La Presse — Le phénomène de «doomscrolling» vous connaissez? C’est le défilement compulsif des mauvaises nouvelles sur le Net et l’addiction des personnes à ce défilement stressant. Voilà à quoi sont réduites nos informations sportives, en raison de la mauvaise gouvernance qui caractérise notre sport. A tous les niveaux.
Combien a-t-on tenu de réunions pour que nos athlètes, toutes disciplines confondues, n’aient plus de problèmes financiers ou logistiques? Rien n’y fait et rien n’a changé. Alors que cette malheureuse situation est connue et qu’elle fournit aux chasseurs de têtes le moyen de débaucher nos meilleurs éléments, la lourdeur administrative continue à faire des ravages.
C’est ainsi que notre champion de taekwondo Khalil Jendoubi, champion du monde et médaillé olympique, a été éliminé de la session des examens de l’Issep de Ksar Saïd pour « absence injustifiée ». Les « pseudos-responsables » n’ont pas averti l’établissement qu’il participait au Mondial! Un comble. Alors que ce jeune tirait fièrement sur la corde du mât d’honneur, pour hisser les couleurs nationales, on lui tire dessus. Comment expliquer ce comportement?
Corriger cette grave erreur
Nous avons été témoins de la réaction de feu Abdelaziz Sfar qui était, à l’époque, directeur de cet Issep, lorsqu’une championne, revenue au pays doctorat en poche, avait sollicité un poste dans cet établissement: «Bien sûr, ce que vous avez fait pour le pays mérite tous les égards. Votre poste vous attend», a-t-il répondu.
Khalil Jendoubi ne doit pas perdre cette année et la Tutelle est en mesure de corriger immédiatement cette grave erreur par une simple décision, car ces champions, c’est connu, sont dans l’obligation de travailler leurs cours après coup, une fois rentrés au pays à la suite d’une participation internationale.
Qu’aurait fait ce directeur de l’Issep si c’était son fils? Dans quel pays vit-il? Comment imaginer qu’il ignore ce que font ses étudiants, leurs situations, les difficultés qu’ils rencontrent, les dysfonctionnements des fédérations nationales sportives et du sport en général ? Ne savait-il pas que son étudiant participait à un Mondial? Comment ose-t-il mettre en jeu l’avenir d’un jeune en mission pour son pays ? Jendoubi tout aussi bien que tous les autres champions ont déjà fort à faire pour défendre les couleurs nationales dans des conditions de plus en plus difficiles.
Par respect à ces champions et à ce qu’ils représentent, nous ne rapporterons pas de quoi ils bénéficient pour vivre et le montant de leurs misérables bourses.
Ils ne méritent pas ce traitement et ceux qui ont failli doivent être sanctionnés pour leur absence de réaction. Et l’on vient se plaindre lorsqu’un athlète se laisse tenter par les appels des sirènes. C’est malheureusement la mauvaise nouvelle d’aujourd’hui. Demain, il y en aura une autre.
Parce que tout simplement, on s’acharne à vouloir faire du neuf avec du vieux et que l’on laisse des dossiers aussi importants entre les mains de personnes plongées dans le sommeil du juste, qui n’éprouvent ni regrets ni remords. Alors qu’en haut lieu, on a donné des ordres pour favoriser l’action, on se cramponne à une bureaucratie étouffante et improductive.
Comme quoi, les réunions ne servent à rien