Economie

Huile d’olive : Convertir le potentiel tunisien en valeur ajoutée

  • 28 octobre 2026
  • 6 min de lecture
Huile d’olive : Convertir le potentiel tunisien en valeur ajoutée

Alors que la production nationale devrait reculer au cours de la campagne 2026-2027, la diversification des marchés, le développement de l’huile conditionnée et un meilleur suivi des opérations commerciales constituent des leviers pour consolider les performances de la filière. L’Office national de l’huile (ONH) et le Centre de promotion des exportations (Cepex) sont appelés à renforcer leur complémentarité.

La Presse — La filière oléicole tunisienne aborde la nouvelle campagne avec un double enjeu : préserver ses recettes à l’exportation et améliorer la valorisation d’un produit qui demeure largement commercialisé en vrac. Après une campagne 2025-2026 exceptionnelle, marquée par une production estimée à 500.000 t d’huile d’olive, les perspectives pour 2026-2027 sont moins favorables. Selon les estimations avancées en septembre par la Chambre nationale des producteurs d’olives, la production pourrait se situer autour de 300.000t, soit un recul de 40 % sur un an. Cette prévision, qui reste à confirmer au fil de la récolte, est notamment attribuée au phénomène d’alternance biennale de l’olivier. Ce repli attendu renforce l’intérêt d’une stratégie qui ne repose pas uniquement sur les volumes disponibles, mais également sur la diversification des débouchés et la capacité des opérateurs à mieux valoriser leur production.

Des exportations dynamiques, mais une valorisation perfectible

Les performances de la campagne précédente montrent que la demande internationale demeure un relais important pour la filière. Entre novembre 2025 et août 2026, les exportations tunisiennes d’huile d’olive ont atteint 381.200 tonnes, pour une valeur de 4,7804 milliards de dinars. Les volumes ont progressé de 50,8 % et les recettes de 41,2 % par rapport à la même période de la campagne précédente, selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri).

Toutefois, la structure des exportations révèle une marge de progression importante. L’huile conditionnée a représenté environ 55.400 t, soit 14,5 % des volumes exportés, contre 85,5 % pour l’huile en vrac. Sa part dans les recettes totales s’est limitée à 19,3 %. Autrement dit, le conditionnement reste minoritaire, alors qu’il constitue un moyen de développer des marques, de renforcer la visibilité de l’origine tunisienne et de mieux maîtriser le positionnement commercial. 

Pour l’Office national de l’huile (ONH), l’enjeu consiste donc à consolider son rôle d’appui à la filière, en facilitant la mise en relation entre producteurs, conditionneurs et acheteurs, tout en contribuant à la promotion de la qualité et de la traçabilité.

Diversifier les marchés au-delà des débouchés traditionnels

La diversification géographique constitue un deuxième levier. À fin août 2026, l’huile d’olive tunisienne était commercialisée dans plus de 82 pays. L’Union européenne absorbait 56,6 % des volumes exportés, l’Amérique du Nord 24,4 %, l’Asie 11,5 % et l’Afrique 3,7 %. L’Espagne et l’Italie demeuraient les principaux débouchés européens, tandis que les Etats-Unis représentaient à eux seuls 19,3 % des exportations. Cette concentration géographique offre des débouchés solides, mais souligne également l’intérêt d’élargir la présence tunisienne sur les marchés africains et asiatiques. La prospection doit cependant dépasser la simple participation aux salons internationaux. Elle suppose une connaissance précise des circuits de distribution, des normes sanitaires, des habitudes de consommation et des exigences tarifaires propres à chaque marché. L’initiative organisée à Dakar du 7 au 9 octobre 2026 fournit, à cet égard, un exemple concret. Les premières Journées de l’huile d’olive tunisienne au Sénégal ont réuni plus de 100 opérateurs économiques, parmi lesquels des importateurs, des distributeurs, des industriels et des représentants de la grande distribution. L’opération, conduite par le Cepex avec la participation de l’ONH et de Packtec, vise à renforcer la présence tunisienne sur un marché africain. Pour prolonger ce type d’initiative, le Cepex pourrait mettre en place un suivi systématique des contacts établis, des demandes de prix, des échantillons expédiés et des contrats conclus. L’objectif serait de mesurer les retombées commerciales réelles de chaque opération et de concentrer les moyens sur les marchés présentant les perspectives les plus solides.

De la promotion à l’accompagnement commercial

La prospection gagnerait également à être davantage ciblée. Dans les pays où l’huile d’olive reste un produit de niche, des campagnes de dégustation, des partenariats avec les distributeurs et des actions auprès de la restauration pourraient contribuer à développer la consommation. Sur les marchés africains, la priorité pourrait porter sur l’identification d’importateurs fiables, l’adaptation des formats de conditionnement et la compétitivité des offres. Le Cepex pourrait, en coordination avec les représentations diplomatiques et commerciales tunisiennes, établir une cartographie des importateurs et des distributeurs par marché. L’ONH apporterait, de son côté, son expertise sectorielle pour faciliter les contacts avec les opérateurs et promouvoir les caractéristiques des huiles tunisiennes. Cette complémentarité devrait s’étendre à l’accompagnement des entreprises. Le conditionnement, l’étiquetage, la traçabilité, les certifications et la régularité des approvisionnements sont autant de facteurs qui conditionnent l’accès aux circuits de distribution internationaux. Une coordination avec Packtec et les organismes compétents permettrait de mieux accompagner les entreprises souhaitant développer leurs marques à l’étranger.

Mesurer les résultats pour améliorer l’efficacité

La réussite d’une stratégie de promotion ne saurait être évaluée uniquement à travers le nombre de salons fréquentés, de missions organisées ou de pays prospectés. Elle devrait également être appréciée à partir du nombre de nouveaux acheteurs actifs, des contrats effectivement exécutés, de l’évolution des exportations conditionnées et de la diversification des destinations. Un tableau de bord commun entre l’ONH et le Cepex permettrait de suivre ces indicateurs et d’identifier les actions les plus performantes. Il faciliterait également l’ajustement des programmes de promotion en fonction des résultats commerciaux obtenus. À l’heure où la prochaine récolte s’annonce moins abondante, la question centrale est donc celle de la valeur créée par chaque tonne exportée. La Tunisie dispose d’une présence internationale établie et d’un produit reconnu. Le défi consiste désormais à transformer ces atouts en parts de marché durables, en marques plus visibles et en recettes mieux valorisées pour l’ensemble de la filière. Mais n’a-t-on pas dit un jour que « celui qui veut aller loin n’a qu’à ménager sa monture ? ».

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

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