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ITCEQ — Étude sur la capacité d’absorption technologique des entreprises tunisiennes : La transformation digitale est aussi un défi managérial

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  • 28 mai 2026
  • 7 min de lecture
ITCEQ — Étude sur la capacité d’absorption technologique des entreprises tunisiennes : La transformation digitale est aussi un défi managérial

Longtemps perçues comme un simple outil d’optimisation, les technologies avancées et l’intelligence artificielle redéfinissent aujourd’hui les modèles de performance des entreprises. Mais entre volonté d’innover et capacité réelle à transformer ces outils en levier de croissance, les entreprises tunisiennes avancent encore à plusieurs vitesses. Une récente enquête de l’Itceq met en lumière les fractures, les paradoxes et les défis qui freinent l’émergence d’une véritable maturité technologique au sein des entreprises tunisiennes.

La Presse — Les entreprises tunisiennes sont-elles réellement prêtes à transformer le potentiel des technologies avancées en moteur durable de performance et d’innovation ? C’est autour de cette interrogation stratégique que l’Itceq a articulé une vaste enquête consacrée à la capacité d’absorption technologique des entreprises tunisiennes, dont les résultats ont été récemment dévoilés lors d’un débat organisé à Tunis.

Cette étude s’inscrit dans le prolongement d’une première enquête menée en 2023 sur « les entreprises tunisiennes à l’ère de la transformation digitale », laquelle avait permis d’établir un état des lieux de la transition numérique dans le tissu économique national. La nouvelle enquête ambitionne d’aller plus loin en analysant la capacité réelle des entreprises à absorber, intégrer et exploiter les technologies avancées.

Elle s’attache également à identifier les différents profils d’entreprises engagées dans la transformation digitale et à mesurer les mutations organisationnelles et managériales induites par l’intégration des technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle.

Cinq profils différents 

Revenant sur les enseignements de l’enquête initiale, Olfa Bouzaiene, directrice des études sur l’économie du savoir à l’Itceq, a souligné que l’échec de la transformation numérique ne résulte pas nécessairement d’un déficit technologique, mais davantage d’une incapacité organisationnelle à assimiler et à valoriser ces technologies. Les résultats de l’enquête confirment cette réalité. Si 70 % des entreprises interrogées ont réussi à acquérir des technologies de base, traduisant une première phase de pénétration numérique relativement avancée, seules 43 % sont parvenues à intégrer ces technologies dans leurs routines internes.

Plus encore, 29 % ont engagé de véritables transformations soutenues par des stratégies de collaboration avec d’autres entreprises, tandis que seulement 23 % exploitent ces technologies dans des activités de recherche et développement. L’étude met ainsi en évidence un paradoxe particulièrement révélateur : alors que 86 % des entreprises considèrent les nouvelles technologies comme indispensables pour stimuler l’innovation, seules 19 % déclarent avoir effectivement réalisé au moins une innovation. Ce décalage entre ambition stratégique et concrétisation opérationnelle s’explique principalement par la persistance de trois freins majeurs.

La première demeure financière : 70,9 % des entreprises évoquent l’insuffisance des ressources nécessaires à l’acquisition et à l’exploitation des technologies avancées. Le deuxième est d’ordre culturel et organisationnel : pour 58 % des entreprises, la résistance au changement constitue un obstacle majeur à l’assimilation des nouvelles technologies.

Enfin, 63 % des entreprises pointent une pénurie de compétences, pourtant essentielle à la réussite de toute transformation numérique. Afin d’approfondir cette analyse, l’enquête a étudié la capacité d’absorption technologique à travers quatre dimensions clés : l’acquisition des technologies, leur assimilation, les transformations qu’elles génèrent et leur exploitation effective. Cette approche a permis d’identifier cinq profils distincts d’entreprises.

Le premier cluster regroupe les entreprises à forte maturité technologique, capables de maîtriser de manière équilibrée l’ensemble des dimensions étudiées. Toutefois, cette catégorie ne représente que 7,8 % des 1.208 entreprises analysées, illustrant le caractère encore limité des modèles de transformation aboutis.

Le deuxième cluster rassemble les entreprises à potentiel sous-exploité (32,5 %). Bien qu’elles disposent d’une capacité relativement satisfaisante d’acquisition technologique, elles peinent encore à transformer ces investissements en valeur économique et en gains de performance. Le troisième cluster concerne les entreprises ayant adopté les nouvelles technologies dans une logique essentiellement opérationnelle (13,7 %). Leur usage demeure principalement orienté vers des besoins immédiats, sans réelle assimilation organisationnelle ni vision stratégique de long terme.

Le quatrième cluster, représentant près de 40 % des entreprises étudiées, regroupe les structures à capacité d’absorption technologique fragile. Ces entreprises se distinguent par une assimilation déficitaire des technologies, des pratiques isolées et une absence de cohérence globale dans leur démarche de transformation.

Enfin, le dernier groupe rassemble les entreprises à très faible capacité d’absorption technologique, caractérisées par un déficit important en acquisition technologique et un éloignement marqué des dynamiques d’innovation. Au-delà de cette typologie, l’étude met en évidence des écarts statistiquement significatifs entre les différents clusters, notamment en matière d’utilisation des technologies numériques avancées, de réactivité des ressources humaines face au changement et de pratiques organisationnelles.

Les résultats soulignent également le rôle déterminant d’un environnement organisationnel favorable qui, combiné à une forte capacité d’absorption, facilite une adoption efficace et durable des technologies avancées. L’étude insiste par ailleurs sur un constat fondamental : la maîtrise des outils technologiques, à elle seule, ne suffit pas.

Sans vision managériale cohérente, sans culture organisationnelle adaptée et sans montée en compétences des équipes, la transition numérique risque de demeurer superficielle et peu créatrice de valeur. Une transformation digitale réussie suppose ainsi une approche globale intégrant gouvernance, collaboration interservices et développement du capital humain.

Des actions taillées sur mesure 

Cette lecture de la capacité d’absorption technologique s’applique également à l’intégration de l’intelligence artificielle. L’enquête identifie, en effet, trois niveaux de maturité numérique au sein des organisations, donnant naissance à trois trajectoires distinctes d’adoption de l’IA.

L’intégration de cette technologie n’obéit plus à une logique uniforme et nécessite désormais des stratégies d’accompagnement différenciées selon le niveau de préparation des entreprises. Le premier profil correspond aux entreprises à intégration avancée, caractérisées par une forte maturité digitale, une capacité d’innovation élevée et une grande réactivité du personnel.

Le deuxième profil, qualifié de profil à faible appropriation, concerne les entreprises dont l’usage de l’IA reste limité à des fonctions opérationnelles immédiates, dans un contexte de faible capacité d’absorption technologique. Le troisième profil regroupe les entreprises intermédiaires, disposant d’un potentiel technologique réel mais encore insuffisamment valorisé, avec une transformation numérique inachevée.

Enfin, l’étude formule une série de recommandations adaptées au niveau de maturité technologique des entreprises. Audit des besoins technologiques, investissement dans la veille stratégique, mise en place de mécanismes formels de partage et de capitalisation des connaissances, modernisation des systèmes d’information ou encore renforcement des fonctions de recherche et développement…, autant d’actions jugées nécessaires pour permettre aux entreprises tunisiennes de transformer le potentiel technologique en un véritable levier de croissance, de compétitivité et d’innovation durable.

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Auteur

Marwa Saidi

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