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Administration : Pour une gouvernance de proximité

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  • 3 juin 2026
  • 6 min de lecture
Administration : Pour une gouvernance de proximité

Entre lourdeurs bureaucratiques, lenteurs administratives et sentiment croissant de déconnexion entre certains responsables et les citoyens, la question de la gouvernance de proximité revient aujourd’hui au cœur du débat public en Tunisie. Des pratiques dénoncées depuis plusieurs décennies continuent d’alimenter les critiques, malgré les appels répétés du Président de la République à une administration plus efficace, plus transparente et davantage au service du citoyen.

La Presse — À l’occasion de la fête de l’Arbre, et selon plusieurs informations relayées à l’époque, un bref échange avait marqué les esprits entre l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali et la correspondante de la BBC en Tunisie, Tanya Matthews. Au cours de cette rencontre, la journaliste aurait déclaré à ce dernier : « Monsieur le Président, vous réalisez beaucoup de belles choses pour votre pays, mais il y a aussi trop de paperasse, trop de signatures et beaucoup de corruption. » À l’issue de cet échange, elle lui aurait remis une lettre cachetée concernant une autorisation de construire dans un site protégé relevant de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle, sous tutelle du ministère de la Culture.

Malgré le caractère strict et l’attention soutenue portée à la gestion des affaires publiques sous le régime de Ben Ali à cette période, notamment durant les premières années de son règne, certaines parties parvenaient parfois à contourner la loi et à commettre de graves dépassements.

De hauts responsables s’octroyaient alors divers passe-droits au mépris des lois. Toutefois, lorsque ces affaires étaient révélées, les sanctions tombaient généralement de manière rapide. Dans ce dossier précis, plusieurs responsables auraient ainsi été relevés de leurs fonctions, aussi bien au sein du ministère de la Culture que du ministère de l’Équipement et des services municipaux.

Si cet épisode mérite d’être rappelé aujourd’hui, c’est parce qu’il fait écho à des préoccupations qui demeurent toujours d’actualité. Malgré la volonté affichée du Président Kaïs Saïed de lutter contre le « parti de l’administration », la lourdeur bureaucratique, la multiplication des procédures et certaines pratiques administratives continuent d’alimenter le sentiment d’un dysfonctionnement persistant. À plusieurs reprises, le Chef de l’État a lui-même dénoncé ces mécanismes qu’il considère comme l’un des principaux terreaux de la corruption en Tunisie.

Une administration confrontée à ses propres blocages

L’accumulation des formalités administratives, la longueur des procédures d’autorisation et la complexité des circuits bureaucratiques ne constituent pas seulement un frein aux investissements et aux projets publics, elles favorisent également certaines dérives telles que les abus, le clientélisme et les passe-droits. Une telle situation risque d’affaiblir la crédibilité de l’action de l’État sur le terrain, alors même que le Président Kaïs Saïed rappelle régulièrement que l’administration doit être au service du citoyen et faciliter l’exercice de ses droits, et non devenir un obstacle supplémentaire.

Dans cette perspective, le Chef de l’État a, à plusieurs reprises, appelé à une réforme profonde des mécanismes administratifs afin de mettre fin aux lenteurs injustifiées et aux pratiques qui permettent à certaines formes de corruption de prospérer sous couvert de procédures légales. Mais sur le terrain, la résistance au changement demeure présente sous différents prétextes.

La situation, comme l’a rappelé récemment Kaïs Saïed après une visite inopinée dans plusieurs régions du gouvernorat de Nabeul, a atteint un point critique malgré les avertissements et les mises en garde répétés. « Il n’est plus possible de poursuivre la guerre de libération nationale qu’avec ceux qui croient au droit du peuple tunisien à se libérer totalement des vestiges d’un passé odieux. Quant à celui qui veut opprimer le peuple tunisien sous divers déguisements et qui se croit au-dessus de la loi, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même, et à personne d’autre. »

Par ailleurs, le 29e rapport de l’Instance supérieure de contrôle administratif et financier, présenté au Président de la République en janvier 2025, a mis en évidence la récurrence des irrégularités au sein des structures administratives, révélant ainsi un problème structurel profond.

Dans le préambule de ce rapport de 600 pages, Imed Hazgui, président de l’Iscaf, a souligné que l’Instance a constaté que la majorité des structures publiques ne s’engage pas spontanément dans un processus de réforme après la réception des rapports de contrôle. Au contraire, elles attendent souvent l’intervention de l’Iscaf pour entamer la correction des lacunes relevées. Une telle attitude va à l’encontre des recommandations présidentielles appelant les responsables, à tous les niveaux, à assumer pleinement leurs responsabilités.

La nécessité d’un service public plus proche des citoyens

Pourtant, malgré ces appels à la proximité et à la transparence, certains décideurs semblent souvent déconnectés de la réalité quotidienne des Tunisiens. Les lourdeurs administratives, le favoritisme et les privilèges continuent de caractériser plusieurs institutions, générant frustration et méfiance au sein de la population.

Un exemple révélateur concerne les grandes manifestations culturelles et estivales. Pourquoi certains invités bénéficient-ils toujours d’un accès privilégié et gratuit, souvent aux premiers rangs, alors que le citoyen ordinaire peine parfois à obtenir une place lui permettant de profiter pleinement de l’événement ? Cet exemple met en lumière une distance persistante entre certaines élites administratives et les citoyens, malgré les appels répétés du Président de la République à moderniser le service public et à renforcer la proximité avec le peuple.

Dans le même esprit, des interrogations persistent quant à l’attribution de véhicules haut de gamme et de bons de carburant à certains responsables administratifs, alors même que la présence sur le terrain et le contact direct avec les citoyens demeurent parfois insuffisants. Par ailleurs, plusieurs équipements et services essentiels destinés aux citoyens continuent de faire défaut.

Pour que la Tunisie puisse poursuivre pleinement sa transition et concrétiser les aspirations de la révolution, il apparaît essentiel de renforcer davantage la proximité entre les décideurs et les citoyens. Cela passe notamment par une modernisation continue de l’administration, à travers l’allègement des procédures et l’amélioration de l’efficacité des services publics afin de mieux répondre aux attentes des Tunisiens.

D’ailleurs, nombreux sont ceux qui estiment qu’une administration plus proche des préoccupations quotidiennes des Tunisiens et davantage engagée sur le terrain contribuerait à renforcer la confiance entre l’État et les citoyens.

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Auteur

Samir DRIDI

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