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Ressources naturelles tunisiennes : Transformer ses richesses naturelles en moteur de croissance

  • 8 août 2025
  • 4 min de lecture
Ressources naturelles tunisiennes : Transformer ses richesses naturelles en moteur de croissance

La richesse naturelle de la Tunisie représente un atout majeur pour son avenir économique et énergétique. Malgré un potentiel considérable dans les secteurs minier et énergétique, ainsi que dans les énergies renouvelables, la valorisation de ces ressources reste insuffisante.

Pour stimuler durablement la croissance et répondre aux défis de la transition énergétique, il est essentiel de repenser les modes d’exploitation et de gestion, afin de maximiser leur impact positif sur le développement national.

La Presse — La Tunisie dispose d’un capital naturel important mais sous-exploité. Phosphates, gaz naturel, pétrole, ressources minières, en plus d’un fort potentiel solaire et éolien  constituent un levier stratégique pour relancer la croissance, diversifier l’économie et assurer une transition énergétique durable. Pourtant, malgré ces atouts, leur contribution au développement national reste limitée. Comment alors mieux rentabiliser ces ressources ?

Moderniser la gouvernance des ressources

La première étape vers une meilleure rentabilisation réside dans la réforme de la gouvernance du secteur extractif, de l’avis de l’économiste Jihad Ben Brahim. Le secteur est encore marqué, selon lui, par une faible transparence dans les contrats, des retards dans les projets miniers et énergétiques, ainsi qu’un manque de dialogue entre l’Etat, les régions et les populations locales.

Il recommande par ailleurs d’adhérer pleinement à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), de publier systématiquement les contrats miniers et pétroliers, et d’impliquer les collectivités locales dans la gestion des ressources. Exporter des matières premières brutes (phosphates, pétrole) génère peu de valeur ajoutée, d’après l’universitaire.

Il est donc temps de passer à la transformation locale, de développer des industries chimiques autour du phosphate (engrais, acide phosphorique), de raffiner le pétrole localement et non à l’étranger, et de créer des écosystèmes industriels autour des mines de fer, plomb, zinc. À Gafsa, plutôt que d’exporter directement le phosphate, il faut développer des unités de transformation intégrées. Cela permettrait de multiplier les revenus et les emplois.

Le soleil et le vent de la Tunisie sont parmi les plus prometteurs du bassin méditerranéen. Pourtant, les énergies renouvelables ne représentent encore qu’environ 3  à 6 % de la production électrique. Le pays ambitionne d’atteindre 30 % d’ici 2030, mais cela exige une planification territoriale intelligente, l’accélération de projets photovoltaïques à grande échelle (comme Kairouan ou Tataouine) et l’ouverture du marché à des partenariats public-privé transparents.

L’atout stratégique étant d’exporter de l’électricité verte vers l’Europe via des interconnexions (projet Elmed vers l’Italie) pourrait devenir une nouvelle source de devises.

Mieux intégrer les régions productrices…

Les zones riches en ressources (Gafsa, Tataouine, Kébili) sont paradoxalement parmi les plus marginalisées, fait remarquer l’économiste. Cela alimente la frustration sociale et les blocages économiques. D’où la nécessité d’instaurer un fonds régional de développement financé par les redevances extractives ainsi que la création de pôles technologiques locaux, formant les jeunes aux métiers de l’énergie, des mines et de l’environnement.

Au-delà des ressources classiques, la Tunisie peut miser  sur le lithium et les métaux rares (à prospecter), les ressources en eau géothermale (pour l’agriculture et la production d’énergie), le recyclage des déchets industriels et électroniques, pour ainsi aller vers une économie circulaire qui maximise la durée de vie des ressources et réduit les pertes.

Mieux rentabiliser les ressources naturelles tunisiennes ne signifie pas simplement extraire davantage, mais extraire mieux, transformer localement, redistribuer équitablement et investir intelligemment dans la transition énergétique. Ce chantier exige une vision nationale, des réformes profondes et une nouvelle alliance entre l’Etat, le secteur privé et les régions.

Auteur

La Presse

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