À l’approche de l’Aïd Al Adha, le choix du sacrifice obéit à des critères sanitaires et physiologiques stricts. Entre recommandations vétérinaires pour déceler un animal en bonne santé et dénonciation des circuits de spéculation qui font flamber les prix, le Dr Aymen Bhouri fait le point.
Dans une interview accordée au micro de la Radio Nationale, le médecin vétérinaire Dr Aymen Bhouri a partagé les éléments clés pour guider les consommateurs dans le choix d’un mouton de sacrifice sain. L’intervenant a d’abord insisté sur l’importance de privilégier les points de vente officiels (Rahba), ces espaces étant mieux structurés, réglementés et soumis à un contrôle vétérinaire rigoureux.
En cas d’impossibilité, il convient à tout le moins de s’approvisionner auprès d’un éleveur connu et de confiance. « Lors d’une première inspection visuelle, l’acheteur doit s’assurer que la bête tient solidement sur ses quatre pattes, qu’elle se dresse facilement avec des mouvements coordonnés et qu’elle affiche un comportement vigilant tout en s’alimentant normalement », conseille-t-il.
Et le Dr Bhouri d’ajouter que « pour des raisons organoleptiques et afin de garantir une viande de qualité optimale, il est conseillé de choisir un animal âgé de six à vingt-quatre mois, ayant un tempérament vif poussant le mouton à disputer sa nourriture à ses pairs étant d’ailleurs un excellent indicateur de vitalité. À l’inverse, il est fortement recommandé d’éviter les bêtes constamment endormies, immobiles ou isolées du troupeau ».
Examen poussé
« Une fois le choix initial arrêté, l’examen de l’animal doit se faire de manière plus minutieuse et approfondie. Il faut alors vérifier que le mouton possède des yeux propres et brillants, exempts de toute rougeur, larmes ou sécrétions. Son nez doit être légèrement humide mais propre, et sa respiration doit s’effectuer calmement, à un rythme normal, sans essoufflement, sans difficulté ni sifflement », préconise le spécialiste.
Et d’ajouter : « l’acheteur doit également s’assurer que l’animal ne tousse pas et n’éternue pas de façon anormale. L’étape suivante consiste à ouvrir la bouche de la bête, d’abord pour confirmer son âge, sachant qu’un mouton de moins d’un an possède une dentition complète, égale et de petite taille, tandis qu’un animal de plus de deux ans présentera des dents cassées ou tombantes. Cet examen buccal permet aussi de contrôler l’état des gencives, qui doivent être roses et ne présenter aucune lésion. Des gencives blanchâtres révèlent en effet une probable anémie, alors qu’une teinte jaunâtre indique que le mouton souffre d’une hépatite ».
Inspection approfondie
La suite de l’inspection physique concerne l’état corporel global de l’animal. « Le ventre ne doit pas être gonflé. Le bétail doit être en mesure de ruminer correctement et sa laine ne doit porter aucune trace de diarrhée, ni être arrachée ou crêpée. De même, sa peau doit être saine et dépourvue de toute lésion liée à la gale, tandis que son visage et son corps doivent être exempts d’œdèmes ou d’abcès », insiste Dr Bhouri. Le dernier contrôle essentiel, indique-t-il encore, porte sur l’évaluation du poids.
Pour ce faire, il suffit de glisser la main le long de la colonne vertébrale du mouton. Si les vertèbres se font sentir de façon trop prononcée, l’animal est trop maigre, alors que si elles sont difficiles à percevoir, la bête est excessivement grasse. L’idéal est de sentir distinctement la structure osseuse, mais enveloppée d’une bonne couche de chair. « Enfin, une fois le mouton acheté et ramené à la maison, il est indispensable de le laisser se remettre du stress du transport en ne doit lui donner que de l’eau et du foin jusqu’au jour du sacrifice ».
Cherté révoltante !
Au-delà des aspects purement sanitaires, le Dr Aymen Bhouri a fermement dénoncé les prix exorbitants pratiqués sur le marché. Il a notamment souligné que les arguments avancés par les vendeurs et les revendeurs, comme la hausse du coût des engrais, ne justifient en rien une telle flambée des tarifs, d’autant que la marge de bénéfice de l’éleveur initial demeure confortable.
Le vétérinaire regrette, qu’au grand dam du citoyen lambda, le producteur ne soit presque jamais l’interlocuteur direct du consommateur. « Sur les points de vente, le public fait face à une succession d’intermédiaires commerciaux. Ce circuit spéculatif commence lorsque l’éleveur vend son cheptel en gros à un premier acheteur, qui le revend à un deuxième après avoir augmenté le prix, ce dernier appliquant à son tour une nouvelle hausse avant de le céder à d’autres commerçants.
Au total, un même mouton change de mains trois à quatre fois avant d’atteindre le consommateur final. Chaque maillon de la chaîne s’octroyant une marge bénéficiaire ! Ce phénomène engendre une hausse révoltante du prix final, qui peut parfois dépasser de 1 000 dinars le tarif initialement fixé par l’éleveur », conclut le spécialiste.



