Banques et assurances : le spectre de la grève se précise, les salariés seraient le dindon de la farce
La nouvelle a sonné le glas pour les salariés : les employés des banques et des assurances s’apprêtent à paralyser les deux secteurs durant la fin de ce mois de juin. Date qui correspond aux versements des salaires. Les citoyens s’inquiètent déjà… La partie syndicale, quant à elle, plaide l’érosion du pouvoir d’achat de ses adhérents ainsi que le gel des négociations salariales. Tour d’horizon…
« Le syndicat dénonce l’impact direct des réformes fiscales de la loi de finances 2025 sur des rémunérations jugées insuffisantes », c’est ce qu’a laissé entendre Sami Essalhi, secrétaire général de la Fédération des banques, des établissements financiers et des compagnies d’assurance, lors de son passage ce matin du jeudi 4 juin sur les ondes de Jawhara FM. L’intervenant a affirmé que son secteur est le seul à avoir été exclu des augmentations salariales pour 2025. « Les mesures de la loi de finances 2025 ont directement amputé les salaires réels », a-t-il indiqué. Il a ajouté dans ce sens que les employés des banques et des assurances sont les seuls salariés à ne pas avoir bénéficié des augmentations salariales alors que leurs revenus sont revus à la baisse tant le taux d’imposition des banquiers demeure très important. Et ce, rétorque-t-il « en dépit du fait que les banques et les assurances se comptent parmi les entreprises les plus résistantes sur le plan financier tant le chiffre d’affaire se compte en milliards. Malgré un treizième mois et des primes totalisant en apparence 17 salaires et demi, les employés ne parviennent plus à couvrir leurs besoins essentiels. Pis encore, les employés font face à une charge de travail accumulée qui les prive parfois de leurs jours de repos légaux. Et en contrepartie du travail monstre que nous assurons, il est de notre droit de demander d’être payé en conséquences ».
Dessous du bras de fer
Cette colère sociale n’est pas soudaine, a laissé entendre l’intervenant. Le secteur traverse une crise latente caractérisée par un échec répété des négociations sociales avec les représentants patronaux. Déjà en novembre 2025, un mouvement de grève de deux jours avait secoué les institutions sans qu’une issue durable ne soit trouvée. L’intervenant relate que la partie syndicale exige le retour à la table des négociations et l’octroi d’augmentations à la hauteur des bénéfices record dégagés par les établissements financiers ces dernières années. « Certes l’augmentation salariale dont on bénéficiera concerne les années 2026-2027-2028. Mais celle-ci ne dépasse pas le taux de 5% et les augmentations varieraient donc entre 70 et 130 dinars. Or, la loi ne réduit pas le taux d’augmentation à 5%. Mais impose que ce soit le taux minimum. Or ce taux ne reflète en rien les gains des deux secteurs censés faire bénéficier leurs employés d’une marge plus importante d’augmentation salariale. A présent, plus aucun employé des deux secteurs n’est en mesure de payer des études privées à ses enfants. Nous avons des comptes bancaires qui passent au rouge et sommes contraints de demander des crédits pour payer nos factures d’électricité ou un séjour médical à la clinique », a-t-il confié.
Le spectre d’une paralysie générale
Face au blocage persistant, le syndicat maintient une position stricte. Malgré des tentatives de contact initiées dès janvier 2024 auprès du président du Conseil bancaire et financier, aucune réponse n’a été formulée. Sans un accord immédiat autour d’une table de dialogue, la grève sectorielle de trois jours prévue pour les 23, 24 et 25 juin sera fermement maintenue. Cependant, et comme le dit si bien l’adage, « lorsque les banquiers trinquent se sont les citoyens qui se saoulent » !
Est-ce de bonne guerre ?
Si le syndicaliste ne cesse de dire que leur mouvement est une protestation contre le gel des négociations avec la partie patronale qui gagne gros « sur leur dos », pourquoi le faire payer au simple salarié qui lui, n’a absolument aucune responsabilité dans ce litige ? Parce que si l’on suit la logique de l’intervenant, l’histoire se présentera comme suit : pour que les banquiers, qui soit-dit en passant, reçoivent 17 salaires et demi et n’ont que la « modeste » augmentation de 70 à 130 dinars x17.5 fois par an, puissent pouvoir faire bénéficier leurs enfants d’études dans des écoles privés, puissent payer leurs factures, notamment de cliniques privées, ils observent une grève. Et celle-ci a lieu au moment des versements des salaires. Ceux qui vont donc en payer le prix ne sont pas du tout les patrons des banques et des assurances, ni même les classes nanties.
Ceux qui vont payer le prix de cette grève sont des salariés et des retraités qui, eux, n’ont que 12 salaires par an, n’ont eu qu’une augmentation de 5% et qui n’atteint souvent pas 130 dinars par mois, sont déjà dans l’incapacité de faire bénéficier leurs enfants d’études dans des écoles privées, peinent déjà à payer leurs factures et n’aspirent même pas à rêver de services médicales dans des cliniques ! Ce citoyen lambda attend sa paie sur du charbon ardent ne peut pas être sacrifié sur l’autel et se voir pris en otage dans une querelle qui n’est pas sienne en payant le prix d’un crime qu’il n’a pas commis…
Alors même si la grève est un droit constitutionnel, même si l’on peut compatir avec ces employés dont le niveau de vie se dégrade, l’on ne peut pas adhérer aux moyens utilisés ! Moyens indignes qui font perdre à cette guerre tous ses titres de noblesse du moment qu’elles vont se retentir sur le citoyen moyen qui souffre déjà à joindre les deux bouts et n’a pas encore goûté à cette modique augmentation tant enviée !



