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Déferlante d’animaleries : Un business qui fait rage en Tunisie

  • 10 janvier 17:30
  • 6 min de lecture
Déferlante d’animaleries : Un business qui fait rage en Tunisie

Nées dans le sillage du confinement de 2020, les animaleries connaissent, aujourd’hui, une croissance spectaculaire à travers toute la Tunisie. Porté par l’humanisation croissante des animaux de compagnie, l’essor du “pet-food” premium et la diversification des services, ce secteur en pleine mutation révèle un profond changement des mentalités et s’impose comme l’un des nouveaux business les plus dynamiques dans le pays.

La Presse — Depuis la période de confinement qu’ont vécue les Tunisiens en 2020 à cause de la pandémie de Covid-19, le rapport avec les animaux de compagnie a été complètement métamorphosé si bien que les commerces de produits animaliers poussent désormais comme des champignons aux quatre coins du pays.

Même les chiens errants appelés « kelb arbi » sont parfois adoptés pour devenir des animaux de compagnie à part entière. Le sentiment de solitude et de distanciation sociale avec son entourage à cause de l’omniprésence des réseaux sociaux a conduit au rapprochement avec les canins et les félins et autres amis de la maison.

Du Grand Tunis aux régions de l’intérieur, les animaleries ouvrent les unes après les autres d’un quartier à l’autre. Ce phénomène, loin d’être une simple mode commerciale, révèle une évolution profonde du rapport qu’entretiennent les Tunisiens avec leurs animaux de compagnie. Il suffit de se promener à La Soukra, Ennasr , La Marsa, Le Kram ou dans des villes comme Zarzis et Gabès pour s’en rendre compte : les devantures ornées de pattes, de chiens souriants ou de chats stylisés se multiplient.

En ce début d’année 2026, l’animalerie n’est plus un commerce marginal réservé à quelques passionnés urbains. Elle s’impose désormais comme un secteur dynamique, porté par une demande en forte croissance. Cette nouvelle réalité sociale porte la marque d’un changement de mentalité profond. Le moteur principal de cet essor est avant tout sociologique.

Longtemps perçus sous un angle strictement utilitaire et fonctionnel, le chien pour la garde, le chat pour chasser les souris, les animaux domestiques occupent aujourd’hui une place centrale dans de nombreux foyers. Ils sont devenus des compagnons à part entière, parfois même considérés comme des membres de la famille.

Chez les jeunes générations, ce lien affectif est particulièrement marqué. La crise sanitaire de 2020 a renforcé ce besoin de présence et de réconfort au sein du foyer, accélérant l’adoption d’animaux de compagnie. Avoir un chien de race ou un chat d’intérieur est devenu à la fois un marqueur social et une réponse à la solitude croissante qu’endurent certaines gens dans les grandes villes.

Aymen M., quarantenaire et gérant d’une animalerie qui a récemment ouvert du côté de La Marsa, raconte le succès de ce business florissant : « Si on réussit à ce niveau en ce moment, c’est parce qu’on ne vend plus seulement des produits, mais une promesse de santé et de bien-être pour un membre de la famille.

On a su allier la proximité du quartier à la modernité de la livraison à domicile et à des produits premium adaptés aux attentes des Tunisiens. » Les conseils santé et alimentation prodigués par les vétérinaires sur les canaux digitaux et la qualité de la nourriture qu’on offre à son animal de compagnie ont fait un bond notable.

Le boom du “pet-food” et des services associés

Au cœur de ce marché florissant, l’alimentation animale reste le pilier du chiffre d’affaires. Les restes de table appartiennent désormais au passé. Le propriétaire tunisien se montre de plus en plus exigeant, soucieux de la santé et du bien-être de son animal. Les rayons regorgent de croquettes premium, de formules sans céréales ou adaptées à des besoins spécifiques.

Ce modèle repose sur deux leviers solides. D’abord, la régularité des achats : un sac de croquettes se renouvelle chaque mois, garantissant des revenus stables. Ensuite, la diversification. Pour fidéliser leur clientèle, les animaleries élargissent leur offre avec des services de toilettage, des conseils vétérinaires de premier niveau ou encore des prestations d’éducation canine.

 L’humanisation de l’animal de compagnie et la montée en puissance du segment santé et bien-être expliquent ce regain d’intérêt pour la cause animale.

Le changement de mentalité constitue le principal moteur de cette évolution. L’animal de compagnie n’est plus perçu uniquement comme utile à la garde ou à la chasse, mais comme un membre à part entière de la famille. En période d’incertitude économique, de nombreux Tunisiens trouvent réconfort et stabilité auprès de leurs animaux.

Désormais, le succès du secteur ne repose plus sur la vente de produits basiques, mais sur des offres spécialisées et à forte valeur ajoutée. La demande progresse fortement pour les aliments premium, sans céréales ou adaptés à des besoins spécifiques (stérilisation, troubles urinaires, sensibilité digestive). Une communauté soudée s’est créée autour de l’animal

Les réseaux sociaux ont transformé la relation client en une véritable dynamique communautaire. Le gérant devient un expert de proximité et un acteur influent au niveau local. Il organise des événements tels que des journées d’adoption ou des ateliers éducatifs, renforçant ainsi la fidélité émotionnelle des clients.

Franchises et digitalisation en renfort

Le secteur s’est rapidement structuré. Des enseignes organisées contribuent à professionnaliser le marché. Parallèlement, l’émergence de grossistes locaux et de plateformes de vente en ligne a facilité l’accès aux produits spécialisés, même dans les zones éloignées des grands centres urbains. À côté de ces réseaux, les petites animaleries de quartier tirent leur épingle du jeu en misant sur la proximité et la relation de confiance avec les clients, devenant de véritables repères pour les propriétaires d’animaux. Un enjeu sanitaire à ne pas négliger

Cette expansion rapide soulève toutefois des questions de santé publique. Avec une population canine importante, la pression sur les services vétérinaires et les campagnes de vaccination, notamment contre la rage, est considérable. Dans ce contexte, les animaleries jouent un rôle clé en informant et en sensibilisant les propriétaires aux soins et obligations sanitaires.

Derrière chaque nouvelle enseigne colorée se dessine ainsi une Tunisie en pleine mutation, prête à investir dans le bien-être de ses compagnons à quatre pattes. Un marché porteur, révélateur d’une société qui redéfinit peu à peu sa relation à l’animal… et qui fait de l’animalerie l’un des commerces les plus prometteurs du moment.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche