Visas Schengen : de nouveaux frais, les Tunisiens concernés ? Ce que prépare l’UE
La Commission européenne prépare une révision du Code des visas Schengen qui pourrait modifier plusieurs aspects des procédures de court séjour, avec notamment l’étude d’un prélèvement supplémentaire au niveau de l’Union européenne, qui s’ajouterait aux frais de visa actuels. Le projet prévoit également d’examiner des procédures facilitées pour certains voyageurs d’affaires et des mécanismes permettant, dans certaines circonstances, de restreindre ou suspendre l’octroi de visas à certaines catégories de voyageurs.
À ce stade, aucune augmentation supplémentaire des frais n’a été décidée. La Commission européenne a publié, le 8 septembre 2026, un “appel à contributions” destiné à préparer une future proposition législative. Celle-ci est actuellement programmée pour le premier trimestre 2027, mais le calendrier et le contenu peuvent encore évoluer.
Une réforme encore au stade préparatoire
Le projet s’inscrit dans la première stratégie de l’UE en matière de visas, présentée par la Commission européenne le 29 janvier 2026. Cette stratégie repose notamment sur trois orientations : renforcer la sécurité, faciliter les déplacements légitimes et attirer les talents, et moderniser les outils numériques utilisés pour les visas et les frontières. La Commission prévoit notamment de développer les procédures numériques, de favoriser des visas à entrées multiples de plus longue durée pour certains voyageurs jugés fiables et de rendre interopérables les systèmes informatiques liés aux visas et aux frontières d’ici 2028.
La prochaine étape consiste à revoir le règlement (CE) n°810/2009, qui constitue le Code des visas de l’Union européenne. Le texte encadre actuellement les demandes de visas de court séjour, permettant des séjours allant jusqu’à 90 jours sur toute période de 180 jours dans l’espace Schengen.
Le document publié en septembre précise lui-même qu’il est fourni à titre informatif et ne préjuge ni de la décision finale de la Commission ni du contenu définitif de la future proposition.
Un éventuel nouveau prélèvement en plus du visa
La principale information susceptible d’intéresser les demandeurs concerne les frais. Actuellement, le droit de visa Schengen est fixé à 90 euros pour les adultes et 45 euros pour les enfants âgés de 6 à moins de 12 ans. Des exonérations existent pour certaines catégories. Un frais supplémentaire peut également être demandé lorsque la demande est recueillie par un prestataire externe, selon les conditions prévues par le Code des visas.
La Commission envisage désormais d’examiner, avec les États membres, la faisabilité d’un “additional charge” harmonisé au niveau de l’UE, qui serait perçu en plus du droit de visa Schengen. Le document ne fixe toutefois aucun montant et ne prévoit pas encore son instauration définitive. Il indique également que les recettes pourraient contribuer au développement de la politique commune des visas.
Il convient donc de distinguer trois éléments : le droit de visa actuellement fixé à 90 euros pour les adultes, les éventuels frais facturés par les centres de services lorsqu’ils interviennent dans la procédure, et le nouveau prélèvement européen qui n’est pour l’instant qu’une piste à l’étude.
Le Code actuel prévoit par ailleurs, dans des circonstances particulières liées notamment à la coopération d’un pays en matière de retour et de réadmission, des droits pouvant atteindre 135 ou 180 euros. Ces montants ne constituent pas le nouveau tarif général envisagé par la Commission.
Tunisiens, Algériens, Marocains : qui serait concerné ?
La réforme concerne le cadre européen commun des visas de court séjour et non une nationalité déterminée. La réglementation européenne classe actuellement notamment la Tunisie, l’Algérie et le Maroc parmi les pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l’obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres. La même catégorie comprend de nombreux autres pays, dont la Chine, l’Inde, la Turquie, l’Égypte, la Russie, le Sénégal et plusieurs pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient.
Cela signifie que les demandeurs tunisiens pourraient être concernés par les modifications générales du Code des visas si celles-ci sont finalement adoptées. Il en va de même pour les demandeurs algériens, marocains et les ressortissants des autres pays soumis à l’obligation de visa.
En revanche, le document préparatoire de la Commission ne prévoit pas de mesure spécifique visant la Tunisie, l’Algérie ou le Maroc. Il ne permet donc pas, à ce stade, d’annoncer une hausse particulière des frais pour les Tunisiens ou pour une autre nationalité.
Des facilités pour certains voyageurs d’affaires
La réforme ne porte pas uniquement sur un éventuel coût supplémentaire. La Commission souhaite également étudier un cadre européen commun pour les voyageurs d’affaires considérés comme fiables, notamment ceux travaillant pour des entreprises vérifiées.
L’une des pistes consiste à établir des listes communes d’entreprises vérifiées dans les différents pays tiers. Les employés de ces entreprises pourraient, selon les modalités qui seront retenues, bénéficier de certaines facilités : traitement accéléré des demandes, rendez-vous prioritaires ou réduction du nombre de justificatifs exigés.
La Commission estime que l’absence actuelle d’une approche européenne commune conduit à des procédures différentes selon les États membres, ce qui peut compliquer les déplacements professionnels des salariés d’entreprises opérant dans plusieurs pays de l’Union.
Davantage de possibilités de restriction dans certaines situations
La révision envisagée comporte également un volet sécuritaire. La Commission souhaite examiner de nouveaux mécanismes permettant à l’Union de prendre des mesures ciblées en matière de visas lorsque la situation politique ou sécuritaire dans un pays tiers se détériore gravement ou lorsqu’apparaissent certains risques, notamment des menaces hybrides, des actes de sabotage ou d’espionnage, des tentatives d’instrumentalisation des migrations ou d’autres actions considérées comme hostiles.
Le document précise que de telles mesures devraient être proportionnées, ciblées et réversibles. Il prévoit également des garanties pour certaines catégories, notamment les défenseurs des droits humains, les dissidents, les journalistes indépendants, les organisations de la société civile ainsi que dans les situations humanitaires ou exceptionnelles.
La Commission souhaite aussi rendre plus flexible le mécanisme existant reliant la politique des visas à la coopération des pays tiers en matière de retour et de réadmission.
Plus de 12 millions de demandes en 2025
La réforme intervient alors que la demande de visas Schengen continue de progresser. Selon les statistiques publiées par la Commission européenne, les consulats des pays de l’UE et des pays associés à Schengen ont reçu plus de 12 millions de demandes de visas de court séjour en 2025, soit une hausse de 4,3 % par rapport à 2024 et de 18,5 % par rapport à 2023. Plus de 10 millions de visas ont été délivrés, soit 5,2 % de plus qu’en 2024.
La demande reste toutefois inférieure aux niveaux d’avant la pandémie : environ 17 millions de demandes avaient été enregistrées en 2019. La Chine arrive en tête des pays demandeurs en 2025 avec environ 1,9 million de demandes, devant la Turquie (1,26 million), l’Inde (1,15 million), la Russie (679.000) et le Maroc (620.000).
Le taux mondial de refus s’est établi à 14,6 %, contre 14,8 % en 2024. Pour l’Algérie, la Commission fait état d’un taux de refus de 31 % en 2025, contre 35 % un an auparavant.
La prochaine étape sera donc la préparation de la proposition législative de la Commission européenne. Le document actuellement soumis à consultation prévoit une adoption indicative entre janvier et mars 2027.
D’ici là, les règles et les tarifs actuellement applicables restent en vigueur. Toute modification des frais, des procédures ou des conditions d’octroi devra encore passer par le processus législatif européen avant de devenir applicable.



