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Viandes rouges : la crise devient hors de contrôle en Tunisie

  • 3 mai 2026
  • 4 min de lecture
Viandes rouges : la crise devient hors de contrôle en Tunisie

La crise des viandes rouges en Tunisie n’est plus conjoncturelle, mais structurelle, menaçant directement l’un des piliers de la sécurité alimentaire nationale. C’est ce qu’a affirmé, dimanche, le président de l’Organisation tunisienne pour l’orientation du consommateur, Lotfi Riahi, dans une déclaration à la TAP.

Selon lui, le marché se caractérise par un paradoxe frappant : une hausse continue des prix à la consommation, alors même qu’aucune vision précise des coûts de production n’est disponible. À cela s’ajoute l’absence d’une base de données numérique fiable permettant d’évaluer la taille et la composition du cheptel, rendant difficile l’élaboration de politiques publiques fondées sur des données solides.

Pour Riahi, la situation actuelle dépasse largement un simple déséquilibre entre l’offre et la demande. Elle traduit une crise structurelle profonde marquée par une érosion progressive des capacités de production. Le cheptel national connaît ainsi une contraction continue, liée non seulement à des facteurs conjoncturels, mais surtout à des déséquilibres économiques poussant les éleveurs à des choix contraints, notamment la vente des femelles reproductrices.

Paradoxalement, la hausse des prix de détail aggrave cette tendance. Loin de stimuler la production, elle contribue à fragiliser davantage la base productive, compromettant les perspectives de redressement à court terme.

La situation est d’autant plus complexe que la structure des coûts reste mal maîtrisée. Si les prix des aliments pour bétail ont récemment reculé, ils ne représentent qu’une composante d’un ensemble plus large incluant des lacunes en matière de gouvernance, un encadrement technique insuffisant et des coûts élevés des services vétérinaires. Ces facteurs pèsent lourdement sur les éleveurs, limitant leur capacité à améliorer la productivité et à développer leur cheptel.

En parallèle, les dysfonctionnements de la chaîne de distribution accentuent les déséquilibres. La multiplication des intermédiaires et l’absence de mécanismes efficaces de régulation des marges contribuent à une inflation des prix finaux, sans bénéfice réel pour les producteurs. Ce déséquilibre pénalise directement le consommateur, dans un contexte de pouvoir d’achat en nette érosion.

Cette situation a déjà des répercussions sur les habitudes de consommation, avec une baisse de l’accès aux protéines animales. Or, souligne Riahi, les viandes rouges ne constituent pas un produit de luxe, mais un élément essentiel de l’alimentation, ce qui rend leur renchérissement particulièrement préoccupant.

Au niveau des politiques publiques, l’approche adoptée jusqu’à présent est jugée insuffisante. Les autorités ont principalement recours à des mesures ponctuelles, telles que l’importation ou des interventions temporaires sur les prix, sans engager de réformes structurelles de fond. Une stratégie qui, selon Riahi, ne fait que reporter le problème tout en en augmentant le coût à moyen terme.

Face à cette situation, il appelle à une réorientation des politiques vers le soutien à la production, à travers la protection et le développement du cheptel, ainsi que l’amélioration de la productivité. Il plaide également pour une réforme du système des aliments pour bétail afin de réduire la dépendance, ainsi qu’une réorganisation des circuits de distribution pour garantir plus de transparence et limiter les marges excessives.

“Le cœur du problème ne réside pas dans la hausse des prix, mais dans l’érosion des capacités de production”, a-t-il insisté, appelant à une réforme globale du secteur plutôt qu’à une gestion conjoncturelle de la crise.

Par ailleurs, le ministre du Commerce et du Développement des exportations a indiqué, lors d’une réunion tenue le 30 avril 2026, que les préparatifs pour l’Aïd al-Adha sont déjà en cours, en coordination avec les différentes parties prenantes. Les autorités entendent renforcer les contrôles dans les marchés, mettre en place des points de vente à prix encadrés et assurer un approvisionnement suffisant, notamment via des circuits courts du producteur au consommateur.

Des mesures spécifiques sont également prévues pour garantir la disponibilité des viandes rouges, notamment à travers l’implication de la Société des viandes et le recours à l’importation de viandes réfrigérées pour réguler le marché.

Auteur

R. I

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