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Culture

Biennale de Venise 2026 : L’art sous tension

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  • 15 mai 2026
  • 5 min de lecture
Biennale de Venise 2026 : L’art sous tension

La 61e édition de la Biennale de Venise s’ouvre sous haute tension. Pensée par la curatrice camerounaise Koyo Kouoh autour des notions de fragilité et d’écoute, cette édition est marquée par une forte mobilisation d’artistes et de collectifs culturels en solidarité avec la Palestine, entre appels au boycott, fermetures de pavillons et actions militantes contre la participation de l’entité sioniste et de la Russie.

La Presse — La 61e édition de la Biennale de Venise d’art contemporain , l’un des événements les plus prestigieux de la scène artistique internationale, s’ouvre cette année dans un climat de fortes tensions et de contestations. Intitulée « In Minor Keys » et imaginée par la regrettée curatrice camerounaise Koyo Kouoh, cette édition se tient depuis le 9 mai et se poursuivra jusqu’au 22 novembre 2026 aux Giardini et à l’Arsenale.

Pensée autour de tonalités intimes et sensorielles, l’exposition principale propose d’explorer des formes de douceur, de fragilité et d’écoute face au chaos du monde contemporain. Mais à peine ouverte, la Biennale est déjà traversée par une vague de protestations liées à la participation de l’entité sioniste et de la Russie, entre démission collective du jury, appels au boycott, fermetures symboliques de pavillons et actions militantes menées par artistes et collectifs culturels. Un contexte qui transforme cette édition en l’une des plus politisées et mouvementées de ces dernières années.

Parce que l’artiste a quitté sa caverne depuis longtemps et qu’il ne peut être exclu des débats politiques. Contrairement à la position défendue par le cinéaste allemand Wim Wenders lors de la Berlinal 2026, interrogé sur l’absence de prise de position officielle du festival concernant la guerre à Gaza:  «Nous devons rester en dehors de la politique, nous sommes le contraire de la politique. Nous devons faire le travail des gens, pas celui des politiciens », cette Biennale rappelle au contraire combien le champ artistique demeure traversé par les fractures du monde contemporain.

En effet, une grève organisée, le 8 mai, pour protester contre la participation de l’occupation sioniste a entraîné la fermeture de plusieurs pavillons lors de cette dernière journée de l’avant-première. Certains ont fermé pendant quelques heures, tandis que d’autres, dont l’installation phare de l’Autriche,  sont restés fermés toute la journée.

La mobilisation a été initiée par l’Art Not Genocide Alliance (Anga) — un collectif qui regroupe des artistes et des membres du personnel de la Biennale — qui a affirmé à un moment donné que plus de vingt pavillons fermeraient leurs portes afin de soutenir son appel à l’exclusion de l’entité sioniste de l’événement en raison du génocide commis à Gaza.

« Cette grève est un rejet collectif de la banalisation du génocide dans la culture et des conditions de travail précaires qui caractérisent la Biennale», a affirmé Anga, aux côtés de syndicats italiens tels que l’Associazione Difesa Lavoratori (ADL Cobas), l’Unione Sindacale di Base (USB) et la Confederazione Unitaria di Base (CUB).

Vendredi, une douzaine de pavillons ont pris part à cette action. Certains ont partiellement fermé leurs espaces, provoquant une certaine confusion à vingt-quatre heures de l’ouverture officielle au grand public, après les journées traditionnellement réservées à la presse.

Les pavillons belge, néerlandais, autrichien, japonais, macédonien et coréen sont restés fermés toute la journée. Les pavillons espagnol, égyptien et finlandais, entre autres, ont soit fermé avant de rouvrir, soit maintenu une ouverture écourtée, la plupart jusqu’à 16h00. D’autres artistes participant à l’exposition principale ont exprimé leur soutien au mouvement en intégrant des références à la Palestine dans leurs œuvres.

Certains, parmi lesquels Tabita Rezaire, ont accroché des drapeaux palestiniens, tandis que plusieurs pavillons arboraient à l’extérieur des affiches portant les slogans : « La Palestine est l’avenir du monde » et « Nous sommes solidaires de la Palestine ».

Cette édition de la plus prestigieuse biennale d’art contemporain au monde a été marquée par de nombreuses tensions et manifestations. Mercredi dernier, le pavillon russe avait déjà été contraint de fermer temporairement après une action menée par le collectif «Pussy Riot» contre la participation de la Russie.

Avant même l’ouverture de l’événement, le jury chargé de décerner les Lions d’or avait présenté sa démission collective après avoir déclaré qu’il ne prendrait pas en considération les candidatures des pays dont les dirigeants faisaient l’objet de mandats d’arrêt internationaux, ce qui revenait à exclure la Russie et I’entité sioniste.

La Biennale de Venise a déjà été le théâtre de mouvements de contestation par le passé. En 1968, des étudiants avaient occupé plusieurs pavillons afin d’exiger une réforme de l’événement, entraînant finalement l’annulation des remises de prix. Deux ans plus tard, de nouvelles manifestations organisées par le Parti communiste de Venise avaient conduit à une nouvelle suspension des récompenses.

Il est à noter que dix artistes arabes participent à cette édition, parmi lesquels des figures majeures de la scène contemporaine telles que Kader Attia et Walid Raad, ainsi que des artistes d’une génération antérieure, à l’instar de la Palestinienne Vera Tamari, de la Libanaise Hala Schoukair et de la Marocaine installée en Tunisie, Amina Saoudi.

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Auteur

Meysem MARROUKI

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