Trop longs ces congés, que bien des opérateurs indélicats ont allégrement transformés en moyens de spéculer sur tout. L’escalope de poulet à 19, 695 d, les cuisses à quatorze dinars, les abricots à sept dinars, du pain fabriqué à savoir avec quelle graisse et à la couleur jaune repoussante, ce qui a permis d’apprécier le pain à base de la nouvelle farine, les boissons qui ont eu le temps de profiter du soleil éclatant sur les trottoirs à des prix largement arrondis au supérieur, quelques restes de légumes à des prix incroyables. Ceux qui avaient besoin de s’approvisionner — tous les Tunisiens n’ont pas égorgé de mouton et se sont contentés d’un méchoui familial — ont été victimes de cette poussée spéculative déclenchée au lendemain de l’Aïd.
La Presse — Mais il n’y avait pas que cette mauvaise nouvelle.
C’était exceptionnel! Eh oui, nous ne sommes certainement pas les seuls à l’avoir remarqué. Les bacs à ordures un peu partout du 25 au 28 mai ne débordaient pas. Autrement dit, à l’occasion de l’Aïd, les autorités municipales ont mis en place un plan d’enlèvement qui a permis de dispenser aussi bien les citoyens tunisiens que les milliers d’étrangers de cette vue honteuse que représentaient des bennes débordées d’ordures déposées aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces récipients. Et cela a marché.
Comme quoi, cela est possible et il fallait seulement y penser tout en prenant les dispositions qu’il fallait, en consacrant les moyens humains et matériels pour réussir cette… gageure.
Nous n’étions donc pas les seuls à être surpris. Un citoyen du côté d’El Manazah, qui venait de déposer un sac dans la benne et un autre à côté regardait tout autour de lui comme s’il était là où il ne fallait pas.
«C’est la première fois que c’est aussi propre. Je suis venu le matin et cela commençait à déborder. Voilà que je suis revenu pour déposer la peau du mouton et je constate que l’on a veillé à tout enlever. Ils ont mis le paquet et franchement c’est louable. Avec cet été chaud que l’on annonce, c’est le seul moyen d’éviter des complications de santé.
J’habite juste en face. Le vent du nord souffle dans notre direction et l’odeur est intenable. Nous sommes obligés de fermer portes et fenêtres pour nous éviter cet inconvénient. Nous avons réclamé le déplacement de la benne, mais on est venu nous expliquer que cet endroit est central et est assez dégagé pour permettre au camion municipal d’opérer. Nous n’avons pu rien dire et nous nous sommes adaptés. Pour les cités de proches banlieues, il faudrait opter, tel que c’est le cas dans les pays européens, pour les conteneurs enfouis au sol et qui se referment pour éviter bien des désagréments.
Mais la municipalité devrait soutenir ce rythme d’enlèvement, surtout les week-ends car la majorité des familles font le ménage ou se réunissent, ce qui se traduit par une plus grosse quantité de détritus. Franchement bravo !
Comme quoi, il suffit d’un rien pour transformer une déception en satisfaction. Certes, il y a sans doute des municipalités qui ne sont pas en mesure de soutenir ce rythme l’année durant, faute de moyens matériels, mais considérant l’impact sur l’environnement, la santé et la quiétude des citoyens qui sont proches de ces lieux de collecte, il y a intérêt à consacrer ces moyens.
Le travail de ceux qui ont passé l’Aïd non pas chez eux auprès des leurs mais sur le terrain est louable et mérite le respect.
Une preuve de sacrifice et d’abnégation en faveur du bien-être de son prochain, qu’il faudrait apprécier à sa juste valeur.
Cet Aïd a été de ce fait un véritable révélateur aussi bien pour les citoyens que pour les responsables. Il est possible de répondre aux exigences des citoyens, mais aussi face à cet engagement des autorités concernées, la discipline de comportement a joué.
La disponibilité des bennes à ordures ménagères a permis d’éviter ces déchets jetés n’importe où.
Elle a encouragé les citoyens à se comporter avec civisme et tout s’est traduit par un respect mutuel des convenances. Ces agents chargés de l’enlèvement qui se retrouvent dans l’obligation de nettoyer les parages à la pelle, par trente à quarante degrés, sous le soleil est inhumain. Comme quoi, le minimum de bon sens peut se traduire par cette collaboration qu’il faudrait encourager.
C’est ainsi que commence l’éducation qui jusque-là a fait défaut. Le fait de se débarrasser de son sac de déchets en le déposant sur le monticule qui émerge au- dessus de la benne dans un équilibre instable n’était certainement pas la solution.
Il n’en demeure pas moins que l’on devrait commencer par instaurer la sélection des déchets et faciliter leur transformation en… richesses tel qu’on le clame un peu partout.
Les conteneurs enterrés ou semi-enterrés, ces grands réservoirs, dont seule la borne de dépôt dépasse au-dessus du sol, il est temps d’y penser pour un certain nombre de cités.
Ces récipients sont souvent associés à une couleur selon le type de déchets (jaune pour le tri, vert pour le verre, etc.) pour favoriser ce tri sélectif.
Les prix que l’on accorde aux cités les plus propres devraient inclure cet argument pour pouvoir élargir et propager cette bonne habitude civique et citoyenne.



