Hedi Dahmane : « 100 mille élèves quittent l’école chaque année »
L’expert en sécurité sociale, Hédi Dahmane, a affirmé ce jeudi 24 septembre 2026 que le système éducatif tunisien requiert désormais une révision profonde des méthodes éducatives et pédagogiques. Selon lui, le système ne parvient plus à répondre aux normes internationales ni aux nouveaux besoins de la société et du marché du travail.
Intervenant à la radio, il a souligné que le problème ne se limite pas aux seuls programmes scolaires, mais englobe également les méthodes d’enseignement, les espaces scolaires, le temps scolaire ainsi que les mécanismes d’évaluation et d’orientation. Il a fait observer que le système continue de reposer en grande partie sur le par cœur et la transmission unilatérale de connaissances, à une époque où l’information est désormais accessible aux élèves via les espaces numériques et les technologies de communication modernes.
L’expert en sciences et sécurité sociales a indiqué que l’accent mis sur l’aspect quantitatif de l’éducation n’a pas enrayé le phénomène persistant du décrochage scolaire, rappelant que près de 100 000 élèves quittent l’école chaque année. Il a estimé que faire face à ce fléau exige la mise en place de parcours alternatifs de formation professionnelle moderne, tout en évaluant la performance des centres de formation et leur adéquation aux nouveaux besoins.
Hedi Dahmane a souligné que le véritable défi aujourd’hui ne consiste plus à transmettre l’information à l’élève, les sources de savoir étant multiples, mais à lui apprendre à la rechercher, à l’analyser, à l’utiliser et à forger un esprit critique et scientifique. Il a ainsi plaidé pour une redéfinition du rôle de l’enseignant, qui doit évoluer d’un simple transmetteur de savoir vers un rôle d’accompagnateur, de tuteur et de catalyseur pour l’élève.
Critiquant par ailleurs une évaluation scolaire encore trop axée sur les notes et les examens, le spécialiste s’est interrogé sur la pertinence de ces instruments face aux objectifs pédagogiques modernes. Dans ce contexte, il a préconisé l’instauration d’un contrôle continu tout au long du trimestre ou du semestre, évitant de concentrer l’évaluation sur une seule semaine d’examens, tout en suggérant de combiner la notation chiffrée avec une évaluation pédagogique qualitative.
Il a, en outre, relevé que les notes du baccalauréat ne reflètent pas nécessairement le niveau global de l’élève, d’autant plus que l’orientation universitaire demeure largement tributaire du nombre de places disponibles dans les différentes filières et institutions.
Abordant la question de l’investissement des familles dans l’enseignement parallèle, à travers les cours particuliers et le soutien scolaire, l’universitaire a estimé que cette tendance soulève des interrogations légitimes sur le temps scolaire, le volume horaire alloué à chaque matière et la capacité de l’école publique à demeurer l’espace central de diffusion du savoir. Il a ajouté que la focalisation excessive des parents sur les notes traduit, en partie, une angoisse face à l’avenir et la conviction que la réussite scolaire reste le principal ascenseur social.
Insistant sur la nécessité de transformer l’expérience de l’élève au sein de l’établissement, tant sur le plan de l’environnement scolaire que de la nature de la relation avec l’enseignant, il a souligné l’urgence de passer de la logique du « je dois apprendre » à celle du « je veux apprendre ».
Enfin, Hedi Dahmane a appelé à renforcer les dispositifs d’accompagnement des élèves, en particulier ceux à besoins spécifiques, et à évaluer l’expérience d’intégration dans les écoles. L’invité de l’émission a conclu en rappelant que tout investissement dans la connaissance est un investissement dans l’avenir, et que le coût de la réforme des programmes reste infiniment moindre que le coût social du décrochage scolaire et de la perte de générations entières.



