Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui a gagné. C’est le cinéma. En décrochant le prix suprême des AI Film Awards, Zoubeir Jlassi démontre que l’innovation n’a de sens que lorsqu’elle prolonge l’émotion, la mémoire et la conscience humaine.
La Presse — Il est des victoires qui dépassent le cadre d’un palmarès et s’inscrivent durablement dans l’imaginaire collectif. Le sacre de Zoubeir Jlassi, hier samedi 10 janvier 2026, lors des prestigieux AI Film Awards, appartient sans conteste à cette catégorie rare. En remportant le prix d’un million de dollars au cœur du « 1 Billion Followers Summit » aux Émirats arabes unis, le réalisateur tunisien n’a pas seulement signé un exploit personnel : il a ouvert une brèche lumineuse dans le récit contemporain du cinéma arabe et de la création numérique.
Face à plus de 3 500 œuvres venues de 116 pays, parmi lesquelles seuls douze films ont atteint la ligne finale, Lily s’est imposé avec une évidence presque silencieuse. À l’image de son héroïne — une poupée muette errant dans une ville battue par la pluie — le film avance sans fracas, mais avec une force intérieure rare. Lily ne parle pas, et pourtant elle dit tout : la culpabilité enfouie, la mémoire qui insiste, la nécessité de la confession comme ultime passage vers la rédemption.
Dans cette œuvre d’une sobriété bouleversante, l’intelligence artificielle n’est jamais un artifice tapageur. Elle est un souffle discret, un pinceau invisible au service d’un regard profondément humain. Jlassi y déploie une maîtrise remarquable, rappelant que la technologie, aussi avancée soit-elle, ne vaut que par la main, l’œil et l’éthique de celui qui la manie. Le jury ne s’y est pas trompé, saluant l’équilibre subtil entre innovation visuelle, narration exigeante et respect rigoureux des principes éthiques — pierre angulaire de cette compétition organisée en partenariat avec Google Gemini.
Mais au-delà de la performance artistique, la victoire de Zoubeir Jlassi résonne comme un hommage à toute une génération de jeunes talents tunisiens qui investissent, avec audace et intelligence, les territoires encore mouvants des nouvelles technologies. Dans un monde où l’IA est trop souvent perçue comme une menace ou un gadget, Jlassi fait figure de locomotive : il montre la voie, prouve que l’on peut conjuguer racines culturelles, sensibilité cinématographique et outils du futur sans rien céder à l’âme.
Ce triomphe inscrit la Tunisie sur la carte mondiale d’un cinéma en mutation, où l’imaginaire arabe dialogue à armes égales avec les grandes plateformes de l’innovation globale. Il rappelle surtout une vérité essentielle : à l’ère de l’accélération technologique, ce sont encore et toujours les histoires humaines — fragiles, silencieuses, universelles — qui traversent les frontières et touchent juste.