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Société

Ensauvagement des pratiques commerciales : N’y a-t-il pas moyen d’en venir à bout ?

  • 6 juin 2026
  • 7 min de lecture
Ensauvagement des pratiques commerciales : N’y a-t-il pas moyen d’en venir à bout ?

Le Tunisien s’habitue de plus en plus aux augmentations considérables des prix des produits de première nécessité. Mais pas uniquement ces produits. Ce pauvre consommateur est, visiblement, sans défense devant une mafia qui resserre l’étau autour de lui. Il est pris au piège du rouleau compresseur de ceux que l’on appelle les spéculateurs. Ces derniers ne sont autres que des Tunisiens comme nous tous. Ils ne viennent pas d’une autre planète. Donc, ils ne sont pas insaisissables ou intouchables. Comment se fait-il, alors, qu’ils continuent de sévir de la manière que l’on connaît ? Pourquoi n’a-t-on pas réussi à les débusquer et à mettre fin à leurs nuisances ?

La Presse — D’autres questions se posent à nous avec insistance : d’où provient la marchandise non produite chez nous à l’instar des fameuses bananes ou l’ananas, la noix de coco et le kiwi et, et ? Par quels circuits ces fruits exotiques arrivent-ils en Tunisie ?

Ils sont vendus à l’unité ou par tranche. Il en est devenu ainsi pour les pastèques bien de chez nous parce que le consommateur tunisien est, de plus en plus, incapable d’acheter ce cucurbitacée au kg. C’est trop cher. 

Aujourd’hui, manger une banane revient à payer jusqu’à 5 dinars ! Pour une seule et unique banane ! Le comble de l’aberration !

Et la cupidité de ces sangsues ne s’arrête pas là. La voie est ouverte devant eux pour imposer les prix qu’ils veulent.

Cette tendance n’est pas nouvelle. Cela fait plus d’une décennie que cela dure. Le pire c’est que cela est en voie de s’accentuer. L’ensauvagement de la vie économique s’enracine.

On a privé le Tunisien de viande rouge, de fruits et de tout ce qui lui permet de se sentir dans son pays.

Malheureusement, le fléau s’aggrave de façon continue et touche à la base de l’alimentation quotidienne. 

Spirale des prix

On pense, ici, à des produits tels que les tomates, les piments ou les oignons.

Ce sont des ingrédients de base pour la préparation de la plupart des plats tunisiens. 

Et ce n’est pas un hasard si on les a visés par des hausses vertigineuses des prix.

On n’a jamais atteint de tels sommets.

Aussi ne s’étonnerait-on pas d’assister à la poursuite de cette spirale pour les prochains jours et mois.

D’ailleurs, tout va dans le sens de la complication de la situation.

L’été étant, par la force des choses, une saison de forte consommation. À cela il faut ajouter l’intervention de nouveaux facteurs. En effet, les producteurs de fruits préfèrent surtout, exporter leurs marchandises. Les prix sont plus alléchants. D’où la raréfaction de ces produits et leur cherté sur le marché local. En outre, il y a l’accroissement extraordinaire de consommation de toutes sortes de produits agricoles par les hôtels et l’arrivée massive de touristes. Ces derniers sont soit des étrangers soit des voisins (libyens ou algériens). Les Algériens, par exemple, ne viennent pas uniquement d’Algérie mais, de plus en plus, d’Europe. Ils choisissent de passer leurs vacances chez nous. Nos compatriotes à l’étranger en font de même.

De ce fait, la population de notre pays double quasiment au cours de la période estivale et la demande de produits de première nécessité monte en flèche et les prix avec.

Nouveaux phénomènes

Mais, faut-il le souligner, un autre phénomène est en train d’envahir le paysage si ce n’est pas déjà fait. Il s’agit d’un nouveau commerce de vente de salade “mechouia”. On le constate sur le bord de certaines de nos routes : des échoppes de fortune sont dressées à la va-vite. Des employés grillent les tomates, les piments et les oignons nécessaires à la fameuse préparation. Une autre contribution à l’augmentation des prix de ces produits.

Ce courant consumériste effréné avance à pas de géant en écrasant devant lui toutes les frontières légales et ignorant tout garde-fous.

Il est nécessaire de réagir avec plus de fermeté et de rigueur. 

Il est urgent d’empêcher cette mafia de s’approvisionner à la source. C’est-à-dire directement auprès des agriculteurs. 

Ces gens qui vivent parmi nous et qu’on voit et côtoie matin et soir sont ceux qui se livrent à tous les trafics et faussent toutes les règles du marché.

C’est le plus facilement du monde qu’ils s’improvisent “commerçants” ou “spéculateurs”. 

Rien ou presque rien ne les oblige à se soumettre aux lois, puisqu’ils n’ont besoin d’aucune autorisation pour s’adonner à l’activité choisie. Ils n’ont besoin que d’un espace où ils peuvent évoluer. Les uns choisissent de s’acoquiner avec un producteur (agriculteurs, industriels …).

Une fois les liens bien établis, tout s’enclenche et on devient maître du créneau ou de la filière en question.

Tout est cueilli à la source. L’agriculteur n’est plus obligé d’aller lui-même vendre sa marchandise dans les marchés de gros. Il se ménage la peine du déplacement et la perte de temps. Les autres producteurs ne sont plus obligés d’assurer, eux-mêmes, les livraisons. La marchandise est enlevée sur place par cette nouvelle race de “commerçants” qui dispose de la logistique nécessaire.

En outre, ce n’est que bénéfices nets pour le fournisseur.

Fellah d’antan et d’aujourd’hui

Il faut, aussi, noter que les besoins des agriculteurs d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’avant. S’ils se contentaient de rentrer dans leurs frais avec, en plus, quelques gains au rythme des saisons et des moissons, les choses se présentent autrement.

Le fellah d’antan n’est plus qu’un vague souvenir. Celui de nos jours a d’autres aspirations. Il veut se faire plaisir et profiter de la belle vie en s’offrant une 4X4 pour lui et même pour ses enfants. Il y en a (et c’est de plus en plus fréquent) qui ne se privent pas d’acheter un appartement dans une zone balnéaire. C’est tout à fait légitime d’avoir de telles lubies.

Toutefois, pour cette folie des grandeurs c’est le Tunisien qui trinque en premier.

Devant une telle situation, les autorités n’ont guère le choix. Elles ne peuvent plus continuer leur mission avec les mêmes méthodes jugées “douces”. Quant aux organisations professionnelles, elles sont invitées à se montrer plus coopératives ou à laisser la place à ceux qui sont capables d’apporter les vraies solutions. Car on a l’impression de tourner en rond et de faire du surplace. Il est malheureux de le dire : la question des prix est loin d’être résolue. N’en déplaise aux différents intervenants qui font face à des pratiques mafieuses (c’est ainsi qu’il faut les qualifier) et à des hors-la-loi qui évoluent en marge des circuits réglementaires. En faisant fi de toutes les dispositions en vigueur.

Auteur

Amor CHRAIET

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