Lutte contre le narcotrafic en Tunisie : Le devoir d’une mobilisation permanente
Face à la recrudescence du trafic de drogue et à l’extension des réseaux criminels, le Président Kaïs Saïed souligne la nécessité d’une lutte continue et sans complaisance, combinant fermeté judiciaire, prévention et mobilisation permanente pour enrayer cette gangrène qui menace la société tunisienne.
La Presse —Les annonces de saisies de stupéfiants s’enchaînent à un rythme quasi quotidien, illustrant l’ampleur inédite d’un fléau en constante expansion. Cette prolifération pose une question de fond : comment de telles quantités pénètrent-elles le territoire, et pourquoi ce trafic s’est-il à ce point accentué depuis la chute de l’ancien régime en 2011, période marquée par la déliquescence temporaire des unités de sécurité?
Des ports aux postes frontaliers, en passant par les aéroports et les quartiers populaires comme huppés, le pays est devenu le théâtre d’opérations sécuritaires d’envergure. Menées conjointement par les différentes unités relevant du ministère de l’Intérieur et les services de la Douane, ces interventions se multiplient pour tenter de juguler ce fléau.
Ces derniers mois, le ministère de l’Intérieur a multiplié les coups de filet majeurs avec des dizaines de kilogrammes de cocaïne interceptés au poste-frontière de Ras Jedir, des cargaisons massives de cannabis saisies dans les ports, et plusieurs réseaux criminels actifs définitivement démantelés.
Une riposte tardive qui a favorisé l’enracinement des réseaux de drogue
Les chiffres officiels traduisent l’ampleur prise par ce phénomène. Selon les données communiquées par les autorités sécuritaires, plus d’une tonne et demie de cannabis, des milliers de comprimés psychotropes et plusieurs kilogrammes de cocaïne ont été saisis au cours de ces dernières mois, parallèlement à des dizaines d’arrestations et à la confiscation de véhicules, de yachts et d’importantes sommes d’argent issues du trafic. On est comme devant des groupes bien organisés, commandés en particulier de l’étranger.
En dépit des coups de filet successifs, les réseaux semblent se reconstituer à une vitesse inquiétante. À peine une filière est-elle démantelée qu’une autre apparaît, portée par des circuits de contrebande de plus en plus structurés et des ramifications transfrontalières difficiles à contenir.
Cette prolifération continue nourrit le sentiment d’un phénomène qui s’étend progressivement dans le tissu social et économique du pays. Les opérations sécuritaires mettent régulièrement au jour de nouvelles cellules de trafic, comme si les réseaux criminels se développaient par fragmentation, à la manière d’un cancer qui se régénère malgré les traitements successifs. Derrière les saisies spectaculaires et les arrestations médiatisées, les autorités sont confrontées à un défi de fond qui consiste à empêcher l’enracinement durable d’une économie parallèle de la drogue qui gagne chaque jour davantage de terrain.
Ce flot continu de saisies est loin de traduire un échec de la lutte. Au contraire, la police tunisienne maintient une vigilance de tous les instants. Elle ne dort que d’un œil. Preuve à l’appui, Diego Bocciero, un cadre influent de la Camorra (mafia napolitaine) condamné à près de 20 ans de prison en Italie, a été arrêté à Sousse le 9 mars 2026. Visé par une notice rouge Interpol, le fugitif de 37 ans était traqué par les enquêteurs italiens depuis sa fuite en décembre. Une opération considérée comme un véritable coup de maître pour la police tunisienne.
Selon des sources sécuritaires, la propagation du trafic de drogue en Tunisie trouve en grande partie son origine dans le relâchement sécuritaire durant la période postérieure à 2011. La décennie écoulée a été marquée par une situation sécuritaire instable qui a entraîné l’affaiblissement et parfois la désorganisation de plusieurs unités spécialisées dans la lutte contre les stupéfiants, permettant ainsi aux réseaux criminels de se restructurer et d’étendre progressivement leurs activités. Un retard accusé au niveau de la riposte a engendré en toute logique cette situation. À cela se sont ajoutées l’évolution des circuits de contrebande transfrontaliers et l’exploitation des difficultés économiques et sociales pour recruter de nouveaux intermédiaires et consommateurs, notamment parmi les jeunes.
Les mêmes sources estiment également que les modifications introduites par la loi n°2016-5 du 16 février 2016, portant amendement de certaines dispositions du Code de procédure pénale relatives à la privation de liberté et au statut des suspects durant les phases de garde à vue et d’enquête, ont indirectement compliqué le travail des unités chargées de la lutte antidrogue. Bien que cette réforme ait consacré des garanties fondamentales en matière de droits de la défense, des responsables sécuritaires considèrent qu’elle a parfois été exploitée par certains réseaux pour contourner les investigations ou ralentir les procédures.
Dans ce contexte, plusieurs recommandations plaident pour un renforcement des prérogatives de la direction de lutte contre les stupéfiants, ainsi que pour l’octroi de moyens humains, techniques et logistiques plus importants afin de faire face à des réseaux devenus plus structurés et plus difficiles à démanteler.
A ce propos, il est bien utile de souligner que face à l’explosion du trafic de drogue, l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) prépare une réforme de la loi n° 92-52 relative aux stupéfiants. Auditionnés récemment par les députés, des experts juridiques ont validé ce projet de refonte globale, qui introduit deux nouveautés majeures : l’usage de techniques spéciales d’enquête pour traquer les réseaux, et des sanctions alourdies contre la falsification des tests de dépistage (échantillons biologiques). L’objectif est d’adapter d’urgence l’arsenal judiciaire à un fléau qui sature désormais les tribunaux.
Une justice ferme face aux réseaux de drogue
Face à la recrudescence du trafic et de la consommation de drogue en Tunisie, le Président Kaïs Saïed a toujours appelé à une mobilisation continue dépassant le seul cadre sécuritaire. À plusieurs reprises, il a insisté sur la nécessité de mener des campagnes permanentes de sensibilisation et de prévention, notamment dans les établissements scolaires, afin de protéger les jeunes contre un phénomène qu’il considère comme une menace directe pour la société. Pour le Chef de l’État, cette lutte doit être globale, constante et menée sans relâche, à travers une coordination entre les institutions sécuritaires, éducatives et sociales, sans complaisance ni zones d’ombre.
Au début de cette année et lors d’une réunion tenue avec les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation ainsi que plusieurs responsables sécuritaires, Kaïs Saïed a plaidé pour le renforcement des patrouilles permanentes aux abords des écoles et des lycées. Il a averti contre l’aggravation continue de ce phénomène, qu’il considère comme une menace visant à fragiliser le tissu social et à déstabiliser la société. Il a également insisté sur le fait que cette lutte ne devrait pas se limiter à l’aspect sécuritaire, mais s’appuyer aussi sur des approches éducatives et préventives, notamment à travers la sensibilisation des jeunes aux risques liés aux stupéfiants.
Kaïs Saïed a également souligné que la lutte contre les réseaux de drogue ne peut être efficace sans une justice appliquée de manière équitable et rigoureuse. Les arrestations et les poursuites, selon ses recommandations, ne doivent épargner personne, quels que soient le statut, l’influence ou la protection dont pourraient bénéficier certains impliqués. Cela explique l’arrestation, dans certaines affaires de drogues, de hauts cadres et agents de l’État.
L’objectif affiché est de mettre fin à cette «gangrène» qui s’étend dans le pays en garantissant l’égalité de tous devant la loi et en s’attaquant aussi bien aux trafiquants qu’aux réseaux qui les soutiennent ou facilitent leurs activités.



