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Société

Eaux usées traitées : 10% seulement sont réutilisées pour les cultures

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  • 9 mai 2026
  • 3 min de lecture
Eaux usées traitées : 10% seulement sont réutilisées pour les cultures

L’heure est à l’urgence pour la sécurité hydrique nationale. Anis Ben Rayana, expert agricole, a tiré la sonnette d’alarme ce samedi 9 mai 2026. Entre le dérèglement climatique, les sécheresses chroniques et la raréfaction des pluies, les ressources en eau traditionnelles s’épuisent alors que la demande, elle, ne cesse de croître. Face à ce déséquilibre , la Tunisie dispose pourtant d’un levier sous-exploité : le recyclage des eaux usées.

Intervenant sur les ondes de la radio, l’expert a révélé un paradoxe frappant. Chaque année, le pays produit environ 300 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées, un volume considérable qui pourrait pallier le manque de ressources. Pourtant, le taux d’exploitation actuel stagne à seulement 10 %. Ce gisement inexploité devient désormais une priorité absolue dans un pays qui a basculé sous le seuil de rareté hydrique. En 2022, la dotation annuelle par habitant est tombée à 422 mètres cubes, et les projections pour 2050 prévoient une chute préoccupante à 387 mètres cubes.

Le pays s’appuie sur un réseau  de 128 stations d’épuration, dont la pionnière fut celle de Choutrana dès 1965. Cependant, l’infrastructure nécessite une mise à niveau colossale. La stratégie nationale « Eau 2050 », pilotée par le ministère de l’Agriculture, prévoit un investissement global de 74 milliards de dinars. Sur cette somme, plus de 39 milliards seront spécifiquement dédiés au secteur de l’assainissement pour transformer ce que l’on considérait autrefois comme un déchet en une ressource stratégique.

Les ambitions sont claires : passer de 8 000 hectares irrigués actuellement par ces eaux à plus de 43 000 hectares d’ici 2050. Aujourd’hui, cette ressource alimente déjà 31 périmètres agricoles, sert à l’entretien de dix terrains de golf et soutient l’activité industrielle, notamment pour le lavage du phosphate dans les régions de Gafsa et Gabès. Elle joue également un rôle écologique crucial en permettant la recharge des nappes phréatiques et l’arrosage des espaces verts urbains.

Sur le plan sanitaire, l’utilisation de ces eaux demeure strictement encadrée. Anis Ben Rayana précise qu’elles sont autorisées pour 21 types de cultures, incluant les plantes industrielles, les arbres d’ornement et certaines filières fourragères, mais qu’elles restent formellement interdites pour l’irrigation des légumes. Des protocoles rigoureux sont appliqués, tels que l’interdiction de l’arrosage deux semaines avant la récolte ou encore la proscription de l’irrigation par aspersion pour les arbres fruitiers, garantissant ainsi une transition vers une économie circulaire de l’eau sans risque pour la santé publique.

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Auteur

La Presse

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