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Editorial

La souveraineté de l’Etat commence par celle de ses entreprises

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  • 29 novembre 12:19
  • 3 min de lecture
La souveraineté de l’Etat commence par celle de ses entreprises

LA nouvelle est tombée hier soir presque comme un soulagement collectif : les unités spécialisées ont mis la main sur les jeunes qui, jeudi, ont brisé les vitres de deux rames de métro sur la ligne 5. Une attaque au jet de pierres, en plein début de soirée, qui a paralysé la circulation durant vingt minutes. Cette fois, l’impunité n’a pas eu le dernier mot. Et l’on serait tenté de dire : enfin !

Car ces scènes ne sont plus des accidents isolés; elles sont devenues des symptômes. Symptômes d’un laxisme silencieux, d’un effritement prolongé de l’autorité parentale, mais aussi de l’absence de signaux fermes et cohérents de la part des institutions. Pendant des années, les agressions contre les équipements publics — métros, bus, abribus — se sont accumulées, comme si la ville elle-même devait tolérer que des adolescents transforment l’espace public en terrain d’essai pour leurs dérives.

La Transtu l’a confirmé : la politique désormais affichée est celle de la tolérance zéro. Mais une société ne peut pas se protéger uniquement par des arrestations ponctuelles. Elle doit se doter d’une cohérence. Et cette cohérence commence par une évidence : quand un mineur s’attaque à une rame de métro, ce ne sont pas seulement les vitres qui se fissurent, mais tout un système de responsabilité.

Il ne s’agit pas d’en appeler à la répression aveugle, ni de transformer la justice en guillotine sociale. Il s’agit de rappeler que l’éducation n’est pas un slogan mais un engagement. Dans plusieurs pays, les parents sont civilement et pénalement responsables des actes de leurs enfants.

Et la question mérite d’être posée chez nous : pourquoi un mineur de quinze ans circule-t-il librement à l’heure où le trafic se termine? Pourquoi des groupes entiers d’adolescents peuvent-ils s’attrouper dans la rue, armés de pierres, sans que personne ne s’interroge sur l’origine de cette errance nocturne ?

Arracher quelques casseurs à l’anonymat de leurs dérives est un premier pas. Le suivant sera de demander des comptes là où l’autorité est censée commencer : la maison. Car la violence n’est jamais spontanée ; elle prend racine dans des défaillances souvent invisibles, parfois banalisées. Une société qui se respecte doit protéger ses infrastructures, mais aussi ses propres repères. La tolérance zéro, pour être efficace, doit devenir un contrat collectif : celui qui lie l’État, les institutions, et surtout les familles.

Ce soir, les transporteurs respirent. Demain, il faudra aller plus loin. Parce que la sécurité publique ne se décrète pas : elle s’enseigne, elle s’incarne, et surtout, elle se partage.

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Auteur

Salem Trabelsi