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Economie

Tunisie : le paradoxe d’une liquidité bancaire record et d’un crédit au secteur productif en recul

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  • 14 juin 2026
  • 3 min de lecture
Tunisie : le paradoxe d’une liquidité bancaire record et d’un crédit au secteur productif en recul

Malgré des niveaux de liquidité record, le système bancaire privé tunisien restreint drastiquement l’octroi de crédits au secteur productif, créant un phénomène de “sous-intermédiation” qui menace la croissance à long terme. C’est le constat alarmant dressé par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) dans une note d’analyse publiée jeudi dernier, qui impute ce blocage principalement à l’offre de crédit et à des facteurs structurels, contredisant l’argument d’une simple baisse de la demande.

Alors que le taux global de transformation crédits/dépôts a chuté à 96,2% en août 2025, une fracture majeure oppose les établissements publics aux banques privées. Si les banques publiques maintiennent un ratio élevé (97,3 % fin juin 2025) en soutenant les structures étatiques, celui des trois plus grandes banques privées s’est effondré à un niveau historiquement bas de 67,4 %. L’IACE souligne que cette frilosité ne découle pas d’un manque de ressources : l’indicateur de couverture de liquidité (LCR) de ces banques culmine à 138,3 % fin 2025, bien au-delà du seuil réglementaire de 100 %. Dans ce contexte, l’encours des crédits aux entreprises industrielles privées a même reculé de 0,3 % en 2024.

Pour expliquer cette paralysie, l’IACE identifie trois facteurs bloquants. Premièrement, le financement direct et massif de l’État (7 milliards de dinars en 2024, portés à 11 milliards à taux zéro dans la loi de finances 2026) assèche indirectement les canaux de refinancement de la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

Deuxièmement, une aversion aiguë pour le risque pousse les banques à exiger des garanties réelles excessives, excluant de fait les PME dans un contexte de croissance atone (2,5 % en 2025). Troisièmement, les banques privilégient le confort de marges d’intermédiation élevées (autour de 4 %), en se tournant vers les Bons du Trésor ou en appliquant des taux prohibitifs (environ 11 %) aux entreprises, contre un TMM situé autour de 7 %.

Cette contraction du crédit pèse non seulement sur l’activité réelle, mais agit aussi comme un frein mécanique à l’inflation, qui a reflué à 5,3 % en 2025 sous l’effet de la baisse de la demande globale. Face à ce constat, l’IACE exhorte la BCT à inciter les banques privées à moderniser leurs capacités de gestion du risque.

Pour l’Institut, il est urgent de faire de l’évaluation du risque un levier agile pour fluidifier le financement vers les secteurs porteurs de l’économie productive, plutôt que de le considérer comme une barrière infranchissable.

S.R

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Auteur

La Presse

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