Afrique 2025 : Croissance résiliente malgré les chocs externes
L’année 2025 a été marquée par de nouveaux chocs mondiaux, dont les droits de douane américains, qui ont pesé sur le commerce africain.
Malgré ces contraintes, le continent affiche une croissance modérée, mais résiliente, portée par quelques économies clés.
La Presse — Depuis janvier 2025, le monde est confronté à de nouveaux chocs qui ont aggravé un paysage macroéconomique mondial déjà complexe. Parmi ces chocs figurent une série de nouveaux tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis, ainsi que des mesures de rétorsion annoncées et mises en œuvre par leurs partenaires commerciaux.
Pour le continent africain, les Etats-Unis représentent environ 5 % du total des échanges mondiaux de marchandises (exportations et importations). Les droits de douane moyens de 10 % annoncés s’ajoutent au régime douanier déjà en vigueur dans les relations commerciales entre les Etats-Unis et l’Afrique, hors exonérations.
Dans un contexte mondial marqué par des chocs multiples et récurrents, ainsi que par une forte incertitude liée aux tarifs douaniers, les perspectives de croissance de l’Afrique ont été revues à la baisse.
Perspectives de croissance
La croissance de l’Afrique devrait désormais s’accélérer, passant de 3,3 % en 2024 à 3,9 % en 2025, puis se raffermir à 4 % en 2026. Toutefois, ces projections représentent des révisions à la baisse de 0,2 et 0,4 point de pourcentage par rapport aux estimations du Rapport sur les performances et perspectives macroéconomiques de l’Afrique 2025. Cette révision à la baisse des perspectives de croissance du PIB réel de l’Afrique est en grande partie due à l’impact de la faiblesse de l’activité économique mondiale, qui devrait affecter les exportations africaines.
Toutefois, même en tenant compte du choc des droits de douane et de l’incertitude qu’il génère, 21 pays africains connaîtront une croissance de leur production supérieure à 5 % en 2025.
Parmi eux, quatre pays (l’Éthiopie, le Niger, le Rwanda et le Sénégal) pourraient atteindre le seuil minimal de 7 %, considéré comme nécessaire pour lutter contre la pauvreté et parvenir à une croissance inclusive. Ces tendances positives témoignent de la résilience de certaines économies africaines malgré les chocs, la baisse de l’aide publique au développement (APD) et la diminution des flux financiers extérieurs.
Il est important de noter que les taux de croissance projetés pour l’Afrique en 2025 et 2026 dépasseront la moyenne mondiale et celle des autres régions, à l’exception de l’Asie émergente et en développement.
Après une croissance modérée de 2,6 % en 2024, la région de l’Afrique du Nord devrait enregistrer un rebond de 3,6 % en 2025 et de 3,9 % en 2026. Toutefois, ces prévisions reflètent des révisions à la baisse de 0,2 point de pourcentage chacune par rapport aux estimations du Rapport sur les performances et perspectives macroéconomiques de l’Afrique 2025 pour les deux années. Parmi les économies de la région, les prévisions pour l’Égypte ont été révisées à la baisse de 0,3 point en 2025 et de 0,5 point en 2026. Pour la Libye, elles sont revues à la baisse de 0,6 et 0,2 point pour les mêmes années. Ces révisions s’expliquent par une diminution potentielle des recettes d’exportation.
Le Rapport sur les Perspectives économiques de l’Afrique 2025 montre « qu’avec des réformes profondes, l’Afrique peut mobiliser 1.430 milliards de dollars supplémentaires en ressources nationales en exploitant ses diverses formes de capital — fiscal, naturel, financier, commercial et humain— ce qui lui permettra d’accélérer sa croissance et de larendre inclusive et durable ». Ce montant est supérieur au déficit de financement annuel de l’Afrique, estimé à 1.300 milliards de dollars.
Investissements conséquents
Les infrastructures peuvent être le moteur de la transformation économique de l’Afrique et l’aider à concrétiser les ambitions de l’Agenda 2063. D’après l’Ocde, « en portant les investissements annuels de 83 à 155 milliards de dollars, l’Afrique pourrait doubler son produit intérieur brut (PIB) total d’ici à 2040 ». Pour y parvenir — et dans un contexte de contraintes financières — les responsables publics devraient privilégier les projets d’infrastructure présentant les retours sur investissement les plus élevés, favoriser la consolidation des partenariats public-privé et mieux gérer les risques sociaux et écologiques.
Le continent pourrait également accélérer sa croissance de 4,5 % par an, dépasser l’objectif de 7 % fixé par l’Agenda 2063 de l’Union africaine et atteindre le même niveau de transformation que les économies comparables les plus performantes. Les économies africaines auraient besoin d’investir en moyenne trois fois plus que l’Amérique latine et cinq fois plus que les pays en développement d’Asie.
Des perspectives incertaines
Les partenaires au développement bilatéraux et multilatéraux financent près de la moitié (48 %) des investissements de l’Afrique dans les infrastructures. Le financement public du développement est passé de 10 milliards de dollars à près de 15 milliards de dollars entre 2010 et 2023, tandis que les versements des banques de développement ont doublé, passant de 4,2 milliards à 8,2 milliards de dollars.
Toutefois, les perspectives demeurent incertaines quant au soutien futur : l’aide publique au développement devrait chuter de près de 17 % en 2025, après un recul de 9 % en 2024. Les pays africains les moins avancés risquent d’être les premiers touchés par cette baisse.
Même la Chine, dont l’initiative des Nouvelles routes de la soie, lancée en 2013, a contribué au déploiement rapide de grands projets d’infrastructure à grande échelle sur le continent, a réduit ses engagements en matière de financement du développement à l’appui des infrastructures en Afrique depuis 2016.
Quoique l’Afrique démontre une certaine résilience face aux chocs externes, les besoins d’investissement demeurent considérables.