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Le chantier du futur : Réconcilier le citoyen avec la lecture

  • 3 janvier 18:15
  • 5 min de lecture
Le chantier du futur : Réconcilier le citoyen avec la lecture

Noureddine Nouri, ministre de l’Éducation, a annoncé que l’année 2026 sera «l’année de la lecture» lors d’une réunion à la Cité de la culture de Tunis.

Le ministre a dévoilé «une stratégie d’envergure pour sortir le livre des étagères poussiéreuses et le replacer au cœur de la vie des élèves». (La Presse du 29 décembre 2025)

Pour le ministre, le constat est clair : le savoir scolaire classique ne suffit plus. Pour affronter les défis socioéconomiques de demain, il mise sur l’apprentissage continu. Le plan prévoit notamment le déploiement de 4.000 bibliothèques scolaires ainsi que des initiatives originales comme la présence de 75 livres dans chaque bus destinés aux voyages récréatifs des scolaires.

Au-delà de l’éducation, il s’agit d’offrir aux jeunes les «horizons du rêve» pour les détourner d’un certain nombre d’occupations dont ils ne tirent aucun profit. Le débat ne fait qu’être engagé. Il y aura des idées et des propositions de bien des parties prenantes, d’où émergera une stratégie.

Cela ne sera pas facile. Nous avons en effet perdu trop de temps, relégué aux oubliettes  bien des traditions, En avant propos de cette stratégie à mettre en place, il y a des questions qui se posent. Qui seront les premiers animateurs de cette politique à mettre en place pour réconcilier les jeunes et moins jeunes avec la lecture et, surtout, par où commencer ?

Dans le temps, à la rentrée, dans toutes les classes du primaire ou du secondaire, les élèves étaient appelés à «monter leur bibliothèque». Une liste est proposée et chacun choisit le titre à ramener. Une séance était réservée à la lecture et on remettait le résumé du livre lu.

A la fin de la séance, on s’échangeait ces «bouquins» que l’on dévorait avec une certaine boulimie. A la fin de l’année on remettait cette «bibliothèque» de la classe à l ‘école. Elle servira à tout le monde et surtout assistera les élèves qui n’ont pas les moyens de s’acheter un livre.

Aujourd’hui, nous pourrions parier, avec tout le respect qu’on lui doit, que l’enseignant n’a presque jamais tenu un roman ou même un journal entre les mains.

La lecture a été supplantée par les heures perdues  sur le web. Avec tous les dégâts que l’on pourrait imaginer.

«A moins qu’il n’ait été demandé par l’enseignant, nous voyons rarement des jeunes ou des parents venir acheter des livres. Il y en a, mais c’est rare», nous confie un libraire. «Les prix de ces contes ou romans sont prohibitifs pour la majorité de la population.

C’est tout un budget. Il faudrait trouver une formule pour réduire le prix du papier destiné aux manuels de lecture comme c’est le cas pour les manuels scolaires où l’Etat consent de lourds sacrifices. L’impression de ces livres coûte également cher et cela influe sur le prix de vente», ajoute-t-il.

Un enseignant à la retraite nous explique que les bonnes traditions n’étant plus en usage, il faut tout reprendre à zéro : «J’ai suivi avec attention ce qu’a dit le ministre qui ambitionne de recréer un lien entre lecture et apprentissage tout au long de la vie, ce qui est une condition essentielle au développement des compétences».

Dans cette perspective, on envisage de créer 4.000 bibliothèques scolaires — totalisant près de six millions d’ouvrages —, un moyen d’offrir cette lecture en raison du renchérissement du coût.

Mais la réconciliation avec la lecture ne concerne pas que les élèves, leurs professeurs ont également besoin d’être repris en main. Sans oublier les parents. Parce que tout simplement, c’est par là que tout commence. L’éveil à la lecture débute  avant même que l’enfant ne sache lire, c’est-à-dire bien avant qu’il ne fréquente l’école. Les activités qui encouragent la lecture stimulent chez l’enfant son intérêt et son désir d’apprendre à lire au quotidien.

Sommes-nous outillés pour cela ? Il y a toute une stratégie à mettre en place. Il faut que les médias soient prêts à s’engager volontairement pour la réussite de ce plan ambitieux. En fin de compte, ils ne seront pas perdants, cela leur fait de futurs lecteurs.

Développer le plaisir de lire et à adopter des habitudes de lecture durables sont nécessaires. Combien de chefs de famille ramènent-ils un journal, une revue ou un livre à la maison ?

Pourtant, il faudrait lire régulièrement devant un  enfant. Tous les lieux sont valables, comme à la plage, au salon, dans le bus, ou tout simplement un coin lecture, que l’on choisit en commun. Il faut apprendre à lire tout ce qui tombe sous la main. Cela va de ce qui est écrit sur une boîte de conserve à la carte de félicitations pour un anniversaire ou encore les composants pour confectionner un gâteau.

Un chantier ? Oui, mais la Tunisie en a bel et bien besoin.

Auteur

Kamel GHATTAS