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Economie

Durabilité des oasis tunisiennes : Le rôle clé mais invisible des femmes 

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  • 9 mars 18:45
  • 5 min de lecture
Durabilité des oasis tunisiennes : Le rôle clé mais invisible  des femmes 

Actrices essentielles de l’économie oasienne, les femmes participent à la production agricole, à la transformation des dattes, à la gestion des ressources et à la transmission des savoirs locaux.

Leur contribution, déterminante pour le fonctionnement et la durabilité des oasis, reste pourtant encore largement sous-valorisée.

La Presse — La participation économique des femmes et leur contribution au développement durable et inclusif ont été au cœur d’un débat organisé récemment à Tunis, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Initiée par le projet « Savoirs Eco » avec la participation de la Fondation SMU, la rencontre a offert un espace de réflexion sur le rôle des femmes dans le développement socioéconomique des régions et dans la dynamisation de l’économie de manière générale.

Les différentes interventions ont permis de dresser un état des lieux, d’exposer des statistiques relatives à l’activité féminine et de mettre en lumière les défis et obstacles qui freinent une contribution encore plus importante des femmes à l’impulsion de l’économie.

Le débat a également été l’occasion de présenter les résultats d’un « policy brief » consacré à la contribution des femmes oasiennes au développement durable des oasis.

Présenté par la chercheuse au Laboratoire d’économie et sociétés rurales, Nesrine Abassi, ce travail propose une série de recommandations visant à favoriser une intégration pleine et entière des femmes dans les dynamiques économiques, sociales et environnementales des oasis.

Dans ce contexte, la chercheuse a rappelé que les oasis tunisiennes constituent à la fois des écosystèmes fragiles et des systèmes économiques locaux complexes.

« Leur équilibre repose sur l’agriculture, la transformation des produits, les échanges marchands, la solidarité sociale et, surtout, la gestion collective des ressources naturelles.

Dans cette économie locale, les femmes jouent un rôle structurant qui demeure encore largement invisible », a-t-elle expliqué.

Elle a précisé que la femme oasienne intervient non seulement dans la production agricole et artisanale, mais aussi dans la transformation des dattes, la gestion des ressources domestiques et, parfois, communautaires.

Elle participe également à la transmission des savoirs agricoles et environnementaux, contribue à la cohésion sociale et soutient l’activité économique.

Pour Abassi, cette contribution reste pourtant largement sous-valorisée et insuffisamment prise en compte dans les politiques de développement local.

Les trois principaux leviers de la durabilité des oasis 

« Malgré les avancées enregistrées en matière d’éducation et de droits des femmes, un décalage persiste, notamment pour les femmes rurales et oasiennes, qui continuent de faire face à des inégalités d’accès aux ressources productives, au financement, à l’eau ou encore aux dispositifs d’appui technique », a-t-elle souligné.

La chercheuse a indiqué que ce « policy brief », dont elle est coauteure, met en évidence une réalité centrale : la durabilité des oasis dépend directement de la reconnaissance et de l’intégration pleine et entière des femmes dans leurs dynamiques économiques, sociales et environnementales. Les résultats de l’étude montrent ainsi que la durabilité des oasis en Tunisie repose sur trois leviers complémentaires.

Le premier concerne le renforcement institutionnel et la gouvernance inclusive. Les résultats ont ainsi montré qu’il est devenu essentiel d’intégrer systématiquement l’approche genre dans les politiques locales, notamment dans les domaines de l’eau, de l’agriculture et de l’environnement.

« Cela permettrait de garantir un accès équitable à la terre, à l’eau et au financement, tout en renforçant les capacités de leadership des femmes afin de soutenir leur participation aux instances locales et de promouvoir une culture institutionnelle reconnaissant leur rôle dans la durabilité des oasis », a-t-elle précisé. Le deuxième levier porte sur l’autonomisation économique et sociale des femmes.

Les résultats du « policy brief » montrent que le développement territorial dans les oasis passe par la reconnaissance du capital social féminin. Cela suppose notamment le soutien aux coopératives et aux réseaux féminins, mais aussi la création d’espaces de dialogue réguliers avec les autorités locales. 

Le développement de circuits de commercialisation équitable pour les produits issus du travail des femmes apparaît également nécessaire pour renforcer l’autonomisation économique des femmes oasiennes.

Enfin, la résilience environnementale constitue un troisième levier clé pour assurer la durabilité des écosystèmes oasiens.

Celle-ci repose largement sur les savoirs locaux, ce qui renvoie au rôle central des femmes dans la transmission intergénérationnelle des pratiques durables, notamment en matière de gestion de l’eau, de préservation des semences locales et de méthodes naturelles de production et de protection des cultures.

« Cela nécessite une implication active des femmes dans les structures locales de gestion des ressources ainsi que l’intégration de leurs savoirs dans la planification écologique », a souligné la chercheuse.

Abassi a, enfin, conclu que la reconnaissance du rôle des femmes, le renforcement de leur accès aux ressources et l’intégration de leurs savoirs dans l’action publique pourraient transformer les oasis en véritables laboratoires d’innovation sociale et écologique.

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Auteur

Marwa Saidi

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