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L’Europe au pied du mur : La doctrine Trump redessine le monde

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  • 15 décembre 17:30
  • 5 min de lecture
L’Europe au pied du mur : La doctrine Trump redessine le monde

Le manifeste stratégique dévoilé par Donald Trump place l’Europe face à une réalité qu’elle refusait de voir.

En érigeant la «primauté totale de l’intérêt national» en boussole unique, Washington redéfinit l’équilibre mondial au détriment du Vieux Continent.

La Presse — Dans ce document présenté comme la nouvelle boussole stratégique de Washington, Trump revendique avoir «redressé l’Amérique» et impose une vision du monde fondée sur «la primauté totale de l’intérêt national».

Trump affirme avoir restauré la puissance américaine après une phase de déclin.

Il met en avant le durcissement de la frontière, la «dépolitisation» des forces armées, l’effort de réarmement, le retour de la puissance énergétique et la pression accrue sur les alliés de l’Otan.

L’objectif est de redessiner les contours d’une Amérique forte, respectée, et capable d’imposer la paix grâce à la supériorité militaire.

Recentrage stratégique, protectionnisme et réalignement global

Cette vision s’accompagne d’une doctrine resserrée qui consiste à limiter les engagements extérieurs, concentrer les moyens sur les priorités essentielles et rompre avec les interventions jugées inutiles.

L’intérêt national devient l’unique guide, soutenu par une souveraineté renforcée, un protectionnisme assumé et une réindustrialisation accélérée.

Washington veut transformer le pays en forteresse économique appuyée sur une armée modernisée et une base industrielle robuste.

La stratégie repose aussi sur le retour revendiqué des zones d’influence.

Les États-Unis entendent verrouiller leur voisinage, contenir l’immigration, neutraliser les cartels de drogue et empêcher l’installation de puissances rivales.

L’Asie devient pour sa part le centre de gravité de la compétition mondiale.

La priorité annoncée est de freiner la montée en puissance de la Chine, de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de renforcer les alliances stratégiques.

La protection de Taïwan est réaffirmée, tandis que les alliés asiatiques sont pressés d’accroître leurs budgets militaires.

Cette doctrine place l’Europe devant ses contradictions. Le document dresse un portrait sévère d’un continent vieillissant, bureaucratique et incapable d’assurer sa propre sécurité.

Washington veut stabiliser rapidement le conflit en Ukraine, rétablir un rapport de force durable avec Moscou et pousser les Européens à prendre enfin en charge leur défense.

L’Europe n’est plus décrite comme un pilier stratégique, mais comme un théâtre secondaire, rien de plus.

En Afrique, Washington abandonne la logique d’aide classique pour privilégier le commerce, les investissements et l’accès aux ressources stratégiques.

L’énergie, les minerais critiques et les infrastructures gazières et nucléaires deviennent les priorités, avec l’ambition d’obtenir des retours rapides sans s’engager dans des missions militaires prolongées.

Un manifeste anti-européen ?

Cette réorientation provoque une forte inquiétude dans plusieurs capitales européennes, comme l’ont souligné de nombreux médias du continent.

Le Monde décrit même le texte comme un «manifeste anti-Europe».

Le document présente l’Union comme un espace en déclin, miné par la chute démographique et une immigration jugée excessive, allant jusqu’à suggérer que certains pays de l’Otan pourraient devenir majoritairement non européens.

D’autres titres relèvent que Washington assume désormais ouvertement son soutien aux «partis patriotiques» afin de fragiliser Bruxelles, tout en ménageant Moscou et en excluant implicitement toute nouvelle extension de l’Alliance, à commencer par l’Ukraine.

Ces réactions médiatiques, souvent convergentes, témoignent d’un malaise profond.

En effet, l’Europe découvre dans ce manifeste une vision qui la relègue au second plan, loin de l’image qu’elle se faisait d’elle-même comme centre de gravité du monde.

Cette dissonance rappelle les propos controversés du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui comparait en 2022 l’Europe à un «jardin» ordonné et le reste de la planète à une «jungle» menaçante.

Des déclarations peu diplomatiques, prononcées lors de l’inauguration de l’Académie diplomatique européenne à Bruges, qui avaient déjà suscité étonnement et irritation bien au-delà du Vieux Continent.  

Pour conclure, Donald Trump surprend en ménageant nettement la Russie, un choix qui a suscité de vives critiques parmi les Européens, inquiets d’un affaiblissement du front occidental face à Moscou.

Cette position rejoint, par certains aspects, l’analyse d’Emmanuel Todd dans son ouvrage La défaite de l’Occident, où il décrit non pas un effondrement brutal de l’Occident, mais un glissement progressif vers un rôle moins central dans le système international.

Selon Todd, ce basculement ne débouche pas sur l’émergence d’un «empire russe», mais sur un monde rééquilibré, plus divers et moins dominé par les normes occidentales, au sein duquel la Russie occupe une place structurante aux côtés d’autres puissances.

L’attitude conciliante de Trump envers Moscou semble ainsi s’inscrire, volontairement ou non, dans cette lecture d’un ordre mondial en recomposition.

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Auteur

Samir DRIDI

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