Economie

Sécurité énergétique : l’IACE appelle la Tunisie à devenir un « pays-plateforme »

Avatar photo
  • 6 novembre 2026
  • 7 min de lecture
Sécurité énergétique : l’IACE appelle la Tunisie à devenir un « pays-plateforme »
5 min de lecture

L’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) appelle la Tunisie à renforcer sa sécurité énergétique en devenant un « pays-plateforme ». Le pays doit dépasser son rôle de transit pour créer de la valeur à partir de ce qu’il produit, connecte et transforme.

Cet appel intervient dans un contexte de chocs d’approvisionnement, comme la crise liée au détroit d’Ormuz. La transition énergétique et la recomposition des alliances internationales pèsent également.

L’Institut a publié jeudi une note d’orientation (policy brief) intitulée « Sécurité énergétique de la Tunisie : construire des marges de manœuvre dans l’interdépendance ». Il y estime que la politique énergétique du pays doit reposer sur quatre axes. Le premier consiste à accélérer la transition énergétique. Le deuxième vise à diversifier les partenariats pour réduire les vulnérabilités. Le troisième entend transformer l’avantage géographique en valeur économique et industrielle. Le quatrième porte sur la gouvernance du secteur et la diplomatie énergétique. L’objectif : faire de l’énergie un levier de souveraineté et de compétitivité économique.

Sécurité énergétique : accélérer la transition et voir à long terme

L’IACE appelle à traduire la stratégie énergétique à l’horizon 2035 en projets concrets et en investissements effectifs. Il recommande un calendrier de mise en œuvre clair et des responsabilités bien définies. Parallèlement, il préconise de lancer une réflexion stratégique de long terme pour repenser le modèle énergétique national.

Pour l’IACE, la sécurité énergétique du pays suppose d’accélérer le développement des énergies renouvelables, de moderniser les réseaux électriques et de renforcer les capacités de stockage. Il faut aussi améliorer l’efficacité énergétique et mieux maîtriser la demande. L’Institut invite en outre à évaluer l’apport potentiel de nouvelles options technologiques, notamment le nucléaire, sur la base de critères économiques, techniques et réglementaires rigoureux.

Selon l’Institut, la transition ne doit pas se limiter à augmenter la production d’énergie bas carbone. Elle doit aussi garantir aux ménages et aux entreprises une énergie disponible, fiable et compétitive. Pour cela, il faut lever les obstacles réglementaires, accélérer les projets et sécuriser les financements. Le réseau électrique doit aussi pouvoir absorber une production renouvelable croissante.

L’Institut considère ainsi la transition énergétique comme une politique de compétitivité et de transformation du tissu productif, et non comme un simple objectif environnemental. En effet, une facture énergétique réduite et des prix compétitifs soutiendraient l’investissement productif. Ils renforceraient aussi l’industrie et l’attractivité économique du pays.

Diversifier les partenariats pour préserver la souveraineté de décision

L’IACE recommande d’inscrire les relations avec l’Algérie, l’Italie, la Libye et l’Union européenne dans une approche intégrée. Celle-ci doit reposer sur la diversification et l’équilibre des partenariats. Cette démarche renforcerait la sécurité énergétique du pays en consolidant la coopération existante. Elle élargirait aussi les options en matière d’approvisionnement, d’infrastructures, de technologies, de financement et d’interconnexion électrique.

Diversifier ses partenaires ne signifie pas multiplier les accords sans vision cohérente, précise l’Institut. Il s’agit plutôt de disposer d’alternatives qui renforcent le pouvoir de négociation du pays, tout en distinguant complémentarité économique et dépendance.

Transformer l’atout géographique en valeur économique et industrielle

Pour l’IACE, la position de la Tunisie au carrefour de l’Europe, du Maghreb et de l’espace méditerranéen constitue un avantage potentiel. Toutefois, cet atout ne deviendra un gain économique réel qu’avec les infrastructures, les financements, le cadre réglementaire et les compétences nécessaires.

L’Institut appelle à faire de la transition énergétique un levier d’industrialisation, de montée en valeur ajoutée et d’attraction des investissements productifs. Concrètement, il s’agit de localiser des activités industrielles compétitives et de développer des chaînes de valeur locales. Il faut également renforcer les capacités technologiques nationales et créer des emplois qualifiés.

Il recommande aussi de ne pas juger les projets énergétiques sur les seuls volumes produits ou exportés. Leur contribution à la valeur ajoutée nationale, à la productivité et au tissu économique doit compter.

Sur l’hydrogène vert, l’IACE juge nécessaire d’identifier d’abord les usages industriels les plus créateurs de valeur en Tunisie. L’exportation ne doit pas devenir une fin en soi. Ces usages incluent la décarbonation de certaines industries et la production de dérivés comme l’ammoniac vert. Ils couvrent aussi les secteurs difficiles à électrifier directement.

Selon l’Institut, cette filière exige une évaluation réaliste des coûts et des ressources en eau et en électricité renouvelable. Les besoins en transport et en stockage, ainsi que la demande solvable, doivent aussi être pris en compte. Il met en garde : l’exportation pourrait épuiser des ressources rares au détriment des besoins nationaux. Elle risquerait aussi de cantonner la Tunisie au rôle de fournisseur d’énergie et de matières premières.

Sécurité énergétique : renforcer la gouvernance et la diplomatie

L’IACE appelle à une meilleure coordination entre institutions publiques, entreprises, investisseurs, chercheurs et partenaires internationaux. Il préconise de clarifier les responsabilités et de mettre en place des mécanismes de suivi et d’évaluation périodique des projets. L’enjeu est de garantir la cohérence des politiques publiques et la continuité des projets sur le long terme.

L’Institut souligne aussi l’importance d’un cadre réglementaire plus prévisible, de procédures transparentes, de règles stables et d’engagements publics crédibles. Ce sont, selon lui, des conditions essentielles pour réduire les risques encourus par les investisseurs et faciliter la mobilisation de financements à long terme.

Dans ce cadre, il plaide pour intégrer la diplomatie énergétique à la politique économique extérieure. Cela passe par une vision nationale claire dans les négociations sur les accords d’approvisionnement, l’interconnexion électrique, les projets d’hydrogène et les financements internationaux. Il s’agit aussi de définir les intérêts nationaux, les concessions acceptables et les retombées attendues.

L’IACE recommande enfin de renforcer l’expertise technique, juridique et économique. Objectif : consolider la capacité de négociation du pays et anticiper l’évolution des marchés, des technologies et des rapports de force internationaux. Il préconise aussi une approche prospective. Celle-ci doit tenir compte de l’évolution de la demande, des risques géopolitiques, du coût des options énergétiques et de leur impact sur la compétitivité des entreprises.

L’Institut conclut que l’enjeu de la sécurité énergétique ne se limite pas, pour la Tunisie, à couvrir ses besoins. Il s’agit aussi de tirer parti des mutations du système énergétique mondial pour consolider sa souveraineté économique et accélérer son développement. Pour y parvenir, le pays devra hiérarchiser ses priorités, nouer des partenariats équilibrés et accroître la valeur ajoutée créée localement.

 

Avatar photo
Auteur

La Presse

You cannot copy content of this page