Le Corriere di Tunisi célèbre 70 ans d’histoire entre mémoire et avenir
Seul journal en langue italienne de toute l’Afrique du Nord, le Corriere di Tunisi célèbre son 70e anniversaire du 21 au 23 mai à l’espace culturel Sainte-Croix, dans la médina de Tunis. Dans un entretien accordé à RTCI le 13 mai 2026, Silvia Finzi, directrice de la publication, revient sur l’histoire singulière de ce titre et présente un programme riche : table ronde, expositions, projection, concert, prix littéraire et présentation de roman.
Silvia Finzi fait remonter cette histoire aux années 1829-1830, époque à laquelle une petite imprimerie de la rue de la Commission, aujourd’hui rue Garibaldi, publiait déjà les premiers journaux en langue italienne. Le nom du Corriere lui-même puise dans cette profondeur historique : un titre éponyme existait dès 1869, avant de disparaître en 1881 avec l’instauration du protectorat. C’est ce nom que choisirent de réactiver les fondateurs en 1956, en référence symbolique à une Tunisie souveraine. Les autorisations furent obtenues en février, à la veille même de la déclaration d’indépendance, et le premier numéro parut en mars.
Un lien identitaire pour une communauté privée de ses écoles et de sa presse
La directrice rappelle qu’entre 1838 et 1956, la Tunisie avait abrité une presse italienne foisonnante au service d’une collectivité d’environ 200 000 personnes. L’extinction de cette presse dans les années 1940, conjuguée à la fermeture des écoles italiennes, creusa un vide profond. Le Corriere vint le combler, permettant à chacun de renouer avec sa langue et sa mémoire, tout en maintenant un rapport de connivence culturelle et affective avec la Tunisie. Il fut également un lien précieux pour les émigrés.
Dès les années 1960, la télévision italienne suscita un engouement pour la langue de la Péninsule auprès des Tunisiens. Dans les années 1980, l’ouverture d’une filière d’italianistique à l’université élargi encore le lectorat. Le titre, aujourd’hui mensuel de 48 pages en couleur, a su fédérer ces publics croisés. Son sous-titre actuel, Corriere del Mediterraneo, traduit cette ambition d’une culture partagée sur les deux rives.
Trois journées denses, gratuites et ouvertes à tous
L’ensemble des manifestations est placé sous le patronage de l’ambassade d’Italie, avec entrée libre.
Le 21 mai, une table ronde réunira des journalistes italophones pour débattre de l’avenir d’un périodique en langue italienne publié hors d’Italie. Suivront une double exposition documentaire, l’une sur l’histoire du Corriere depuis 1956, l’autre sur les relations italo-tunisiennes élaborée par les Archives nationales, puis la projection du documentaire d’Aïda Schemar, nourri de témoignages inédits, dont celui de Daniel Passalacqua, collaborateur musical pendant plus de soixante ans, et celui de la mère de Silvia Finzi, qui consacra sa vie à la publication après le décès de son époux, l’un des fondateurs du titre.
Le 22 mai, un colloque retracera l’évolution du Corriere de 1956 à aujourd’hui en trois séquences chronologiques, avec un éclairage particulier sur sa dimension pédagogique. La journée s’achèvera sur un concert en hommage au compositeur Francesco Santoliquido, qui posa les bases du Conservatoire de musique de Tunis dans les années 1920-1930 : un pianiste et un violoniste interpréteront ses partitions redécouvertes.
Le 23 mai, les résultats d’un concours littéraire seront proclamés. Silvia Finzi souligne que plus de la moitié des nouvelles reçues ont été rédigées par des Tunisiens italophones, les textes primés devant faire l’objet d’une publication. La journée accueillera également la présentation du roman Le ragazze di Tunis de Luca Bianchini, paru en février chez Mondadori, dont la mère est originaire de Tunisie. Construit après de longues recherches dans les archives locales, cet ouvrage n’existe pas encore en traduction française. Silvia Finzi annonce enfin qu’une édition spéciale du Corriere sera distribuée dès le 21 mai aux participants, avec, dit-elle, une surprise dont elle refuse de dévoiler la nature.



