Chroniques de la Byrsa : Dans les méandres des «Zriba» II
Arrachons-nous aujourd’hui à cette pancarte devant laquelle nous nous sommes arrêtés la semaine dernière et qui indique le chemin de Zriba «Olia» (quelle ineptie !) pour nous engager sur ce pont en bois suspendu au-dessus de l’oued Zriba. L’ouvrage d’art semble brinquebalant mais il est contrôlé par le génie militaire qui s’assure régulièrement de sa bonne santé.
La Presse — Nous parlons de «chemin» et ce n’est assurément pas une autoroute. C’est une piste améliorée qui grimpe à flanc de montagne dans le massif des monts Zaghouan du côté sud. Au bout, un nid d’aigles qui s’accroche à des aspérités rocheuses qui partent à droite et à gauche à l’assaut de pics tutoyant les 1.000 mètres et ménageant un creux dans lequel est venu se blottir un village construit en matériaux puisés sur place et qui contribuent à l’occultation des lieux par leur amalgame avec le paysage naturel de couleur ocre.
C’est que nous sommes ici dans l’une des trois positions retranchées (avec Takrouna et Jradou) sur lesquelles les populations berbères se sont repliées pour sauvegarder leur identité et leur mode de vie.
Ma première visite à ces lieux remonte aux années 70 du siècle dernier, au lendemain d’inondations catastrophiques qui ont dicté l’évacuation de la population au pied de la montagne, ce qui a donné le centre administratif d’aujourd’hui. J’y suis revenu à espaces plus ou moins réguliers, prônant à chaque fois dans ces mêmes colonnes et d’autres l’impératif de sauvegarder ce patrimoine et de le recycler dans la culture et le tourisme. En vain, j’ai sollicité dans les années 90 le département du Tourisme de prendre la chose en main à des fins de diversification de notre offre touristique.
Absorbés par le souci de mettre ce patrimoine à profit, les « revenants » ne doivent pas perdre de vue l’essentiel : ne pas tuer la poule aux œufs d’or
Alors, on n’imaginera jamais ma joie, ces toutes dernières années, de voir le village fantôme qui s’écroulait sous le poids du temps et de l’absence d’entretien reprendre timidement vie à l’initiative de pionniers parmi les descendants de ceux qui étaient «descendus» en plaine. Ce fut d’abord la restauration de quelques locaux pour proposer aux rares visiteurs des commodités rudimentaires et des articles de souvenirs, quelques articles en alfa de l’artisanat ancestral ainsi que des cristaux récoltés sur place. C’était bon signe.
Quand, l’avant-veille du nouvel an, je suis retourné à Zriba-Haut (selon la cartographie officielle et non Zriba «Olia» !), j’ai vu que le petit noyau d’infrastructures d’accueil s’est étoffé avec l’ouverture d’un restaurant et d’un café gérés par une famille zribie et que des travaux étaient engagés en plus d’un endroit pour aménager d’autres espaces ; quand j’ai également vu l’affluence notable de visiteurs tunisiens et étrangers, je me suis senti rasséréné quant à l’avenir de ce trésor naturel et culturel.
Rassuré, oui, mais avec tout de même quelque appréhension : que les revenants, absorbés par leur souci de mettre ce patrimoine à profit, ne perdent de vue l’essentiel : ne pas tuer la poule aux œufs d’or. Cette inquiétude est née d’atteintes graves à l’harmonie des lieux et à l’environnement. Nous y reviendront dans notre prochaine livraison.
(A suivre)