9 milliards de dinars par an : la richesse oubliée de la Tunisie ?
Le député de l’Assemblée des représentants du peuple pour la circonscription France 2, Omar Barhoumi, a plaidé jeudi 11 juin 2026 pour une refonte en profondeur de la politique nationale à l’égard des Tunisiens de l’étranger, appelant notamment à abandonner l’usage du terme “migrants” au profit de l’expression “Tunisiens de l’étranger”.
Intervenant sur Express Fm, le député a estimé que le terme “migrant” véhicule une connotation négative suggérant une rupture avec le pays d’origine, alors que les Tunisiens résidant à l’étranger, toutes générations confondues, demeurent selon lui des citoyens à part entière et une extension naturelle de la nation.
Omar Barhoumi a rappelé que la diaspora tunisienne constitue un pilier important de l’économie nationale, avec des transferts financiers estimés à environ 9 milliards de dinars par an, auxquels s’ajoutent des contributions indirectes liées à l’investissement, la consommation et le soutien au secteur touristique.
Selon les données qu’il a avancées, les transferts de fonds des Tunisiens de l’étranger ont atteint environ 3,669 milliards de dinars au cours des cinq premiers mois de 2026, enregistrant une hausse de 8,3 % par rapport à la même période de 2025, malgré un contexte économique international difficile.
Le député a souligné que la structure socioprofessionnelle de la diaspora a profondément évolué, intégrant désormais des profils qualifiés tels que des ingénieurs, médecins, entrepreneurs et investisseurs, ce qui renforce son rôle dans le développement économique du pays.
Critiquant l’absence d’une vision stratégique globale, Omar Barhoumi a estimé que l’État tunisien continue de traiter la diaspora principalement sous l’angle des transferts financiers, sans exploiter pleinement ses compétences et son potentiel d’investissement.
Il a également expliqué que la faiblesse des investissements directs de la diaspora ne s’explique pas par un manque d’intérêt, mais par les obstacles liés au climat des affaires en Tunisie, notamment la complexité administrative, la réglementation des changes et certaines contraintes du cadre juridique de l’investissement.
Dans ce contexte, il a appelé à la création d’une institution indépendante dédiée aux Tunisiens de l’étranger, chargée d’agir comme interlocuteur unique, de constituer une base de données nationale et d’élaborer une stratégie globale en coordination avec les structures concernées.
Le député a en outre critiqué la composition actuelle du Conseil national des Tunisiens de l’étranger, estimant qu’elle ne reflète pas suffisamment la diversité et les attentes de la diaspora. Il a évoqué l’existence d’une initiative législative visant à réformer cette instance afin de garantir une représentation plus large et plus efficace.
Sur un autre plan, Omar Barhoumi a rappelé que la diaspora tunisienne est estimée officiellement à environ 1,8 million de personnes, voire davantage selon certaines estimations, représentant près de 18 à 20 % de la population, tout en déplorant une représentation parlementaire jugée insuffisante au regard de son poids démographique et économique.
Il a conclu en affirmant que les Tunisiens de l’étranger constituent une « richesse nationale », appelant à passer d’une gestion circonstancielle à une véritable politique d’État durable, fondée sur la valorisation de leur contribution au développement économique et social de la Tunisie.
R.I



