Secteur oléicole – Entre traditions et innovation : Préserver et valoriser une richesse nationale !
Symbole de résilience mais aussi de bénédiction, l’olivier est bien plus qu’une simple ressource végétale, il incarne un pan entier du patrimoine agricole national.
Immortel, cet arbre ouvre également un vaste champ de perspectives vers des métiers d’avenir.
La Presse — Avec plus de 120 millions d’oliviers, 600 unités de trituration, 16 raffineries et une cinquantaine d’unités de mise en emballage, la Tunisie s’impose aujourd’hui comme un leader mondial du secteur oléicole.
Employant environ 1,2 million de personnes, directement et indirectement, le poids économique significatif de la filière, mais aussi sa contribution au développement socioéconomique des régions et des terroirs, ne sont plus à démontrer.
Entre savoir-faire ancestral et nouvelles méthodes et technologies, les experts tunisiens du domaine ont su acquérir une renommée internationale.
« Ce secteur a connu un véritable saut qualitatif et nos experts sont aujourd’hui sollicités à l’échelle internationale.
Même les grands pays producteurs d’huile d’olive font appel aux compétences tunisiennes », a affirmé à La Presse Mohamed Bouaziz, élaïologue et professeur universitaire à l’Institut supérieur de biotechnologie de Sfax (Isbs).
Stratégique et pourvoyeur de devises
Selon lui, la qualité de l’huile tunisienne est inégalable. La Tunisie occupe désormais le haut du pavé sur la scène internationale, et l’enjeu consiste à préserver ce positionnement.
Un objectif qui ne peut être atteint qu’en protégeant l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur, y compris les agriculteurs et les moulins à olive. « Il est important de préserver cette filière, car l’huile d’olive est un produit stratégique et pourvoyeur de devises.
Elle constitue un véritable levier de croissance économique, grâce auquel la Tunisie affiche un excédent dans la balance commerciale alimentaire », a-t-il ajouté.
D’après l’expert, la valorisation du produit oléicole constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour une filière qui peut encore mieux faire.
Cette ambition repose sur deux conditions essentielles. La première concerne la préservation de la qualité de l’huile tunisienne, véritable gage de performance à l’export.
La seconde porte sur la mise en emballage. À ce sujet, le professeur a indiqué que la Tunisie a enregistré des avancées notables, les quantités d’huiles conditionnées ayant atteint, l’an dernier, 42 mille tonnes.
« Nous pouvons atteindre 50 mille tonnes cette année. La filière gagne en compétitivité, mais elle doit être préservée », a-t-il souligné. Il a également rappelé que la mise en emballage permet de générer une valeur ajoutée significative, notamment en matière de branding.
« Le branding made in Tunisia est essentiel pour la filière oléicole. Il contribue à la promotion non seulement du produit tunisien, mais aussi de l’image du pays sur les marchés étrangers.
Certains pays européens produisent aujourd’hui moins que la Tunisie en termes de quantités, mais ont su préserver une renommée internationale grâce au branding.
C’est ce que nous devons faire et renforcer », a-t-il précisé. Selon Bouaziz, la valorisation de la chaîne de valeur oléicole inclut également les résidus de l’olivier.
Il a ajouté, en ce sens, que plusieurs travaux de recherche menés actuellement par l’Institut de Sfax promettent des résultats très satisfaisants.
Ainsi, des projets sont en cours pour étudier notamment l’extraction d’énergie à partir des margines et les vertus thérapeutiques des feuilles d’olivier, qui peuvent être utilisées comme compléments alimentaires.
Une nouvelle licence en production oléicole
L’intelligence artificielle s’invite, elle aussi, dans la filière. Des travaux de recherche réalisés par ce même institut, en collaboration avec des universités européennes, se sont penchés sur l’application de l’IA au service du développement de la production oléicole.
« L’un des résultats probants concerne l’utilisation de l’IA pour la détection immédiate des maladies touchant les oliviers, même dans de vastes exploitations.
Il s’agit d’un moyen d’intervention rapide et efficace permettant de prévenir leur propagation », a-t-il expliqué. Rappelant que l’huile d’olive est aujourd’hui une filière bien organisée en Tunisie, Pr. Bouaziz a insisté que son avenir doit être soigneusement planifié.
C’est dans cette optique que l’Isbs ouvrira, à partir de l’année prochaine, une nouvelle licence en production oléicole. L’objectif est de préparer les nouvelles générations aux métiers du secteur.
« Il faut préserver notre patrimoine oléicole et attirer les jeunes vers cette filière», a-t-il indiqué.
Évoquant la quatrième édition du congrès international organisé récemment par l’institut à Sfax sous le thème « De l’olive à l’huile : vers une production durable et une excellence sur le marché mondial », le professeur a souligné le succès de l’événement.
Celui-ci a permis de réunir des experts et chercheurs tunisiens et étrangers, venus notamment du Liban, de la Libye, de l’Algérie et de l’Irak, ainsi qu’une délégation du Conseil oléicole international.
L’occasion a permis de mettre en avant les recherches et innovations récentes, de valoriser les techniques modernes de production durable et de renforcer la compétitivité de l’huile d’olive tunisienne sur les marchés mondiaux, ainsi que ses modes d’exportation.