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Projet de budget 2027 : L’énergie et le phosphate au cœur des débats en commission

  • 4 novembre 2026
  • 6 min de lecture
Projet de budget 2027 : L’énergie et le phosphate au cœur des débats en commission
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Le déficit énergétique, en l’occurrence électrique, pendant le pic estival de consommation et la relance du secteur des phosphates ont été les points focaux des débats de la commission mixte en charge de l’industrie, des mines et de l’énergie, regroupant des députés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et leurs homologues du Conseil national des régions et des districts (Cnrd), réunis hier, mardi, pour discuter du budget du ministère de l’Industrie pour l’année 2027.

La Presse — Par anticipation des attentes sur le programme du ministère pour éviter que la séquence de délestage électrique de l’été 2026 ne se reproduise en 2027 et même après, le ministre de l’Equipement, chargé d’assurer l’intérim à la tête du département de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, Slah Zouari, a annoncé un plan d’action visant à assurer la continuité de l’activité et de l’alimentation en électricité pendant les périodes de forte demande.

Pour une capacité maximale de production de 4450 Mégawatt/heure, la demande était de 6000 Mégawatt par moments, ce qui a nécessité des coupures intermittentes du courant électrique, non sans dégâts au cours de l’été dernier, les députés n’ayant pas manqué d’exprimer leur mécontentement et de transmettre l’exigence de leurs électeurs qu’une telle défaillance ne devrait plus se reproduire.

Si cette défaillance résultait d’une augmentation de la demande face à une baisse de l’offre, le ministre Slah Zouari a exposé une stratégie visant à inverser l’équation:  « diminuer la demande et augmenter la production ».

La réduction de la demande ne signifie pas une baisse de la consommation, selon le ministre, mais plutôt le réaménagement des horaires de consommation en dehors des heures de pointe, en coordination avec les industriels, afin de mieux étaler la consommation sur le temps. Concrètement, un travail de communication porte-à-porte est envisagé pour sensibiliser les industriels à décaler leur activité autant que possible pendant les heures de nuit, par exemple, moyennant une tarification réduite de l’électricité. Les industriels étant déjà équipés de compteurs intelligents, cela devrait réduire la demande de quelque 300 mégawatt. Aussi, les industriels seront encouragés à programmer leur fermeture annuelle pour maintenance pendant les pics de chaleur, afin d’atténuer la demande pendant les semaines caniculaires.

Pour ce qui est de l’augmentation de la production, le ministre a mis en exergue les investissements en cours dans le cadre de la transition énergétique, permettant de fournir 300 mégawatts supplémentaires. Il a passé en revue l’avancement du programme d’investissement dans les panneaux solaires aussi bien pour les concessions que pour les autorisations.

Acquisition de générateurs à gaz, équipement des turbines par des systèmes de refroidissement, développement progressif d’un système de stockage, sont également parmi les mesures permettant d’augmenter la production et ayant déjà fait l’objet d’appels d’offres et devraient entrer en fonction au cours de l’année 2027. 

Les phosphates en ligne de mire

Pour ce qui est du secteur des phosphates, le ministre a reconnu la faiblesse du rendement enregistré en 2026 et annoncé un plan d’action pour relancer la production s’étalant sur la période 2027-2035.

Selon les chiffres officiels, sur une projection de 4,5 millions de tonnes programmées en 2026, la production n’a pas dépassé les 2,8 millions jusqu’à septembre dernier, alors que le niveau de la production dépassait les 10 millions de tonnes en 2010. La Tunisie était le 5e producteur mondial.

Aujourd’hui, le secteur est devenu déficitaire nécessitant l’intervention de l’Etat pour soutenir les entreprises publiques y opérant, mais aussi pour subventionner les engrais chimiques destinés à la consommation locale à hauteur de 500 millions de dinars, selon les estimations de 2027.

Le secteur a suscité de nombreuses interventions de députés. Certains ont mis l’accent sur le caractère social du dossier, d’autres ont relevé l’injustice qui prévalait quant à l’affectation des revenus des phosphates pendant les années de « vaches grasses », bénéficiant à certaines régions au détriment du bassin minier. « Les banques se bousculaient pour attirer les entreprises opérant dans le secteur. Mais aujourd’hui, elles accordent des soutiens financiers à des taux élevés, les opérateurs et les travailleurs du secteur sont méprisés et humiliés », regrette un autre intervenant. « Il faut injecter beaucoup d’argent pour relancer le secteur des phosphates », a suggéré un élu de la nation.

Le débat sur le secteur des phosphates a évolué pour pointer un problème de gouvernance au sein du département. Une élue (F. Mseddi) a même exprimé son soupçon qu’un secteur qui constituait un fleuron de l’industrie et de l’économie tunisienne et qui se retrouve maintenant dans un état aussi délabré soit l’objet d’un « sabotage » contre le pays. Elle a également évoqué des concessions qu’elle a qualifiées de douteuses dans le domaine du pétrole, en l’occurrence la licence « El-Menzah » et « Ezzarat », demandant des détails chiffrés sur le potentiel de ces gisements et exigeant l’application de l’article 16 de la Constitution qui soumet les contrats d’investissement à une approbation parlementaire, les richesses du pays appartenant au peuple tunisien, selon la Constitution.

Dans cet ordre d’idées, des députés ont évoqué des problèmes de compétences, ont remis en question la transparence dans le recrutement dans les entreprises relevant du ministère et appelé à l’ouverture d’une enquête sur l’affectation à des postes de responsabilité, tout en favorisant les compétences hautement qualifiées qui ne manquent pas en Tunisie, mais dont la plupart quittent le pays.

Il est à rappeler, par ailleurs, que les discussions en commission se poursuivront courant cette semaine, en attendant la tenue, la semaine prochaine, des séances plénières conjointes entre l’ARP et le Cnrd, la déclaration du gouvernement étant programmée pour le 9 novembre.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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