Étude de l’OIT sur la sécurité alimentaire à l’horizon 2070 : Mettre le cap sur la durabilité
La durabilité des politiques agricoles apparaît comme la voie incontournable pour garantir la sécurité alimentaire du pays au cours des prochaines décennies. Y parvenir suppose un changement de paradigme dans la gestion des ressources hydriques et des sols, ainsi que des ressources génétiques végétales et animales.
C’est, en substance, ce qu’a affirmé à La Presse Mohamed Aziz Darghouth, membre du Conseil des sciences de l’ingénierie de l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT), en marge de la conférence de présentation de l’étude prospective sur la sécurité alimentaire en Tunisie à l’horizon 2070.
La Presse — Le Conseil des sciences de l’ingénierie, relevant de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, vient d’annoncer les résultats d’une étude prospective stratégique sur la sécurité alimentaire en Tunisie à l’horizon 2070. Réalisée dans le cadre d’un partenariat avec le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (Icarda), et avec la participation de chercheurs tunisiens en sciences agricoles, cette étude vise essentiellement à éclairer la capacité de la Tunisie à assurer sa sécurité alimentaire à l’horizon 2070, dans un contexte mondial marqué par une instabilité accrue et une accentuation des risques liés aux chaînes d’approvisionnement alimentaire.
L’étude est, en effet, l’aboutissement de deux années de travail, menées selon une approche participative impliquant plusieurs acteurs nationaux et internationaux. Son élaboration s’est appuyée sur une matrice de facteurs externes et internes, notamment les changements géopolitiques, le réchauffement climatique et la rareté des ressources naturelles, après avoir dressé un état des lieux des chaînes de valeur agricoles nationales.
Le choix de 2070 comme horizon s’explique, selon les auteurs, par le caractère de long terme des politiques agricoles. Pour Mohamed Aziz Darghouth, membre du Conseil des sciences de l’ingénierie, la sécurité alimentaire nationale est aujourd’hui confrontée à des défis sans précédent, aux échelles nationale et internationale.
« Le changement climatique, déjà perceptible et appelé à s’aggraver, l’aridité, l’augmentation des températures, ainsi que, à l’échelle internationale, un contexte géopolitique devenu très incertain avec, dans certains cas extrêmes, l’instrumentalisation de la sécurité alimentaire comme moyen de pression géopolitique, constituent autant de risques qui imposent de prospecter le futur dans un contexte d’incertitudes majeures, afin d’identifier les scénarios les plus optimistes dans lesquels nous pouvons nous positionner », a-t-il affirmé à La Presse.
La dégradation des ressources en eau et en sol n’en est pas moins importante, elle est appelée à être traitée en priorité pour préserver les activités agricoles, soutient-il. « Sans sol de qualité, il n’y a pas d’agriculture. On observe aujourd’hui une dégradation de la qualité des sols en termes de carbone organique, qui constitue le substrat de la fertilité. Sans celui-ci, il n’y a pas d’agriculture », a-t-il précisé. Il ajoute que les ressources génétiques animales et végétales recèlent un important potentiel d’adaptation aux conditions climatiques extrêmes.
Se positionner sur le scénario optimiste
Les résultats de l’étude font, en effet, ressortir quatre scénarios. Pour éviter le pire, il s’agit d’aller vers un modèle durable qui préserve et restaure les ressources naturelles, en particulier les sols. Ce modèle repose également sur un changement de paradigme dans la gestion de l’eau, où l’indicateur de productivité de l’eau devient le repère central, précise Pr Darghouth.
La notion de disponibilité de l’eau est désormais obsolète et inadaptée au contexte actuel de raréfaction des ressources hydriques. « La question est de savoir ce que je fais avec l’eau et si je le fais correctement ou non », explique-t-il. Une politique agricole durable suppose également d’intégrer la préservation et la valorisation des ressources génétiques, qui recèlent un important potentiel d’adaptation aux conditions climatiques extrêmes.
Par ailleurs, l’innovation climato-intelligente devrait constituer un pilier des nouvelles politiques d’appui à la production et à l’organisation des systèmes agroalimentaires, afin de bénéficier à l’ensemble des catégories d’exploitations et d’entreprises agricoles et agroalimentaires tunisiennes. « Avoir des politiques diversifiées et inclusives, où chacun trouve sa place, tel est l’objectif. Il faut aller vers des modèles agricoles et de développement agricole soutenables, a-t-il conclu.