Filière ovine : une crise qui perdure en l’absence de solutions
Lors d’une audition devant la commission de l’agriculture de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), Fathi Ben Khalifa, conseiller économique auprès de l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP), a soutenu que la réforme du secteur agricole devait impérativement débuter par une réflexion collective. Selon lui, il est urgent de réunir tous les acteurs autour d’une table de dialogue, sous l’égide du plus haut sommet de l’État, afin de formuler une vision réformatrice globale.
Dans une déclaration à la radio, le conseiller économique auprès de l’UTAP a déploré le fait que, « depuis l’indépendance à ce jour, aucun plan stratégique clair n’a été élaboré pour définir les politiques des chaînes de valeur des différentes filières de production agricole ».
Fathi Ben Khalifa a également averti que « l’importation de produits qui pourraient pourtant être produits localement en Tunisie nuit gravement au consommateur tunisien ainsi qu’à l’économie nationale, en plus de peser sur la valeur du dinar face aux devises étrangères ».
Abordant la pénurie de viandes rouges et d’animaux de sacrifice enregistrée cette saison, Ben Khalifa a expliqué que cette situation découle d’une crise structurelle qui frappe la filière depuis 2015-2016. Ce déclin a été amorcé par la détérioration de la filière laitière et l’envolée des coûts des aliments pour bétail, des facteurs qui ont contraint de nombreux agriculteurs à brader ou à abandonner leur cheptel.
Cette crise a lourdement impacté le modèle de développement de plusieurs régions du centre du pays, historiquement connues pour la densité de leurs troupeaux ovins. C’est notamment le cas du gouvernorat de Sidi Bouzid, autrefois l’un des principaux fournisseurs du marché en moutons pour l’Aïd al-Adha, avant qu’une part importante d’éleveurs ne délaisse cette activité pour se reconvertir dans la filière oléicole.
Face à ce constat, Fethi Ben Khalifa a appelé à s’appuyer sur les laboratoires de recherche tunisiens pour améliorer les races animales locales et éviter ainsi l’importation de génisses et de brebis. Il a par ailleurs rappelé que l’UTAP avait lancé, dès le mois de mai 2025, une feuille de route pour mettre en place un programme d’action national destiné à valoriser le secteur agricole et la production animale. Un projet qui, a-t-il regretté, n’a toujours pas reçu d’écho favorable de la part des autorités.



