aux solutions de stockage d’énergie, avec l’objectif d’identifier des opportunités de projets et de coopération sur les marchés tunisien et algérien.

Organisée par energiewaechter GmbH, dans le cadre de l’initiative allemande d’exportation dans le secteur de l’énergie, en collaboration avec les chambres de commerce et d’industrie germano-algérienne et germano-tunisienne, cette mission de prospection se déroulera du 21 au 25 septembre 2026.

Après une première étape en Algérie, où des rencontres sont prévues avec des acteurs majeurs du secteur énergétique et des infrastructures, la délégation poursuivra sa mission en Tunisie. Un Business Breakfast est programmé à Tunis le 23 septembre, avant des rencontres avec des acteurs du marché et un atelier consacré à l’identification de solutions et à l’évaluation de possibilités de constitution de consortiums.

La mission doit permettre aux entreprises allemandes d’identifier des projets auxquels leurs produits et services pourraient contribuer, notamment dans les domaines de la production d’hydrogène, des infrastructures, du stockage et des applications industrielles.

Des opportunités sur toute la chaîne de valeur

Selon le programme officiel de la mission, les entreprises allemandes ciblent plusieurs segments de la chaîne de valeur de l’hydrogène.

Il s’agit notamment de la production et de l’électrolyse, avec la fourniture, l’installation et la maintenance d’électrolyseurs, mais aussi de l’intégration des énergies renouvelables, du stockage et des solutions de traitement et de dessalement de l’eau.

Les infrastructures de transport constituent également un axe majeur, avec des opportunités dans la planification, l’ingénierie et la réalisation de réseaux destinés au transport de l’hydrogène et de ses dérivés, ainsi que dans les équipements de compression, de pompage, de stockage et de chargement.

La mission cible par ailleurs les applications industrielles de l’hydrogène, notamment la décarbonation des secteurs de la chimie, des engrais, des phosphates et de la sidérurgie, ainsi que la production d’ammoniac vert et d’autres produits issus du Power-to-X.

Les entreprises allemandes pourront également proposer des solutions dans le domaine du stockage de l’énergie, des systèmes hybrides associant solaire, éolien et hydrogène, ainsi que des études de faisabilité, de l’ingénierie et de la certification des produits destinés aux marchés européens.

La Tunisie, un maillon du futur corridor hydrogène

Cette mission intervient alors que la Tunisie cherche à se positionner dans le développement d’une filière nationale de l’hydrogène vert et à tirer parti de sa proximité géographique avec l’Europe.

La Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène vert et de ses produits dérivés à l’horizon 2050, publiée en mai 2024, prévoit une montée en puissance progressive de la production, de l’utilisation industrielle et des exportations. Le scénario retenu table sur une demande totale d’hydrogène vert d’environ 300.000 tonnes en 2030, 2,1 millions de tonnes en 2040 et 8,3 millions de tonnes en 2050.

La feuille de route prévoit notamment le développement d’une infrastructure de transport permettant à terme l’exportation d’hydrogène vers l’Europe. Pour 2030, elle envisage la construction d’un “H₂ Backbone” permettant d’exporter environ 300.000 tonnes d’hydrogène vert, tandis que l’objectif d’exportation atteint 6 millions de tonnes à l’horizon 2050.

Le développement de cette filière nécessite toutefois d’importants investissements dans les capacités de production d’électricité renouvelable, les électrolyseurs, les infrastructures de transport et de stockage, mais également dans les infrastructures hydrauliques, notamment le dessalement.

Un corridor de 3.300 kilomètres vers l’Europe

La dimension européenne du dossier repose notamment sur le SoutH2 Corridor, projet d’infrastructure destiné à relier l’Afrique du Nord à l’Italie, à l’Autriche et à l’Allemagne.

Le corridor représente environ 3.300 kilomètres de canalisations et est développé par les gestionnaires de réseaux Snam, TAG, Gas Connect Austria et bayernets. Selon les promoteurs du projet, il pourrait disposer d’une capacité d’importation de plus de 4 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an depuis l’Afrique du Nord et devrait être opérationnel au début des années 2030. Une grande partie des infrastructures existantes devrait être réutilisée et adaptée au transport de l’hydrogène.

Le projet bénéficie en outre d’un statut européen important. La Commission européenne confirme que le SoutH2 Corridor concerne la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Elle précise que le corridor comprend quatre projets reconnus comme Projects of Common Interest (PCI) ainsi qu’un Project of Mutual Interest (PMI) avec la Tunisie.

La liaison entre la Tunisie et l’Italie constitue ainsi un élément clé de cette future infrastructure. Le projet North-Africa H₂ Backbone, qui comprend notamment la section offshore entre le Cap Bon et Mazara del Vallo en Sicile, a été inscrit comme projet d’intérêt mutuel dans la deuxième liste européenne des PCI/PMI.

De la stratégie aux projets concrets

La mission allemande intervient donc à un moment où les ambitions tunisiennes en matière d’hydrogène vert commencent à entrer dans une phase davantage orientée vers la préparation des infrastructures et des projets.

Pour la Tunisie, l’enjeu consiste désormais à transformer ses objectifs stratégiques en projets effectivement financés et réalisables, tout en développant les capacités renouvelables et les infrastructures nécessaires à la production et au transport de l’hydrogène.

Le volet industriel constitue également un enjeu important. La stratégie tunisienne ne limite pas l’hydrogène vert à l’exportation : elle prévoit son intégration progressive dans l’économie nationale, notamment à travers la production d’ammoniac vert et la décarbonation de certaines industries.

La mission allemande pourrait ainsi ouvrir des perspectives de coopération qui dépassent la seule production d’hydrogène destiné à l’Europe, en couvrant également les électrolyseurs, les énergies renouvelables, le dessalement, le stockage, les infrastructures, l’ingénierie et les applications industrielles.

Un intérêt allemand qui dépasse l’hydrogène

Le choix de réunir la Tunisie et l’Algérie dans une même mission reflète par ailleurs l’intérêt porté par l’Allemagne au potentiel énergétique de l’Afrique du Nord.

Le SoutH2 Corridor repose justement sur une approche régionale : l’hydrogène renouvelable produit en Afrique du Nord doit pouvoir être acheminé vers les grands pôles industriels européens. En janvier 2025, la Tunisie, l’Algérie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont signé à Rome une déclaration commune d’intention politique en faveur du développement du corridor.

La Commission européenne considère également ce corridor comme un élément important de la coopération énergétique entre l’Europe et l’Afrique du Nord et souligne la nécessité de poursuivre les travaux techniques, réglementaires et financiers pour réduire les risques liés aux investissements et faire émerger le marché de l’hydrogène.

Pour la Tunisie, la prochaine étape sera donc de convertir son positionnement stratégique dans le corridor en investissements, partenariats industriels et infrastructures concrètes. La mission allemande du mois de septembre constituera, à cet égard, une nouvelle occasion de mettre en relation les entreprises allemandes avec les acteurs tunisiens et d’examiner les projets susceptibles de faire émerger une véritable chaîne de valeur de l’hydrogène vert.

R.I

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R. I

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