Tunisie – ONUDI : Innovation, emploi et infrastructures, en marche vers une coopération renouvelée
En s’engageant dans le partenariat en préparation avec l’Onudi, la Tunisie mise sur une transformation industrielle en profondeur. Cet accord stratégique pourrait insuffler un nouvel élan à sa compétitivité et repositionner le pays au cœur des chaînes de valeur mondiales.
La Presse — La Tunisie et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi) s’apprêtent à franchir une nouvelle étape dans leur coopération. À Riyad, en marge de la 21e session de la Conférence générale, le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, et le directeur général de l’Onudi, Jared Mollard, ont convenu d’accélérer la finalisation du Programme de partenariat pays, avec pour objectif une signature en 2026.
La candidature tunisienne, déposée à la fin de l’année 2024, marque un tournant important. Elle traduit une volonté renouvelée de structurer une vision industrielle à long terme et s’inscrit dans une relation de confiance bâtie depuis plus de trois décennies, depuis l’ouverture du bureau de l’Organisation à Tunis en 1994.
Le Programme de partenariat pays (PCP) représente l’un des instruments les plus complets développés par l’Onudi. Destiné à accompagner les Etats dans leur transformation industrielle, il propose un cadre stratégique articulé autour de l’expertise, de l’assistance technique, de la coordination interministérielle et de la mobilisation de partenaires financiers.
Pour la Tunisie, il constitue donc une occasion unique de moderniser son économie productive, de renforcer son intégration dans les chaînes de valeur régionales et internationales et de préparer l’avenir industriel avec plus de cohérence et de continuité.
Les axes clés de coopération
Selon le représentant de l’Onudi en Tunisie, ce futur partenariat s’inscrit dans une dynamique de développement industriel durable, fondée sur plusieurs priorités étroitement liées. L’un des premiers objectifs est de favoriser la création d’emplois de qualité, en s’appuyant sur des secteurs à plus forte valeur ajoutée. L’enjeu est également de consolider une véritable économie de l’innovation, en renforçant le rôle des centres techniques, en stimulant l’entrepreneuriat industriel et en développant une formation adaptée aux nouvelles compétences.
Dans cette perspective, l’amélioration des infrastructures industrielles devient un levier clé. Zones industrielles modernisées, plateformes logistiques mieux connectées, technopôles plus dynamiques. L’ensemble constitue la base d’un environnement capable de soutenir l’activité économique et d’attirer de nouveaux investisseurs. L’effort porte aussi sur la promotion de l’investissement, car rendre la Tunisie plus visible et plus attractive représente un impératif pour relancer la dynamique industrielle.
Dons et crédits concessionnels ?
Au-delà de l’appui technique, le PCP ouvre également la voie à une mobilisation plus structurée des financements internationaux. Même si l’Onudi n’est pas une institution financière au sens strict, son rôle de coordination lui permet de réunir autour des projets tunisiens des institutions, telles que la Banque islamique de développement, l’AFD, l’Union européenne ou encore la Jica.
Grâce à ce positionnement, le pays pourrait bénéficier de crédits à taux préférentiels pour les projets industriels et logistiques, mais aussi de dons pour les programmes pilotes, les initiatives écologiques ou le renforcement des capacités. L’accès à des fonds internationaux consacrés à la transition énergétique, à la décarbonation et à la résilience des infrastructures pourrait également être facilité.
Et bien que l’Onudi ne finance pas directement des ouvrages comme les ponts, routes, aéroports ou stades, elle peut influencer les projets qui en dépendent. En structurant des pôles logistiques, en préparant les études préalables et en mobilisant des partenaires, elle contribue à créer un environnement dans lequel les grands projets d’infrastructures deviennent plus attractifs pour les bailleurs.
Des projets régionaux et locaux au cœur du développement durable
Le développement régional demeure, en outre, l’un des axes essentiels de l’approche de l’Onudi, et la Tunisie peut en tirer un avantage déterminant. Le PCP pourrait ainsi encourager la création de pôles industriels spécialisés dans plusieurs régions du pays, permettant par exemple de renforcer l’agro-industrie dans les zones à fort potentiel agricole, de développer le textile durable dans les régions historiques de la filière, ou encore de promouvoir les énergies renouvelables et les matériaux de construction dans les territoires où ces ressources existent.
La réhabilitation des zones industrielles régionales, souvent confrontées à un manque d’infrastructures de base, figure également parmi les priorités. Elle s’accompagnerait de projets locaux d’économie circulaire, destinés à valoriser les ressources naturelles, réduire les déchets et encourager la production d’énergie verte. L’appui aux PME, la promotion de l’emploi féminin et l’intégration des jeunes dans les chaînes de valeur complètent cette approche territoriale, pensée pour réduire les disparités et ancrer durablement l’activité industrielle dans les régions.
Vers une nouvelle dynamique industrielle
En définitive, le futur partenariat entre la Tunisie et l’Onudi dépasse largement la dimension technique. Il s’inscrit dans une ambition plus vaste; celle de remettre l’industrie au cœur du projet national, non comme un simple secteur économique, mais comme un moteur de cohésion, de modernisation et de confiance retrouvée.
En mobilisant expertise, financements, partenariats internationaux et gouvernance concertée, la Tunisie se dote d’un outil stratégique capable d’ouvrir une nouvelle phase de son développement. Ce partenariat peut devenir l’occasion de repenser les chaînes de valeur locales, de reconnecter les régions entre elles, d’offrir aux jeunes des territoires intérieurs et enclavés des opportunités proches de chez eux et de donner à l’économie nationale la capacité de produire davantage, mais surtout de produire mieux.
Au-delà des infrastructures et des projets, c’est une vision plus équilibrée du développement qui se dessine, avec une économie qui valorise ses ressources, innove sans renier ses savoir-faire, et s’inscrit dans une transition énergétique indispensable. Le programme PCP pourrait également encourager une nouvelle manière d’imaginer les grands projets publics, en intégrant systématiquement les enjeux environnementaux, sociaux et territoriaux dès leur conception.
Dans un monde où les pays qui s’en sortent sont ceux qui anticipent, planifient et coopèrent, la Tunisie a l’opportunité, à travers ce partenariat, de retrouver une place plus affirmée dans les circuits économiques mondiaux. C’est une occasion de transformer des décennies d’hésitation en une dynamique constructive, où l’Etat, les entreprises, les régions et les partenaires internationaux avancent dans une même direction.
Si ce programme tient ses promesses, il pourrait devenir bien plus qu’un cadre de coopération, mais un levier pour redonner confiance aux acteurs économiques, un signal d’ouverture au monde et une manière de rappeler que l’industrie peut être, encore aujourd’hui, un espace d’espoir et d’émancipation. Pour les générations tunisiennes qui viennent, c’est peut-être là que se joue la possibilité d’un avenir plus stable, plus juste et véritablement tourné vers l’avenir.