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Porte de l’Afrique et frontière de l’Europe: La Tunisie, terre de forte émigration et d’intense immigration

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  • 26 décembre 2021
  • 7 min de lecture
Porte de l’Afrique et frontière de l’Europe: La Tunisie, terre de forte émigration et d’intense immigration

Alors qu’au moins 15.000 ressortissants tunisiens sont arrivés en Italie par la mer au cours des onze premiers mois de 2021, au moins 20.000 personnes originaires de pays subsahariens ont franchi les frontières de la Tunisie durant la même période.


La Tunisie est aujourd’hui au centre de processus complexes qui font d’elle à la fois une terre de forte émigration et d’intense immigration… Alors qu’au moins 15.000 ressortissants tunisiens sont arrivés en Italie par la mer au cours des onze premiers mois de 2021, au moins 20.000 personnes originaires de pays subsahariens ont franchi les frontières de la Tunisie durant la même période. C’est la principale recommandation d’un Rapport d’une mission de recherche entre Sfax, Zarzis et Medenine, baptisé « La Tunisie, porte de l’Afrique & frontière de l’Europe » et publié récemment sur le site Forum tunisien des droits économiques et sociaux (Ftdes).

Ils sont de plus en plus nombreux à avoir tenté la mer…

Selon le rapport, les personnes subsahariennes sont plus exposées au risque d’être victimes de fraude ou d’arnaques. Mais malgré ces difficultés et d’autres encore, le nombre de personnes venant d’autres pays africains en Tunisie a augmenté de manière significative, ces derniers temps. A Sfax, le nombre de migrants est estimé entre 10.000 et 12.000, la plupart d’entre eux venant de pays francophones comme la Côte d’Ivoire. Cette augmentation est liée à plusieurs facteurs, dont la détérioration des conditions dans les pays d’origine et les conséquences de la pandémie mondiale : c’est notamment le cas pour les personnes arrivant par avion d’un des pays africains pour lesquels la Tunisie n’exige pas de visa. Néanmoins, c’est surtout la détérioration des conditions en Libye, principal pays de transit vers l’Europe, qui a poussé autant de personnes à chercher refuge en Tunisie.

«Comme le démontre la mobilisation des réfugiés rassemblés depuis des mois autour du siège du HCR à Tripoli, la violence dans les centres de détention libyens, qu’ils soient gouvernementaux ou informels, est de plus en plus insoutenable…Ils sont de plus en plus nombreux à avoir tenté la mer trois, quatre, cinq fois et, après avoir été victimes d’une traite sans fin, puisque chaque retour en Libye impliquant de nouvelles tortures pour extorquer plus d’argent, ils n’ont d’autre choix que de traverser à pied la frontière terrestre avec la Tunisie…Mais, des personnes arrivent également en Tunisie depuis la Libye par la mer, un parcours récemment produit par les politiques européennes d’externalisation de la frontière», souligne le rapport.

La Tunisie, un pays de transit

Par ailleurs, suite aux pressions exercées par le gouvernement italien, qui a fourni des patrouilleurs à cette fin, même les garde-côtes tunisiens, au cours de l’année dernière, se sont particulièrement engagés dans des opérations de recherche des personnes cherchant la sécurité à travers la Méditerranée. Ils ont intercepté et ramené à terre plus de 20.000 personnes au cours de la seule année 2021, y compris des personnes parties des côtes libyennes et celles (re)parties de Tunisie. Ce sont des Somaliens, des Ivoiriens, des Soudanais, des Bengalis, des Érythréens qui voulaient rejoindre l’Europe, qui se retrouvent ici. Mais quand ils prennent conscience que la Tunisie est un pays en crise profonde où il est très difficile pour un étranger sans ressources ou pour les demandeurs d’asile de se construire un avenir décent, beaucoup tentent encore de partir pour l’Europe. Mais même dans ce cas, comme mentionné précédemment, le risque d’être ramené au point de départ est très élevé.

Cependant, la Tunisie reste un pays de transit pour une grande partie de la population migrante, surtout pour ceux qui sont arrivés récemment.

Mais là encore, il faut mentionner qu’il y a toujours un risque de racisme qui, dans ce contexte, menace de se propager très rapidement.

Pour les personnes nouvellement arrivées, il n’existe pas de système d’accueil structuré, ni de loi nationale réglementant la demande d’asile. Il en résulte une extrême lenteur dans les procédures et une profonde inadéquation des services de soutien offerts. Même pour ceux qui sont finalement reconnus comme réfugiés, l’octroi de ce statut fragile ne change pas grand-chose à leur condition de vulnérabilité en termes d’accès aux droits.

Mais à quelles conditions ?

Le rapport ajoute que ces lacunes ont exacerbé les tensions dans des villes comme Zarzis, historiquement ouverte à l’accueil, dont la population, ces derniers mois, a rencontré des difficultés à accepter la présence de migrants logés en masse dans les foyers de l’OIM et du HCR. Ces centres, où les conditions de vie sont précaires, accueillent sans distinction des hommes, des femmes, des mineurs et des familles, dont beaucoup sont interceptés en mer par les garde-côtes tunisiens. Pendant quelques semaines, ils ne leur fournissent qu’un subside insuffisant pour mener une vie digne, tandis que les services de soutien juridique, médical et psychologique — dont l’accès est si strictement réglementé qu’il en devient excluant — ne peuvent couvrir leurs besoins.

Il reste particulièrement difficile, même pour ceux qui sont arrivés depuis plus longtemps, de subvenir à leurs besoins et d’accéder à un marché du travail, déjà profondément en crise, et d’autant plus après le covid-19. L’augmentation continue du chômage a entraîné une concurrence croissante entre les travailleurs tunisiens et subsahariens, même pour les emplois les plus informels, ce qui accroît les tensions entre les différentes communautés.

Et dans les secteurs où la plupart des travailleurs migrants continuent d’être employés, l’exploitation du travail est la règle. Les femmes ivoiriennes rencontrées à Terre d’Asile à Sfax, par exemple, ont décrit une situation de véritable traite dans le secteur domestique, où leurs compatriotes sont arnaqués par des agences informelles qui prélèvent six mois de salaire à l’avance auprès des familles sans en restituer la moindre partie aux travailleuses.

La pauvreté pèse évidemment aussi sur la possibilité de se loger dignement ; ainsi de nombreux migrants se retrouvent dans la rue, assistés par des associations locales. En outre, les abus et l’exploitation sont rarement signalés aux autorités par les personnes sans papiers, qui craignent d’être poursuivies et de subir des abus pires encore que ceux qu’ils cherchent à dénoncer.

Même le plus fondamental des droits, celui de la santé, est largement compromis pour les personnes migrantes en Tunisie.

Le système sanitaire reste souvent économiquement inaccessible en l’absence de couverture sociale et de documents d’identification, et les barrières linguistiques, pour ceux qui ne parlent pas arabe, deviennent des obstacles insurmontables pour accéder aux informations de base. Ainsi, la négligence en matière de conditions sanitaires des migrants et des réfugiés reste généralisée.

Enfin, le droit à l’éducation, formellement garanti, est aussi fortement réduit dans les faits pour les personnes migrantes. L’insertion scolaire des enfants sans adresse de résidence ni certificat de naissance reste une opération très laborieuse, et de nombreux mineurs sont privés d’opportunités de socialisation ainsi que d’éducation.

Meriem KH.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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