13 200 décès par an : la Tunisie prépare un tour de vis contre le tabac et les cigarettes électroniques
Le ministère de la Santé s’apprête à actualiser le cadre juridique encadrant la lutte contre le tabagisme afin d’y intégrer les nouveaux produits du tabac et de la nicotine, notamment les cigarettes électroniques. Cette réforme intervient dans un contexte marqué par une progression de la consommation de ces produits chez les jeunes et par un lourd bilan sanitaire attribué au tabagisme en Tunisie.
Le responsable du Programme national de lutte contre le tabagisme au ministère de la Santé, Fayçal Semmali, a annoncé, dimanche 7 juin 2026, que les services du ministère ont élaboré un projet de loi visant à actualiser la loi n°17 de 1998 relative aux méfaits du tabagisme.
Le texte actuellement en vigueur interdit notamment de fumer dans les lieux destinés à un usage collectif, de vendre des cigarettes aux personnes âgées de moins de 18 ans et toute forme de publicité ou de promotion des produits du tabac dans les médias audiovisuels et la presse écrite. La réforme envisagée vise à adapter cette législation à l’émergence de nouveaux produits nicotiniques qui n’étaient pas pris en compte lors de l’adoption de la loi.
Dans une déclaration à la Radio nationale, Fayçal Semmali a souligné l’importance de mettre en place un arsenal juridique capable de protéger les enfants et les adolescents, particulièrement exposés à l’attractivité des cigarettes électroniques et d’autres produits nicotiniques de nouvelle génération.
Selon lui, ces produits font l’objet de vastes campagnes promotionnelles à l’échelle mondiale et leur consommation peut constituer une porte d’entrée vers le tabagisme traditionnel ou d’autres formes de dépendance.
Une inquiétude croissante face à l’attrait des nouveaux produits nicotiniques
Le responsable a en outre appelé à renforcer les actions de prévention en intégrant la sensibilisation aux dangers du tabac, de la nicotine et des comportements à risque dans les programmes de l’enseignement primaire et préparatoire.
Cette préoccupation rejoint les récentes mises en garde de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À la fin du mois de mai, l’organisation a indiqué que l’usage des cigarettes électroniques et des sachets de nicotine est en hausse chez les jeunes à travers le monde.
L’OMS a exhorté les gouvernements à protéger les nouvelles générations contre la dépendance aux produits du tabac et de la nicotine en interdisant les produits aromatisés, la publicité, la promotion et le parrainage, tout en garantissant des espaces publics fermés totalement exempts de fumée et de vapotage et en renforçant l’application des législations en vigueur.
L’organisation a également attiré l’attention sur la progression rapide des sachets de nicotine, considérés parmi les produits nicotiniques connaissant la plus forte croissance sur le marché. Selon elle, ces produits font l’objet d’une promotion intensive sur les réseaux sociaux, notamment par l’intermédiaire d’influenceurs, à travers des stratégies marketing associant leur consommation à des styles de vie attractifs et à des arômes spécialement conçus pour séduire les jeunes consommateurs.
L’OMS estime par ailleurs que les grandes compagnies du tabac adaptent actuellement leur modèle économique en continuant à tirer profit des cigarettes traditionnelles tout en intensifiant la commercialisation des cigarettes électroniques aromatisées, des sachets de nicotine et d’autres produits destinés à attirer de nouveaux consommateurs.
Un lourd coût humain et économique pour la Tunisie
Le tabagisme demeure l’une des principales causes évitables de décès dans le monde. Il est associé aux maladies cardiovasculaires, aux affections respiratoires chroniques ainsi qu’à plus de vingt types de cancers, rappelle l’OMS.
En Tunisie, les maladies liées au tabagisme provoquent chaque année près de 13 200 décès, soit environ 20 % de l’ensemble des décès enregistrés dans le pays, selon les chiffres du ministère de la Santé.
Au-delà de ses conséquences sanitaires, le tabagisme représente également un important fardeau économique. Le coût annuel de la prise en charge des maladies qui lui sont associées est estimé à près de 2 milliards de dinars, un montant qui illustre l’ampleur des défis auxquels les autorités sanitaires sont confrontées dans leur lutte contre ce fléau.



