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Tribune – Élèves livrés à la pluie : Faut-il mener une enquête ?

  • 20 septembre 2026
  • 4 min de lecture
Tribune – Élèves livrés à la pluie : Faut-il mener une enquête ?

Par Leith LAKHOUA

Il y a des décisions qui relèvent de l’incompétence. Et il y a des décisions qui relèvent de l’indécence. Ce jeudi 17 septembre 2026, le gouvernorat de Tunis a choisi la seconde catégorie.

À 14h53, les autorités publiaient une annonce de suspension des cours dans l’ensemble des établissements scolaires, de formation et universitaires — publics et privés — du Grand Tunis. Application : 15h00. Soit sept minutes. Sept petites minutes pour prévenir des milliers de familles, pour organiser la sortie de dizaines de milliers d’élèves, pour éviter que des enfants ne se retrouvent seuls dans les rues au moment où le ciel s’effondrait sur la capitale.

Sept minutes. C’est tout ce que l’institution éducative tunisienne a jugé nécessaire d’accorder aux parents, aux enseignants, aux directeurs d’établissement. Sept minutes pour un pays qui se dit civilisé.

Ce n’est pas une surprise, c’est une faute

Que l’on cesse de parler de «circonstances exceptionnelles». L’épisode de pluies torrentielles et d’orages violents était annoncé depuis des heures. Les services météorologiques avaient placé le Grand Tunis en alerte. Les premiers signes d’inondation étaient visibles bien avant 14h53. Personne ne peut prétendre avoir été pris au dépourvu — sauf, apparemment, ceux qui avaient la responsabilité de décider.

Ce qui s’est passé n’est pas un accident. C’est une faute grave, réfléchie dans son irréflexion, commise par des responsables qui ont préféré attendre, temporiser, ne pas se mouiller — au sens propre comme au figuré — plutôt que d’assumer leur rôle.

Car pendant que les décideurs attendaient, que faisaient-ils ? Que faisaient les directeurs d’établissement ? Que faisaient les encadrants ? La réponse est tombée avec les premières trombes d’eau : chacun pour soi.

Les enfants, ces oubliés

Rappelons une évidence que certains semblent avoir oubliée : lorsqu’un enfant franchit le portail de son école, il passe sous la responsabilité pleine et entière de l’institution éducative. Ce n’est pas une formule rhétorique. C’est une obligation légale, morale et humaine.

Or, qu’avons-nous vu ce jeudi ? Des élèves livrés à eux-mêmes. Des enfants attendant devant des grilles fermées, sous une pluie diluvienne. Des parents paniqués, bloqués dans des embouteillages monstres, incapables de rejoindre leur progéniture. Des axes routiers du Grand Tunis submergés par les eaux stagnantes, transformant chaque trajet en parcours du combattant.

Où étaient les éducateurs ? Où étaient les directeurs ? Où était cette institution qui se targue de «former les générations futures» ?

L’institution éducative tunisienne a donné ce jour-là une leçon. Une leçon honteuse. Celle d’un système qui, face au danger, pense d’abord à sa propre personne — à rentrer chez soi, à se mettre à l’abri — et délaisse, voire abandonne, les jeunes écoliers à leur propre sort, avec tous les risques d’accident, de noyade, de disparition que cela implique.

Ce que nous avons vu ce jeudi n’honore ni la Tunisie, ni son ministère de l’Éducation, ni ceux qui prétendent porter la mission sacrée d’instruire la jeunesse.

Faire sortir des élèves dans la rue, dans ces conditions, de cette manière, à cette heure-là, est préjudiciable.

On ne joue pas avec la sécurité des enfants.

Un recours à la justice ?

Assez de communiqués lénifiants. Assez de «leçons tirées» qui ne seront jamais appliquées. Assez de promesses qui s’évaporent dès que le soleil revient.

Rappelons que le collectif des parents a le droit de déposer plainte. Une plainte formelle, collective, documentée, contre l’institution éducative et contre ceux qui, par leur carence, ont mis en danger leurs enfants. Il ne s’agit pas de vengeance. Il s’agit de responsabilité. Il s’agit de rappeler à l’ordre un système qui a oublié qu’il doit rendre des comptes.

Car sans sanction, il n’y a pas de correction. Sans correction, il n’y a pas d’amélioration. Et sans amélioration, la prochaine tempête fera les mêmes victimes : nos enfants.

Et pour finir, pourquoi pas une enquête sur le processus de décision du 17 septembre 2026, du plus haut niveau du gouvernorat jusqu’aux directions d’établissement, et la publication des responsabilités : qui a décidé ? Quand ? Pourquoi un délai de sept minutes ?

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.
Auteur

Leith LAKHOUA

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