Economie

Forum International de Réalités : Tunisie-Union européenne, les défis d’un partenariat méditerranéen à réinventer

  • 7 novembre 2026
  • 6 min de lecture
Forum International de Réalités : Tunisie-Union européenne, les défis d’un partenariat méditerranéen à réinventer
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Lors de la 28e édition du Forum International de Réalités, placée sous le thème « Tunisie – Union européenne : le Pacte pour la Méditerranée à l’épreuve des chocs globaux », tenue les 5 et 6 novembre courant à Hammamet, deux interventions ont mis en lumière les enjeux et les perspectives de la coopération entre la Tunisie et l’Europe. Kader Abderrahim, directeur de recherches à l’Institut Prospective et Sécurité en Europe et maître de conférences à Sciences Po, et Senen Florensa, président de l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed), ont notamment insisté sur la nécessité de consolider ce partenariat et de lui donner une nouvelle dimension face aux mutations internationales.

Pour Kader Abderrahim, l’avenir de la Méditerranée doit être pensé à la lumière des transformations géopolitiques, économiques, énergétiques et climatiques qui redessinent les rapports de force mondiaux. Dans ce contexte, le nouveau Pacte pour la Méditerranée ne devrait pas se limiter à une initiative institutionnelle supplémentaire, mais devenir un véritable projet politique, soutenu par une stratégie claire et des objectifs concrets.

L’un des principaux messages issus du Forum consiste à reconnaître la Tunisie comme un partenaire stratégique à part entière. La relation avec l’Union européenne gagnerait ainsi à dépasser les approches traditionnelles, souvent dominées par les préoccupations migratoires et sécuritaires, pour s’appuyer davantage sur la réciprocité et la prise en considération des intérêts des deux parties.

Le développement économique doit, dans cette perspective, occuper une place centrale. Les investissements productifs, la création d’emplois qualifiés, le renforcement de l’industrie, la résilience agricole ainsi que l’intégration de la Tunisie dans les chaînes de valeur européennes et africaines constituent autant de leviers à privilégier. Les secteurs de l’énergie renouvelable, de l’interconnexion électrique, de l’hydrogène vert, de la recherche et de la formation offrent également des perspectives importantes, à condition que la coopération se traduise par des transferts de savoir-faire et une réelle création de valeur sur le territoire tunisien.

La question migratoire a également été abordée sous un angle plus large. Si la coopération sécuritaire reste nécessaire, elle ne doit pas éclipser les autres formes de mobilité, notamment celles des étudiants, des professionnels et des chercheurs. La lutte contre les causes profondes de l’émigration, telles que le chômage, les disparités régionales et le manque de perspectives pour les jeunes, doit également faire partie intégrante de la réflexion.

Sur le plan régional, Kader Abderrahim a souligné l’importance de considérer la Méditerranée dans son environnement géopolitique élargi, incluant le Maghreb, le Sahel, l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient. La Tunisie dispose, selon lui, d’un potentiel important pour renforcer les passerelles entre l’Europe et le continent africain.

Pour concrétiser cette ambition, trois conditions s’imposent : une meilleure coordination des politiques économiques, énergétiques, migratoires et sécuritaires, une relation fondée sur la réciprocité et, surtout, des engagements accompagnés de projets réalisables, de financements identifiés et de mécanismes d’évaluation. L’enjeu est désormais de dépasser les déclarations d’intention pour aboutir à des résultats mesurables.

De son côté, Senen Florensa a défendu la continuité et le renforcement des relations entre la Tunisie et l’Union européenne, rappelant leur profondeur historique, économique et humaine. Il a notamment évoqué le rôle pionnier de la Tunisie, premier pays de la rive sud de la Méditerranée à avoir signé un accord d’association avec l’Union européenne en 1995, dans le cadre du processus de Barcelone.

Les échanges commerciaux, les investissements européens, la coopération financière, le tourisme et les transferts de la diaspora témoignent, selon lui, de l’importance structurelle de ce partenariat. L’Europe représente près de la moitié des importations tunisiennes et accueille une place majeure dans les exportations du pays. Elle concentre également plus de 85 % des investissements directs étrangers en Tunisie. Les entreprises européennes contribuent largement à l’emploi dans le secteur étranger, tandis que la coopération financière européenne représente environ 400 millions d’euros annuellement, sous forme de dons et de financements concessionnels.

Face aux interrogations sur la nécessité de maintenir cette orientation et aux perspectives de diversification des alliances vers d’autres puissances internationales, le président de l’IEMed a reconnu l’intérêt de développer de nouveaux partenariats. Il a toutefois estimé que les liens avec l’Europe demeurent un facteur essentiel de croissance, de modernisation et de développement social pour la Tunisie.

Abordant le nouveau Pacte pour la Méditerranée, Senen Florensa a rappelé que son élaboration avait été précédée d’un vaste processus de consultation associant experts, universitaires et représentants du monde économique. Cette concertation doit se poursuivre afin de permettre aux différents acteurs des pays concernés de contribuer à sa mise en œuvre. Le dispositif s’articule autour de trois axes fondamentaux : le développement du capital humain et de la formation, la construction d’une économie durable et intégrée, ainsi que le renforcement d’un espace commun de sécurité.

Au-delà des constats, les deux intervenants ont convergé vers une même conviction : l’avenir des relations euro-tunisiennes dépendra de leur capacité à s’adapter aux nouvelles réalités internationales et à dépasser les approches traditionnelles. La Méditerranée ne doit plus être perçue uniquement comme une ligne de séparation entre deux rives aux intérêts divergents, mais comme un espace de coopération, d’échanges et de prospérité partagée.

La véritable réussite du Pacte pour la Méditerranée se mesurera donc à sa capacité à transformer les défis actuels en opportunités concrètes, au bénéfice des populations, notamment en matière d’emploi, de formation, de développement économique et de bien-être social. C’est à cette condition que le partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne pourra s’inscrire dans une dynamique durable et équilibrée.

Auteur

Nadia CHAHED

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