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Forum économique Tuniso-algérien : Vers un partenariat stratégique renforcé

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  • 12 décembre 17:15
  • 14 min de lecture
Forum économique Tuniso-algérien : Vers un partenariat stratégique renforcé

La Cheffe du gouvernement, Mme Sarra  Zaâfrani Zenzri, et le Premier ministre algérien, M. Sifi Ghrieb, ont donné, hier, le coup d’envoi du forum économique tuniso-algérien tenu, à Tunis, à l’occasion de la 23e session de la Haute commission mixte tuniso-algérienne.

Un moment fort, où les deux hauts responsables ont exhorté les investisseurs des deux pays à renforcer leurs partenariats économiques dans plusieurs secteurs, notamment l’industrie, le tourisme, l’énergie et le commerce.

La Presse — Devant un parterre d’hommes d’affaires tunisiens et algériens, la Cheffe du gouvernement Mme Sarra Zaâfrani Zenzri, et le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, en visite officielle de deux jours, ont inauguré le forum en présence du président de l’Utica, Samir Majoul, et du président du Conseil du renouveau économique algérien, Kamel Moula.

Ils ont, à cette occasion, mis en avant les nombreuses opportunités de partenariat qui s’offrent aujourd’hui aux acteurs économiques des deux pays, en particulier dans les secteurs de l’énergie, de l’industrie et du commerce frontalier.

Soulignant le rôle important que joue le secteur privé dans l’impulsion de la croissance économique, Mme Zaâfrani Zenzri a affirmé que ce forum économique  illustre la complémentarité entre le secteur public et le secteur privé, qui “est un partenaire essentiel dans la création de richesses et qui soutient les efforts des deux pays dans le renforcement et le rehaussement de leurs  relations de partenariat bilatéral”.

Elle a indiqué que la concomitance entre le forum et la 23e session de la Haute commission mixte répond à la volonté des dirigeants des deux pays, le Président Kaïs Saïed et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, d’accorder au secteur privé un rôle accru dans l’impulsion de la croissance et de l’investissement.

Une vision commune portée par les leaders des deux pays

Évoquant les relations de fraternité qui lient les deux pays, la Cheffe du gouvernement a précisé que l’histoire commune des deux peuples frères constitue un socle solide pour impulser de nouveaux partenariats basés sur les intérêts mutuels, de même que pour répondre aux attentes des deux peuples.

Elle a ajouté que la tenue de ce forum économique, articulé autour des secteurs de l’énergie, de l’industrie et du tourisme, illustre clairement la volonté commune des deux chefs d’État d’élever le partenariat stratégique entre la Tunisie et l’Algérie dans ces secteurs, considérés comme des leviers essentiels de l’investissement conjoint.

La Cheffe du gouvernement a poursuivi son allocution en rappelant que la Tunisie a choisi d’élargir ses partenariats stratégiques au niveau international sur la base du respect mutuel et de l’intérêt partagé, dans l’objectif de servir les intérêts de son peuple et de répondre à ses attentes, dans le cadre de sa souveraineté et de ses choix nationaux, conformément aux orientations du Président de la République, Kaïs Saïed.

“Notre pays a adopté une politique économique et sociale fondée sur une nouvelle approche, plus juste et équitable, reposant sur une vision nationale globale visant à bâtir une économie forte, capable d’assurer un équilibre entre justice sociale et croissance économique.

Une économie résiliente face aux fluctuations extérieures et dotée d’une compétitivité élevée”, a-t-elle affirmé.

Elle a, dans ce même contexte, rappelé que la Tunisie est parvenue à relever de nombreux défis et qu’elle est aujourd’hui sur la voie de la reprise économique.

Les indicateurs et les résultats positifs, qui reflètent un regain d’activité soutenu par l’amélioration des performances de secteurs vitaux tels que l’agriculture, le bâtiment, les industries manufacturières et les services, en témoignent.

Soulignant que la Tunisie émerge aujourd’hui en tant que site d’investissement attractif, la Cheffe du gouvernement a rappelé que le pays compte aujourd’hui plus de 4 000 entreprises à participation étrangère générant environ 460 mille emplois.

“L’intérêt croissant pour l’investissement extérieur témoigne des réformes structurelles engagées et de la confiance renforcée de nos partenaires régionaux et internationaux, ainsi que de la volonté partagée de renforcer la coopération dans des domaines porteurs”, a-t-elle précisé.

Et d’ajouter que ces efforts s’inscrivent dans la vision économique « Tunisie 2035 », qui “constitue un nouveau contrat social visant une transformation économique globale et permettant au pays de rejoindre le cercle des économies compétitives, fondées sur le savoir et l’innovation”.

La Cheffe du gouvernement n’a pas manqué de rappeler que la Tunisie a finalisé, pour la première fois, un projet de Plan de développement 2026-2030, fondé, conformément aux orientations du Président de la République, Kaïs Saïed, sur une démarche ascendante partant du niveau local, puis régional, avant d’atteindre un niveau plus large incluant les districts jusqu’au niveau national.

Cette approche permet, selon ses dires, de répondre aux besoins des citoyens, de favoriser l’inclusion économique et sociale équitable des régions, de créer un climat propice à l’investissement et d’assurer la cohérence entre la politique de l’État et les projets de développement.

La hausse des IDE: un indicateur de vitalité  économique

Mme Zenzri a, en outre, souligné que la Tunisie s’emploie aujourd’hui à instaurer un climat d’investissement attractif, en offrant des avantages financiers et fiscaux importants, ainsi qu’un traitement égal pour les investissements nationaux et étrangers.

“Nous travaillons au développement du système d’investissement en simplifiant les procédures administratives pour améliorer le climat des affaires et lever les obstacles face aux investisseurs, considérés comme des partenaires essentiels de l’État, dans la création de richesses”, fait-elle remarquer.

Elle a noté que le pays s’est doté de treize pôles technologiques spécialisés dans des secteurs à fort potentiel tels que le textile technique, les technologies de la communication, les industries alimentaires, l’informatique, la culture et les énergies renouvelables, et ce, afin d’améliorer son attractivité pour les investissements à haute valeur ajoutée.

Évoquant les investissements algériens établis en Tunisie dans le secteur de l’industrie, la Cheffe du gouvernement a fait savoir que ces derniers ont progressé et comptent désormais 18 entreprises industrielles opérant dans divers secteurs tels que l’agroalimentaire, la mécanique, les matériaux de construction, le textile et l’habillement et employant 1.800 personnes.

“Malgré ces avancées positives, ce secteur nécessite encore davantage d’audace en matière d’investissement et un renforcement de la complémentarité industrielle pour parvenir à une véritable intégration économique”, a-t-elle lancé.

S’adressant aux investisseurs des deux pays, la Cheffe du gouvernement a appelé à intensifier les  investissements conjoints dans les secteurs à forte valeur ajoutée tels que les industries mécaniques, électroniques, pharmaceutiques, alimentaires et de transformation, ainsi que le textile et l’habillement.

Elle a, en outre, souligné la nécessité de renforcer les partenariats entre les PME tunisiennes et algériennes, afin que la coopération industrielle devienne l’un des piliers du partenariat stratégique entre les deux pays.

Le transfert de technologies et l’échange d’expertise, le développement de nouvelles générations de zones industrielles frontalières avec la réalisation de projets conjoints dans les industries de transformation, les énergies renouvelables et les matériaux de construction, revêtent, selon la Cheffe du gouvernement, une importance stratégique dans la mesure où ces zones peuvent devenir de véritables moteurs d’intégration régionale.

Le secteur de l’énergie: un exemple concret d’un partenariat réussi

S’agissant du secteur de l’énergie, Mme Zenzri a salué le niveau de coopération entre la Tunisie et l’Algérie dans ce domaine, qui constitue un modèle réussi de partenariat fondé sur la confiance et la complémentarité.

Elle a mis l’accent sur les initiatives et les projets tuniso-algériens dans ce domaine, dont l’efficacité a été prouvée, citant comme exemple l’alimentation en gaz de la région tunisienne de Sakiet Sidi Youssef à partir des réseaux algériens.

Elle a appelé, dans ce contexte, à multiplier les investissements conjoints dans les infrastructures de transport et de stockage du gaz, tout en précisant que le défi ne se limite plus aujourd’hui aux échanges traditionnels : la transition énergétique étant désormais une priorité régionale et mondiale.

“Nous aspirons à ce que la Tunisie et l’Algérie explorent ensemble de nouvelles perspectives dans le cadre d’un partenariat stratégique couvrant la production, le transport, la distribution et les énergies renouvelables.

Nous proposons, à cet égard, de renforcer la coopération dans les projets d’interconnexion électrique et de développer des investissements conjoints dans les énergies propres, en particulier le solaire et l’éolien, afin de garantir la sécurité énergétique de nos deux pays.

Les entreprises publiques et privées peuvent participer à la réalisation de projets transfrontaliers qui apporteront des avantages économiques mutuels et soutiendront les efforts de transition énergétique durable dans la région maghrébine”, a-t-elle annoncé.

Innover dans le secteur du tourisme

Le tourisme, un des secteurs privilégiés dans le cadre du partenariat tuniso-algérien, suscite également l’intérêt des deux gouvernements. Mme Zenzri a rappelé, dans ce cadre, que la Tunisie a accueilli, jusqu’à fin octobre 2025, plus de trois millions de touristes algériens, soit une hausse de 8 % par rapport à la même période de 2024.

“Ces chiffres illustrent la profondeur des liens fraternels entre nos deux peuples et ouvrent de nouvelles perspectives pour consolider le tourisme en tant que pilier d’intégration économique”, a-t-elle indiqué.

Elle a ajouté que la Tunisie aspire à hisser la coopération touristique à un niveau stratégique, passant de l’échange de touristes à une complémentarité stratégique et à un partenariat effectif.

Elle a appelé, en ce sens, à intensifier les efforts pour inclure d’autres formes de tourisme, notamment le tourisme culturel, écologique et thérapeutique, et créer des produits touristiques conjoints à travers des circuits intégrés et transfrontaliers.

“Il conviendrait aussi d’encourager les investissements conjoints dans le tourisme alternatif, familial et saharien, et de renforcer l’échange d’expertise dans la formation touristique”, fait-elle remarquer.

Le commerce frontalier, un levier d’intégration régionale

Évoquant l’importance du commerce bilatéral, Mme Zenzri a souligné l’engagement du gouvernement à développer les échanges commerciaux entre les deux pays, à travers la modernisation des mécanismes réglementaires, la réduction des barrières au commerce bilatéral et le renforcement du cadre juridique régissant les échanges entre les deux pays, et ce, en révisant l’accord commercial préférentiel.

Elle a également ajouté que l’investissement conjoint dans les zones frontalières permet la réalisation de projets à forte rentabilité, compte tenu de leurs positions stratégiques et des ressources naturelles et touristiques qu’elles recèlent.

“L’implication du secteur privé des deux pays dans l’étude et la mise en œuvre de projets dans ces zones contribuera à renforcer les économies locales, améliorer l’infrastructure, développer les services logistiques et transformer ces régions en pôles de production et de commerce, consolidant ainsi une dynamique économique durable au service de la stabilité et de l’intégration bilatérale”, a-t-elle affirmé.

Elle a, par ailleurs, souligné la nécessité d’élaborer une vision commune visant à renforcer l’interconnexion entre les réseaux de transport des deux pays et d’étudier la création de corridors transfrontaliers reliant les principaux axes de transport des deux pays afin de faciliter le commerce bilatéral et de faire de ces zones des plateformes de distribution vers l’Afrique et l’Europe.

Évoquant l’importance d’aller ensemble vers les marchés africains, la Cheffe du gouvernement a expliqué que cette orientation stratégique ne peut réussir qu’à travers la conjugaison des efforts des deux pays et la complémentarité de leurs économies, en se tournant vers des secteurs émergents tels que le numérique, les énergies renouvelables, les industries alimentaires et pharmaceutiques, les composants automobiles et d’autres filières à forte valeur ajoutée.

“Nous avons une responsabilité partagée envers nos deux peuples et les générations futures pour œuvrer ensemble à garantir notre sécurité alimentaire, hydrique, énergétique et climatique.

L’État tunisien, conformément aux orientations du Président de la République, Kaïs Saïed, s’engage à poursuivre son soutien à toutes les initiatives économiques conjointes et à faire de la coopération économique tuniso-algérienne un modèle dans la région”, a-t-elle conclu.

Un partenariat à renforcer davantage

Soulignant les liens de fraternité entre les deux peuples, le Premier ministre algérien, M. Sifi Ghrieb, a affirmé que ce forum économique constitue une occasion pour les entreprises et les hommes d’affaires des deux pays d’explorer les vastes et multiples opportunités qu’offre le partenariat bilatéral.

Évoquant les orientations des dirigeants des deux pays, il a affirmé que la volonté résolue des deux Chefs d’État vise à impulser une transformation qualitative de la coopération algéro-tunisienne dans tous les domaines, afin de l’élever à un niveau stratégique, selon une approche participative et complémentaire.

Revenant sur les relations économiques entre les deux pays, le Premier ministre algérien a rappelé que le niveau de la coopération économique entre la Tunisie et l’Algérie a connu, ces dernières années, un progrès encourageant.

En 2024, le volume des échanges commerciaux entre les deux parties a dépassé 2,3 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente.

La Tunisie est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, notamment à travers l’approvisionnement en produits semi-manufacturés tels que le phosphate, les matériaux en verre, les produits à base d’aluminium, les véhicules et les équipements divers.

Elle occupe également le neuvième rang parmi les clients de l’Algérie, en particulier pour ce qui concerne le gaz, les dérivés pétroliers, l’électricité, ainsi que le sucre, les produits alimentaires, le ciment et le clinker.

Il a ajouté qu’en matière d’investissement, soixante-six projets en Algérie impliquant des opérateurs tunisiens, pour une valeur d’environ 353 millions de dollars, ont été recensés à fin octobre 2025.

Le secteur industriel y représente 90 %, notamment dans les filières pharmaceutiques et électriques. Près de 750 entreprises tunisiennes  sont actuellement actives en Algérie dans divers domaines, représentant plus de 9 % de l’ensemble des sociétés étrangères présentes dans ce pays.

“Tous ces indicateurs sont encourageants et témoignent d’une dynamique de croissance rapide du volume et de la qualité des échanges et des investissements.

Toutefois, ils restent en deçà des potentialités disponibles dans les deux pays et ne reflètent pas encore pleinement les perspectives prometteuses ouvertes par les mutations internationales accélérées”, a-t-il lancé.

Et d’ajouter : “Cette réalité nous impose, en tant que gouvernements et communauté d’affaires, d’accélérer le rythme et d’adopter de nouveaux mécanismes susceptibles d’apporter des solutions concrètes, garantissant une plus grande fluidité des flux de marchandises de part et d’autre.

Elle nous oblige également à identifier les avantages compétitifs de nos économies, à renforcer leur complémentarité et à développer des projets conjoints dans divers domaines, en vue de bâtir des infrastructures interconnectées et des chaînes de valeur régionales.”

Par ailleurs, le Premier ministre algérien a appelé les hommes d’affaires tunisiens à investir en Algérie dans des secteurs à fort potentiel, notamment l’industrie – en particulier les pièces de rechange, le textile et la valorisation des ressources – ainsi que l’énergie, le tourisme, l’agriculture, la pêche, les énergies renouvelables, les startups, le bâtiment, les travaux publics et le transport.

La cérémonie d’ouverture a été, par ailleurs, marquée par la signature de plusieurs accords de partenariat entre des entreprises tunisiennes et algériennes.

 

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Auteur

Marwa Saidi

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