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Zéro droit de douane chinois dès aujourd’hui : la Tunisie joue gros…

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  • 1 mai 2026
  • 6 min de lecture
Zéro droit de douane chinois dès aujourd’hui : la Tunisie joue gros…

A partir de ce 1er mai 2026, la Tunisie bénéficie officiellement d’un accès sans droits de douane au marché chinois, une mesure d’envergure qui s’inscrit dans une initiative plus large de Pékin en faveur de 53 pays africains.

Derrière cette décision, annoncée en février dernier par le président Xi Jinping, se profile une ambition claire : renforcer les échanges avec le continent africain et offrir de nouvelles perspectives de développement aux économies partenaires. Pour la Tunisie, l’enjeu est immédiat, mais ses implications dépassent largement le court terme.

Dans les faits, les produits tunisiens peuvent désormais entrer en Chine sans être soumis aux droits de douane, ce qui constitue un avantage compétitif notable.

Dans un marché aussi vaste et concurrentiel, cette suppression des barrières tarifaires peut faire la différence, notamment pour des produits emblématiques comme l’huile d’olive, les dattes ou encore certains produits de la mer. Pour les exportateurs, c’est une opportunité concrète de gagner en visibilité et en compétitivité.

Une mesure innovante, adoptée unilatéralement

Cependant, les précisions apportées par S.E.M. WAN Li, Ambassadeur de Chine en Tunisie, permettent de mieux saisir la portée réelle de cette mesure. “La Tunisie ne figure pas parmi les 33 pays africains les moins avancés qui bénéficient déjà, depuis le 1er décembre 2024, d’un accès total et permanent couvrant 100 % des catégories de produits. Elle appartient plutôt à un groupe de 20 pays africains non classés dans cette catégorie, auxquels la Chine étend désormais ce traitement préférentiel pour une durée de deux ans”.

Ce cadre temporel est déterminant. Il signifie que la mesure constitue à la fois une opportunité immédiate et une phase d’évaluation. Comme le souligne la partie chinoise, il s’agit d’une “mesure innovante, adoptée unilatéralement”, visant à “promouvoir les exportations africaines vers son marché” et à “permettre aux pays africains de bénéficier au plus vite de ces avantages”. Cette approche tranche avec les accords commerciaux traditionnels, généralement fondés sur la réciprocité.

En effet, Pékin insiste sur un point central : cette politique de zéro droit de douane ne s’inscrit pas dans une logique de concessions mutuelles immédiates. La Chine accorde un accès sans droits à l’ensemble des lignes tarifaires des produits tunisiens, tandis que la Tunisie conserve la liberté d’ajuster progressivement sa propre politique tarifaire en fonction de ses intérêts économiques. Cette asymétrie assumée vise à accélérer les flux commerciaux et à créer un effet d’entraînement.

Mais cette ouverture ne constitue qu’une première étape. Elle s’inscrit dans un processus plus large de structuration des relations économiques entre les deux pays.

“La Chine et la Tunisie se sont déjà mises d’accord sur le texte d’un accord-cadre, appelé à servir de base à un partenariat plus approfondi. Les deux parties sont désormais encouragées à accélérer leur coordination afin de conclure rapidement des arrangements dits de “récolte précoce”, qui permettraient de formaliser certains volets de la coopération”.

L’objectif ? Un accord global et intégré

À terme, ce partenariat pourrait s’articuler autour de plusieurs axes stratégiques. Parmi eux figurent la facilitation des échanges, le développement inclusif, le renforcement des chaînes d’approvisionnement et l’investissement dans des secteurs modernes. L’objectif est de parvenir progressivement à un accord global et intégré, couvrant l’ensemble de ces dimensions et offrant un cadre stable, prévisible et durable aux relations économiques bilatérales.

Cette dynamique s’inscrit aussi dans un contexte où les relations entre la Tunisie et la Chine se sont nettement renforcées au cours des dernières années. Pékin a accru sa présence économique en Tunisie à travers des projets d’infrastructure, des partenariats industriels et une coopération technique de plus en plus visible. Dans le même temps, les entreprises tunisiennes commencent à se positionner sur le marché chinois, même si leur présence reste encore limitée.

Des avancées concrètes ont néanmoins été enregistrées, notamment dans le secteur de l’huile d’olive. Le nombre d’entreprises tunisiennes enregistrées auprès des autorités chinoises en tant qu’exportateurs de produits alimentaires a augmenté, signe d’un intérêt croissant pour ce marché. Des initiatives de coopération ont également été mises en place pour accompagner les opérateurs tunisiens, notamment en matière de conformité aux normes sanitaires et douanières.

Car si la suppression des droits de douane constitue un levier puissant, elle ne supprime pas pour autant l’ensemble des obstacles. Les exigences du marché chinois restent élevées, notamment en matière de qualité, de traçabilité et de certification.

Les procédures d’accès, bien que simplifiées, nécessitent une adaptation des entreprises tunisiennes. À cela s’ajoutent des défis logistiques, commerciaux et culturels, qui peuvent freiner l’entrée sur ce marché.

Dans ce contexte, la réussite de cette initiative dépendra largement de la capacité de la Tunisie à transformer cet avantage tarifaire en gains réels. Cela suppose une montée en gamme de l’offre exportable, une meilleure structuration des filières et un accompagnement renforcé des entreprises.

La compétitivité ne se limite plus au prix, mais repose également sur la qualité, l’innovation et la capacité à répondre à une demande spécifique.

Ainsi, au-delà des considérations économiques, cette mesure s’inscrit également dans une stratégie géopolitique plus large. Face à la montée du protectionnisme et des tensions commerciales à l’échelle mondiale, la Chine cherche à renforcer ses liens avec les pays en développement et à consolider sa présence en Afrique. Pour la Tunisie, cette orientation représente une opportunité de diversification de ses partenaires et de ses débouchés.

Et entre ouverture stratégique et exigences concrètes, le zéro droit de douane marque un tournant dans la relation Tunisie–Chine.

Il ne garantit pas à lui seul une transformation des échanges, mais il en crée les conditions. La suite dépendra de la capacité des acteurs économiques à s’adapter, à innover et à saisir pleinement les opportunités offertes par cette nouvelle configuration.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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