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Culture

Jellel Gasteli et Younès Ben Slimane exposent : Deux regards, deux mondes  

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  • 7 décembre 19:30
  • 5 min de lecture
Jellel Gasteli et Younès Ben Slimane exposent : Deux regards, deux mondes  

Une double exposition qui met en dialogue deux artistes majeurs de la scène visuelle contemporaine.

La Presse — Le 12 décembre 2025, la galerie Selma Feriani s’apprête à ouvrir une nouvelle parenthèse : une double exposition qui met en dialogue deux artistes majeurs de la scène visuelle contemporaine, Jellel Gasteli et Younès Ben Slimane. Deux écritures, deux sensibilités, une même volonté de sonder le réel et ses zones d’ombre. À leurs côtés, une salle de lecture conçue comme un respiratoire intellectuel, un sas où s’invente une nouvelle manière de rencontrer les œuvres.

Jellel Gasteli : Hortus, un jardin de mémoire

Avec Hortus, Jellel Gasteli revient à un moment fondateur de sa vie de jeune photographe. 1983 : le geste est clandestin, presque initiatique. Il franchit en secret la haie de figuiers de Barbarie qui protège le jardin Henson, un lieu où la nature se déploie sans retenue, refuge de paons et de végétation intriquée.  

Dans un récit à mi-chemin entre le journal intime et l’archive mentale, Gasteli décrit cette première traversée comme une illumination :

La longue allée de sable bordée de cyprès, l’étang, l’escalier menant à la petite dune qui frôle la mer… et, au bout du chemin, l’apparition d’une silhouette lointaine.

Quelques mois plus tard, il revient — cette fois en sonnant au portail.

Entre ces deux gestes, une frontière s’efface : celle qui sépare le regard furtif du regard assumé, celle qui transforme le lieu en matrice d’un travail photographique où la nature, l’espace et l’imaginaire fusionnent.

Aujourd’hui, Hortus retranscrit ce moment originel à travers une série où Gasteli revisite les paysages comme on relit un souvenir fondateur. La lumière méditerranéenne, la précision des cadrages, le rapport presque tactile à la matière végétale inscrivent cette exposition dans la continuité d’une œuvre dont la force réside autant dans la rigueur que dans le sensible.

Né en 1958 à Tunis, Jellel Gasteli est l’une des grandes voix photographiques du Maghreb et de la Méditerranée. Issu d’une pratique argentique noir et blanc grand format avant d’adopter pleinement la couleur, il explore les territoires africains, sahariens et littoraux avec une sensibilité singulière.

Ses œuvres ont intégré des collections majeures : Fnac, Institut du Monde arabe, Maison européenne de la photographie, Guggenheim New York, Museum Kunstpalast, Collection Sindika Dokolo, ministère tunisien de la Culture…

Ses expositions, de Tunis à Paris, Francfort, Washington, ont façonné une trajectoire où la précision formelle dialogue constamment avec l’émotion secrète.   

Younès Ben Slimane : Nous savions à quel point ces îles étaient belles.

À l’étage, l’atmosphère bascule. Younès Ben Slimane nous entraîne dans un univers nocturne, presque rituel.

Une silhouette solitaire creuse une tombe dans un cimetière désertique. Le vent, le crépitement du feu, le frottement de la pelle contre la terre — tout respire le mystère, l’inquiétude, la beauté.

Dans cet espace suspendu, les objets abandonnés deviennent des signes :

Une tête de poupée, un peigne, un rouge à lèvres.

Des reliques minuscules, poignantes, comme les derniers témoignages de vies disparues.

La vidéo baigne dans un clair-obscur doré, une lumière rare, venue des étoiles ou d’une lampe frontale, qui transforme chaque geste en incantation silencieuse.

Ben Slimane construit une méditation visuelle sur la finitude, l’effacement, l’absence — mais aussi sur la persistance des traces.

Les îles du titre sont peut-être réelles, peut-être imaginaires. Ce sont surtout les îles intérieures que nous portons, celles où le souvenir résiste.

Né en 1992 à Tunis, Younès Ben Slimane est cinéaste, plasticien et architecte. Diplômé du Fresnoy, il interroge la mémoire, le paysage, les récits non linéaires. 

Ses œuvres ont été présentées au Mucem, à la Biennale de Dakar, à la Fondation Zaha Hadid, au Wexner Center, au Beirut Art Center. Ses films ont séduit Locarno, CPH: Dox, Vila do Conde.

Lauréat de la Bourse Émergence de l’Adiaf, du Loop Barcelona Award, du Tanit d’Or aux Journées du film de Carthage, il est passé par la Villa Médicis et AlUla Arts.

Ses œuvres figurent aujourd’hui dans de grandes collections, du Macba à Kadist.

La Salle de lecture : un espace pour respirer

Sur la mezzanine, un autre rythme s’installe.

Ni prolongement des expositions ni espace parallèle, la salle de lecture offre un troisième temps : plus lent, plus intérieur.

Ici, des livres, des archives, des fragments théoriques ou poétiques composent une archive vivante, non pas explicative, mais résonante. 

On y lit, on y feuillette, on y pense.

Cet espace accompagne les œuvres de Gasteli et Ben Slimane sans les enfermer dans une lecture unique. Il ouvre au contraire des pistes : celles des imaginaires, des géographies, des récits qui se croisent et s’inventent.

Entre la lumière végétale de Gasteli et la nuit vibrante de Ben Slimane, l’exposition propose une véritable traversée :

Celle du visible et de l’invisible, du souvenir et de l’énigme, du paysage comme écriture et du geste comme rituel.

Un vernissage où la galerie devient, le temps d’une soirée d’hiver, un laboratoire d’images, un territoire de sens, un espace où l’art continue de dire avec force et douceur ce que les mots seuls n’arrivent pas à contenir.

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Auteur

Asma DRISSI

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