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Patrimoine en lumière – Villa du Zodiac : Un palais abandonné qui mérite une seconde vie

  • 28 mai 2026
  • 4 min de lecture
Patrimoine en lumière – Villa du Zodiac : Un palais abandonné qui mérite une seconde vie

Entre Tunis et Hammamet, un bâtiment intrigue depuis des générations les automobilistes qui empruntent l’autoroute traversant le Cap Bon. Dressée sur une colline de Bou Argoub, cette immense demeure circulaire apparaît soudainement au milieu des terres agricoles, comme sortie d’un autre temps.

Les habitants de la région la connaissent sous plusieurs noms : « le Palais Mussolini », « Dar Mussolini » ou encore « la Villa du Zodiac ». Derrière ses murs silencieux se cache une histoire nourrie autant par les faits historiques que par les récits populaires.

La Presse — Selon les anciens de Bou Argoub, la demeure aurait appartenu à une personnalité italienne très influente durant la période coloniale. Certains affirmaient même que Benito Mussolini y aurait séjourné, ce qui explique pendant longtemps le surnom donné au palais. Avec les années, cette histoire s’est transmise de génération en génération, comme une légende que personne n’ose vraiment effacer. Pourtant, les recherches historiques indiquent que la villa fut construite en 1935 pour une riche famille italienne installée dans la région, sans lien direct avec le dirigeant italien.

L’architecture du palais constitue l’un de ses éléments les plus fascinants. Construit dans un style moderniste influencé par l’Italie des années 1930, le bâtiment adopte une forme circulaire rare en Tunisie, dominée par une vaste coupole centrale. Cette structure servait autrefois à la fois de point lumineux et de ventilation naturelle. Les façades, percées d’ouvertures régulières parfois en arc, permettent à la lumière de pénétrer profondément dans les espaces intérieurs, créant un jeu d’ombres et de lumière encore visible malgré l’abandon.

À l’intérieur, la conception repose sur une organisation circulaire autour d’un noyau central, donnant une impression d’harmonie et de fluidité. Les pièces s’enchaînent autour de cet axe, traduisant une architecture pensée pour le mouvement et la symétrie. Malgré la dégradation, certains éléments de finition témoignent encore du soin apporté à la construction initiale.

Mais ce sont surtout les mosaïques qui marquent les esprits. À l’intérieur, les signes du zodiaque semblent encore murmurer une histoire ancienne : lions, scorpions, balances et poissons figés dans la pierre, comme si le temps s’était arrêté au milieu de ces symboles mystérieux. Ces décorations, malgré l’usure, dégagent une beauté mélancolique qui fascine autant qu’elle attriste.

Au fil des décennies, l’abandon a progressivement recouvert le lieu d’un silence lourd. Les jardins ont disparu, les murs se sont ouverts aux fissures, et le vent traverse aujourd’hui les pièces vides comme pour rappeler ce qui a été perdu. Dans cet espace figé, la villa est devenue un refuge pour des personnes défavorisées vivant dans des conditions difficiles, donnant au lieu une réalité encore plus poignante, entre survie et oubli.

Aujourd’hui, beaucoup considèrent le palais de Bou Argoub comme une véritable perle gâchée. Il y a dans son état actuel une forme de tristesse collective, comme si toute une mémoire avait été laissée en suspens. Pourtant, malgré la dégradation, la demeure conserve une aura particulière, presque émotive, qui continue de toucher ceux qui la regardent depuis la route.

Pour plusieurs habitants de la région, cette villa mérite une seconde chance. L’idée d’une restauration revient souvent dans les conversations, comme un espoir fragile : transformer ce lieu en centre culturel, en espace d’exposition ou en musée du Cap Bon permettrait non seulement de sauver ce patrimoine, mais aussi de lui redonner une âme. Et peut-être, un jour, le palais cessera d’être une ruine silencieuse pour redevenir un lieu vivant, habité par la mémoire, la culture et la lumière.

Auteur

Samira Hamrouni

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