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Economie

Rencontre professionnelle sur le conditionnement de l’huile d’olive tunisienne : « Plus qu’un produit d’excellence, notre huile d’olive est un patrimoine vivant »

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  • 9 mai 2026
  • 9 min de lecture
Rencontre professionnelle sur le conditionnement de l’huile d’olive tunisienne : « Plus qu’un produit d’excellence, notre huile d’olive est un patrimoine vivant »

Déjà annoncée depuis quelque temps, la récente rencontre professionnelle B to B sur le conditionnement de l’huile d’olive tunisienne via l’artisanat, tenue mardi dernier, au Palais des congrès à Tunis, figure parmi les 30 activités prévues, cette année, dans le cadre du programme promotionnel établi par le Cepex. En effet, changer la façon de présenter le produit et sa mise en bouteille s’avère une nécessité.

La Presse — Il y a donc lieu de sortir des sentiers battus et d’innover dans les modes de promotion et d’exportation de nos produits stratégiques, notamment l’huile d’olive, véritable porte-drapeau de l’économie nationale.Dans cette perspective, l’artisanat tunisien apparaît comme un support complémentaire imprégné d’authenticité et d’originalité, capable de mieux valoriser notre huile d’olive et de la commercialiser autrement.

Ainsi se dessine l’idée d’en faire un vecteur de valeur ajoutée commerciale, porteur de symboles distinctifs de la Tunisie, l’un des principaux pays producteurs d’huile d’olive au monde.

Mais cette position, aussi reconnue soit-elle, doit être continuellement consolidée et confirmée. Les exigences du marché l’imposent.

Bouteille en grès, une nouvelle façon de présenter

En fait, l’organisation de cette rencontre fédératrice, regroupant artisans, designers et exportateurs, est une initiative qui vise, comme l’a souligné le ministre du Commerce, Samir Abid, lors de son mot d’inauguration, à renforcer la présence de notre huile d’olive sur les marchés extérieurs.

« Plus qu’un produit agricole, l’huile d’olive est un pilier stratégique de nos exportations. Face à la rude concurrence à l’échelle mondiale, il devient nécessaire de renforcer sa valeur ajoutée, à travers la façon de conception, les techniques du conditionnement et la distinction de l’offre », affirme-t-il.

D’autant plus que, poursuit le ministre devant un parterre d’artisans, de jeunes designers, d’hommes d’affaires et de représentants du corps diplomatique accrédités à Tunis : « Cette initiative met en avant une nouvelle génération de bouteilles en grès, conciliant authenticité et conformité aux standards internationaux. Elle démontre que l’innovation ne se limite pas au produit lui-même, mais englobe également sa présentation ainsi que l’ensemble de la stratégie marketing visant à valoriser ses spécificités. Une démarche susceptible de dynamiser intelligemment à la fois le secteur de l’huile d’olive et celui de l’artisanat ».

A noter, ici, que cette idée, si géniale, de promouvoir autrement l’huile d’olive à travers l’artisanat tunisien, a fait son chemin, en si peu de temps, dans le cadre du projet « Creative Tunisia » financé par l’Union européenne, et qui vient d’être clôturé, mardi dernier.

Cette rencontre B to B a été perçue comme le fruit abouti d’un travail collaboratif entre l’Office national de l’artisanat (ONA) et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), avec le concours du Centre de promotion des exportations (Cepex) et du Centre technique de l’emballage et du conditionnement (Packtec). « Notre défi collectif est de transformer cette excellence en image, en valeur et en parts de marché, afin qu’elle soit pleinement reconnue et rémunérée à sa juste mesure », résume, en ces termes, Lassâad Ben Hassine, représentant des pays de l’Onudi.

Savoir raconter son produit !

Selon lui, la question stratégique est claire : comment faire en sorte que davantage de ces valeurs restent en Tunisie ? Car, précise-t-il, « il ne s’agit pas seulement d’augmenter le volume exporté, mais de mieux valoriser ce que nous exportons déjà ». Parlons-en ainsi, nos maîtres artisans et jeunes designers sont des acteurs clés, devenus partenaires actifs dans l’effort national de l’exportation de notre huile d’olive. Cela se passe, à l’en croire, par trois leviers essentiels : mieux conditionner l’huile d’olive, mieux la différencier et mieux la positionner dans les marchés internationaux. D’ailleurs, souligne Ben Hassine, plusieurs pays méditerranéens réputés pour leurs exportations d’huile d’olive, notamment l’Italie, l’Espagne et la Grèce, ont compris que la compétitivité ne repose plus uniquement sur la qualité du produit. Celle-ci doit également être associée à l’origine, aux techniques de conditionnement et au design. Autrement dit, il faut savoir raconter son produit.

Et de revenir à dire que la question est comment permettre à notre huile d’olive d’être perçue, présentée et valorisée à la hauteur de sa qualité. La réponse se trouve dans la contribution du projet « Creative Tunisia », réalisé dans l’artisanat. « Ce projet illustre l’approche de l’Onudi, qui consiste à s’appuyer sur le potentiel local pour transformer la créativité en solutions concrètes et orientées vers les marchés », renchérit Lassâad Ben Hassine.  Et d’ajouter : « Notre initiative vise à développer et tester une solution de packaging prémium pour l’huile d’olive tunisienne, soit une bouteille en grès conçue par des designers et fabriquée par des artisans tunisiens ». Concrètement, détaille Ben Hassine, ce processus s’articule autour de quatre étapes : mobiliser les designers à travers les hubs créatifs, développer des prototypes avec les artisans, assurer leur validation technique avec le Packtec et, enfin, mettre en relation artisans, designers et exportateurs.

Une telle rencontre professionnelle repose sur un partenariat solide avec l’ONA, le Cepex et le Packtec. Ces institutions ont mobilisé artisans, designers et exportateurs afin de développer des solutions concrètes, créant ainsi un cadre de collaboration tourné vers les marchés étrangers.

« Cette initiative, tiens-je à préciser, n’a pas vocation à remplacer les solutions industrielles de conditionnement. Absolument pas. Elle vient plutôt les compléter à travers une contribution ciblée de l’Onudi, en montrant comment l’artisanat et le design peuvent apporter davantage de valeur, d’identité et de différenciation à l’huile d’olive », indique-t-il.

Le Packtec y met du sien

Et pour tout dire, l’artisanat ne remplace pas l’industrie, mais il vient ajouter de la plus-value pour repositionner notre huile d’olive comme un produit d’exception, capable de se démarquer sur les marchés les plus exigeants. Par ailleurs, Leila Msellati, directrice de l’ONA, a rebondi sur la même idée : « L’artisanat est un pilier de notre identité culturelle et économique, générateur d’emplois, faisant rayonner la destination tunisienne. Son évolution dépend, aujourd’hui, de son ouverture sur les marchés extérieurs et son adaptation avec les mutations que connaît le monde, liées surtout à la qualité, la pérennité et la création ». D’ailleurs, fait-elle remarquer, il existe une forte demande pour les produits à caractère artisanal, notamment ceux issus de la céramique et de la poterie.

Msellati poursuit en indiquant que cette manifestation a pour objectif de promouvoir des bouteilles en grès inspirées du patrimoine national, destinées à mieux valoriser l’huile d’olive tunisienne et à renforcer son image à l’international. « L’ONA s’intéresse à pareille initiative, puisant dans les orientations de l’Etat et les recommandations du Conseil ministériel du 16 mars 2023, de par l’appui qu’elle apporte aux artisans », conclut-elle.

Et l’ONA n’est pas la seule qui y met du sien, le Packtec y contribue également, compte tenu de l’intérêt constant qu’il accorde à la promotion générique de l’huile d’olive tunisienne, comme le souligne sa directrice générale, Narjes Maslah Hammar. Car, affirme-t-elle, « au-delà d’un produit d’excellence, l’huile d’olive tunisienne constitue aujourd’hui un patrimoine vivant, porteur d’une histoire, d’un territoire, d’un savoir-faire et même d’une identité. Plus que jamais, sa valeur se construit autant à travers sa qualité que par sa capacité à se raconter, à séduire et à se différencier sur les marchés locaux et internationaux ».

Et pour cause : le conditionnement n’est plus un simple support technique, mais un véritable levier stratégique de compétitivité. « A travers le design et l’artisanat, nous avons aujourd’hui l’opportunité de doter notre huile d’olive d’une signature forte, distinctive et profondément ancrée dans notre identité », ajoute-t-elle.

Seulement 10 %

Et pourtant, notre huile d’olive manque encore de visibilité sur les étals internationaux, du fait qu’elle est souvent exportée en vrac. Cela dit, une meilleure technique de conditionnement vaut son pesant d’or et pourrait lui conférer une place de choix à l’étranger. C’est pourquoi cette rencontre traduit une ambition claire : créer des connexions utiles et durables entre producteurs et designers, entre tradition et innovation, entre exigence du marché et richesse de notre patrimoine. « Plus de 50 créations illustrent concrètement cette dynamique et démontrent que lorsque l’intelligence créative rencontre le savoir-faire artisanal, il devient possible de hisser notre produit vers de nouveaux standards plus compétitifs », relève Hammar.

Dans ce contexte, argue-t-elle, le choix du conditionnement est déterminant pour construire une vision complémentaire et cohérente. En effet, suggère-t-elle, le verre ou le bidon métallique demeure un pilier essentiel qui garantit l’accessibilité du produit, soutient le volume et répond aux exigences des marchés. Le grès, quant à lui, ouvre aussi d’autres perspectives d’exportation. « Notre responsabilité collective est d’articuler intelligemment ces approches, assurer la puissance économique, tout en développant ce segment à forte valeur ajoutée », conclut-elle.

Du reste, valoriser ainsi l’artisanat et le design pour passer le cap de l’exportation de notre huile d’olive conditionnée, c’est lui consacrer une stratégie nationale, avec en toile de fond un vrai plan de travail commun. Voire une politique de promotion qui devrait s’inscrire dans la durée. En février 2025, notre diplomatie a fait une vaste campagne de communication et de sensibilisation sur l’huile d’olive conditionnée. Mais, jusque-là, rien n’a changé, semble-t-il. Car, aujourd’hui, on n’en exporte qu’à peine 10%.

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Auteur

Kamel FERCHICHI

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